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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

crise immobilière et crise du captalisme

20 Novembre 2007 , Rédigé par ARAM Publié dans #Nos analyses

Le système capitaliste mondial est affecté par


 

la crise de l'immobilier américain

 

La crise du marché immobilier américain et l’éclatement de l’énorme bulle immobilière, a révélé avec éclat la fictivité des placements financiers de tous ordres. On estime que l’Allemagne est "menacée de la plus grave crise financière depuis 1931". En deux mois, les actions de BNP Paribas, Société générale, Natixis ou Deutsche Bank ont perdu entre 15 % et 20 % de leur valeur.


 

Les "subprime mortgage"(1), ces crédits octroyés aux ménages américains les plus modestes sont la goutte d’eau qui ont fait déborder un vase bien trop rempli.


 

 


 

Lourdes pertes


 

 

 

"Depuis 1987, c'est l'une des quatre crises les plus importantes", indique un courtier. De fait, quand le capital ne se valorise plus ou mal c’est la société toute entière qui se disloque un peu plus. Capitaux en surnombre, hommes et machines sont détruits, éliminés d’un marché qui se rétracte où les capitaux survivants se concentrent.


 

La crise est ce moment où le capital tente de nouveau de se valoriser en reprenant son accumulation primitive dans le cycle normal de la production, là où est produite la plus-value et par l’accroissement du taux d’exploitation. Mais avec l’éclatement d’une bulle financière (2), il y a toujours plus de chômage et de précarité renforcée. Il y a élimination de tout ce capital fictif qui n’est que spéculation les valeurs financières retrouvent le niveau réel de la valeur des marchandises produites.


 

La chute des prix a rendu nombre de ménages insolvables. La période bénie, pour les banques d'affaires, des gigantesques opérations de fusions et d'acquisitions d'entreprises, prend alors fin.


 

 

 

Origine de la spéculation immobilière


 

 

 

La construction de cités champignons a été le moteur d'un développement intensif, spécialement en Californie du Sud.


 

Or, avec la crise du secteur du subprime, rien ne se vend plus dans ces zones suburbaines. Depuis six mois, c'est un foyer sur 134 en moyenne qui a été dépossédé de ses biens et ce phénomène devrait s'accentuer. Les experts pronostiquent même 2 millions de saisies d'ici la fin de l'année. Ces défauts de paiement se sont répercutés sur les entreprises spécialisées dans le refinancement hypothécaire : les fameux fonds spéculatifs (hedge funds). En effet, les crédits hypothécaires aux Etats-Unis sont en majorité titrisés. Autrement dit, au lieu de rester dans le bilan des banques, ils sont le plus souvent vendus à un organisme financier qui émet en contrepartie des dettes négociables sur les marchés financiers. A terme, ces opérations de titrisation transfèrent des risques bancaires sur de très nombreux acteurs économiques. Actuellement, plus de 9 000 fonds spéculatifs sont recensés dans le monde, avec en gestion, environ 1 500 milliards de dollars.


 

La crise, aux Etats-Unis, a stoppé un début de remontée des salaires imposé par les luttes ouvrières depuis la victoire de la grève d’UPS en 1997. La baisse du dollar pourrait diminuer la valeur du salaire réel de 1,5 à 2,2 % (sa chute entraîne également une augmentation du prix des importations). Les emprunteurs ont donc des revenus qui stagnent ou baissent, lourdement amputés de plus par leur endettement. Beaucoup d’entre eux cherchent à un moment ou à un autre à se débarrasser de tout ou partie de leur dette en revendant leur "bien", mais avec cette baisse cela est de moins en moins utile pour eux et ils gardent donc sur les bras des bâtiments pour lesquels ils se saignent sans pouvoir s’en délivrer, ou alors ils en sont "délivrés" ... par expulsions, leur maison hypothéquée étant confisquée, ce qui ne les exempte pas de continuer à payer le capital plus les intérêts que celle-ci, dont le prix a baissé, n’a pas complètement remboursé loin de là ... Seuls les "pauvres" désirant acheter sont donc, en théorie, intéressés par la baisse des prix fonciers et immobiliers ; mais les pauvres n’achètent pas, ils empruntent, et les taux sont maintenant beaucoup trop élevés (3).


 

Officiellement la crise dite des "subprime" est finie. Officieusement il n’en est rien. Plusieurs jours de baisses à 1%, 2% voire 2,5% ou un peu plus, cela finit par faire un "krach", dont le caractère de pétarade à répétition, plutôt que de grand boom, ne limite pas la gravité réelle, d’autant plus que la crainte du dit grand boom est de plus en plus présente sur les marchés ...


 

 

 

Sauvegarde du système par les Etats


 

 

 

"La crise des liquidités n'est pas terminée", tempèrent toutefois les experts de Natixis. Les tensions persistent sur le marché des taux traduisant l'aversion au risque des opérateurs. Partout dans le monde, les banques centrales continuent d'injecter des liquidités pour réguler le marché monétaire, preuve que le retour à la normale n'est pas encore d'actualité. Dans la matinée du jeudi 9 août, la BCE (Banque Centrale Européenne instaurée par le traité de Maastricht) agissant d’une manière digne du Greenspan de 1998, dépensait immédiatement la somme de 94,8 milliards d’euros pour enrayer la baisse, agissant en préteur en dernier ressort. Somme d’une ampleur astronomique. C’est plusieurs dizaines de fois le "trou"" de la Sécu.


 

Motivation officielle de ce déblocage extraordinaire de fonds (suivis du déblocage de sommes moindres, mais en soi considérables aussi, des banques centrales états-uniennes, canadienne, australienne et japonaise): « rétablir la confiance ».


 

 Avant l’intervention de la BCE, les taux d’intérêts interbancaires sont montés en cinq minutes de 4,1% à 4,7%, atteignant leur plus haut niveau depuis le 11 septembre 2001. Il s’agit du taux des sommes que les banques se prêtent entre elles : cette hausse montrait donc que les banques n’ont plus confiance les unes dans les autres. Les bourses ont continué à chuter, de sorte que la BCE a récidivé le lendemain, atteignant une injection globale de ... 156 milliards d’euros. La BCEa réagi avant les autres et plus que les autres, en injectant même, à elle seule, plus de liquidités que la valeur du risque lié aux subprimes lui-même. Le paradoxe est qu'avec sa stratégie de poursuite de la hausse des taux, la BCE rend en même temps le crédit plus cher.


 

Cette perte d’épargne a réduit le montant des investissements aux États-Unis. Elle a en outre joué un rôle majeur dans le déficit commercial, qui a entraîné les États-Unis à s’endetter considérablement vis à vis des autres pays. Ils empruntent actuellement à l’étranger près de 450 milliards de dollars par an.


 

Les banques centrales, en augmentant par exemple les taux directeurs pour soutenir le dollar accroissent la cascade de destructions de capitaux les plus faibles. Avec des lois du type « défiscalisations », les états socialisent les pertes des capitalistes et font payer au prolétariat le coût de la survie des grands groupes en siphonnant la part revenant au travail


 

 

 

Les obstacles idéologiques à l’analyse.


 

 

 

Qu’est-ce qui est en crise au juste (et donc, quelle est la portée, spatiale et temporelle, de la crise ?) : le capitalisme financier ou le système tout entier ?


 

Sarkozy et Christine Lagarde ici, comme Angela Merkel ou les conseillers de Bush ailleurs, expliquent que "les fondamentaux sont sains". Jamais dans l’histoire aucune banque centrale, fut-elle des plus corrompue, n’aurait lâché autant de lest si elle ne pensait pas que les "fondamentaux" étaient directement en cause ! D’ailleurs, le renchérissement du crédit a commencé pour les entreprises. Bref, la crise ne se réduit pas à sa dimension boursière.


 

Comme, de plus -et surtout ! - nos médias nous parlent d’autres choses tout concourt à interdire une vision d’ensemble des processus réels.


 

Ainsi, il y aurait d’un côté cette malencontreuse histoire de subprime, causée par l’imprévoyance de certains emprunteurs et de certaines banques ; que cela se paye dans le monde entier, mais voyez-vous, c’est la mondialisation, « c’est ainsi », un peu comme la météo. Et puis de l’autre côté, sans rapport apparent, une hausse du prix du pain sans précédent depuis des décennies n’aurait encore rien à voir avec le reste.


 

Au 1° août dernier le prix du beurre en Allemagne est passé d’un coup de 60 euros à 1,20 euros. Bourse, délocalisations, crise climatique, spectres de la guerre, hausse des denrées alimentaires de base dans le monde entier : tout cela serait disjoint. Seuls de méchants esprits bien archaïques pourraient encore croire que dans notre monde chaotique les choses aient un rapport entre elle ... un rapport qui pourrait s’appeler capitalisme !


 

 

 

Conséquences


 

 

 

La situation de l'immobilier américain s’aggrave. Le secteur a perdu 700 000 emplois, et les agences immobilières, les promoteurs licencient.


 

Parce qu'elles font des pertes, les banques qui, elles aussi, suppriment des emplois, restreignent depuis janvier l'accès des ménages au crédit, ce qui affaiblit la consommation.


 

 Le monde va perdre 6 ou 7 dixièmes de point de croissance en 2008 du fait de la situation américaine. L'industrie a reculé de 0,2.


 

Le renchérissement de ce qu’il est convenu d’appeler le "loyer de l’argent" est une réaction à la baisse comparative du dollar par rapport aux autres monnaies, surtout l’euro, et en partie une réaction à la difficulté relative croissante de placer des bonds du trésor US à l’étranger, où des quantités énormes se trouvent déjà, la plus grande concentration se situant en Chine.


 

Il ne s’agit pas de l’effondrement d’un château de carte, une "consolidation" comme ils disent, mais d’une maladie. Elle ne consiste pas dans la finance, pas dans l’immobilier, mais bien dans le capital. Et celui-ci est malade.


 

Nous avons affaire à une crise globale du capitalisme, procédant de la surproduction et non seulement de la baisse des taux de profit (qui est une tendance à long terme) mais d’une contraction brutale de la masse des profits réalisés.


 

La logique exclusive du capitalisme sénile conduit aux génocides puisque une majorité de l’humanité est devenue inutile et encombrante pour le capital, à l’exacerbation des fausses identités dites communautaires, à l’explosion de l’individualisme sauvage destructeur.


 

De surcroît la gestion économique de ce système étant fondée sur la protection absolue des rentes de monopoles, il ne s’agit donc pas d’une véritable nouvelle phase d’expansion du capitalisme, mais de la solution barbare à ses contradictions. 


 

Les destructions en chaîne du secteur bancaire, des capitaux productifs qui en dépendent, de la nature, conséquence du développement aveugle des forces productives, la surexploitation des travailleurs et la prolétarisation d’un nombre de plus en plus grand de couches sociales jusque là épargnées, sont les armes que déploient le capital pour survivre. C’est une lutte de classe sans merci pour maintenir l’ordre existant, reproduire à l’infini la société avec ses inégalités et ses monstruosités.


 

Ce système représente le plus grand scandale que l’humanité ait eu à connaître.


 

 Alors même qu’il libère du temps libre, il développe plus de chômage, plus de souffrances et de morts, de victimes d’une productivité effrénée, de la faim et des guerres, qu’à aucun autre moment de l’histoire humaine.


 

Il est donc plus rationnel, finalement beaucoup plus économique, de poser publiquement la question de la rupture avec le système de production lui-même, celui du capital, donc de l’expropriation et de la socialisation des grandes entreprises de production dans l’industrie, l’agriculture, les transports et de l’élimination pure et simple des officines financières et rentières parasitaires.


 

La construction d’une opposition au capitalisme passe par celle d’un front international des classes dominées et des peuples du Nord et du Sud. Mais ce front n’existe pas encore car la fragmentation des mouvements et des luttes sociales, est défensive et reproduit les rapports sociaux d’exploitation. Pourtant le capitalisme a de plus en plus de mal à surmonter chaque nouvelle crise et dénude un peu plus les racines de son système,  ouvrant des voies nouvelles au prolétariat dans ses luttes, renforçant partout sa résistance, permettant à celui-ci d’affiner sa compréhension des mécanismes complexes de sa propre exploitation.


 

Le capital concentré et mondialisé, guidé par des Etats devenus monstrueux, apparaît de plus en plus comme un pouvoir social dont le capitaliste et ses puissances intellectuelles associées en sont les agents.


 

L’appropriation privée des conditions de la production de la vie qui domine la vie de ceux qui en sont privés est bien à l’origine des crises que nous vivons.


 

Chaque obstacle l’accumulation capitaliste est une calamité pour le capital et un levier pour le prolétariat mondial qui peut se libérer de cette tutelle écrasante.


 

 L’écroulement du système bancaire montre les limites d’un système où tout repose sur la valeur d’échange. L’ensemble ne pourra s’écrouler que sous les coups d’une révolution qui mettra fin aux rapports d’appropriations bourgeois.


 

Par des luttes frontales avec les Etats, conduites et organisées par un parti communiste, la conscience révolutionnaire franchira des étapes nouvelles et tout cela dans une perspective globale.


 

  


 

Pierre Lehoux – septembre 2007


 

 

 

(1) Subprime est un terme bancaire : banques et assurances classent leurs clients en « non-prime », « prime » et « subprime » selon les risques estimés de défaillance de l’emprunteur, les subprime sont les plus potentiellement défaillants (en France ce système n’existe pas officiellement mais les variations des taux d’assurance agissent en réalité sur le montant total de l’intérêt). Mortgage signifie hypothèque.

 

 

 

 

(2) Qu’est-ce qu’une bulle ? Une bulle se caractérise par une montée vertigineuse des prix, décorrélée de tous les fondamentaux économiques. Quel que soit son objet (actions, or, immobilier, œuvres d’art...), une bulle se créé lorsqu’une majorité d’acteurs se rue à l’achat en se persuadant que le lendemain le prix sera plus élevé et/ou qu’ils risquent l’exclusion du marché, pendant que les vendeurs reportent leur vente pour bénéficier du prix maximum. A l’inverse, une bulle explose pour les mêmes raisons : les acheteurs diffèrent leur achat, anticipant une baisse du prix le lendemain, et les vendeurs mettent massivement sur le marché, de peur de perdre tout leur capital. Rappelons que la flambée des prix de l’immobilier est un phénomène mondial : +80% en France depuis 2000, +150% en Espagne, aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, alors que le PIB n’a pas suivi au même rythme, loin s’en faut.

 

 

 

 

(3) Hausse des taux et prix des terrains et des bâtiments sont liés par une relation qui est l’un des rapports sociaux les plus irrationnels du mode de production capitaliste : le prix foncier est formé par capitalisation de la rente foncière, c’est-à-dire que le loyer moyen (ou, pour des terres agricoles, le fermage) est considéré comme l’intérêt d’un capital qui est le prix du terrain. Mathématiquement, si les taux d’intérêt montent les prix fonciers baissent, et inversement. Cela veut dire en partie que moins c’est cher, plus vous payez !

 

 

 

 

(4) La phase boursière aigüe, s’est ouverte le mardi 7 août par la décision de Ben Bernanke de maintenir le taux directeur de la Fed à 5,25%.

 

 

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