Le communisme au XXIème siècle
Rapport d’activité de l'assemblée générale de l’ARAM
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20 octobre 2007 – Saint-Georges des Coteaux
Il s’agit de la 4ème assemblée générale depuis la création de l’ARAM en 2003.
Dès l’origine de l’association, nous nous sommes référés à K.Marx et à Lénine. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que notre démarche actuelle soit celle de la recherche d’une union avec des forces organisées qui partagent nos bases d’actions.
Cette discussion autour des tâches qui incombent aux communistes est nécessaire aujourd’hui car elle constitue un tremplin pour nous organiser dans un ensemble plus structuré en attendant la création qu’un parti communiste que seul un prolétariat décidé à lutter pour se libérer du joug capitaliste construira.
Noter union projetée avec l’OCML-VP sera une lutte pour enrichir l’ensemble du mouvement ML. Notre apport, même minoritaire dans l’organisation sera un moyen de dynamiser les communistes encore trop frileux, la plupart du temps observateurs des évènements mais attentistes au possible, sur des positions de replis ou de résistances mais rarement offensifs. Il s’agira dans un premier temps de mener de concert une propagande en direction des travailleurs. Notre journal en sera le vecteur principal.
S’excluent de cette démarche ceux qui demeurent dans leur tour d’ivoire.
Qu’en est-il de la théorie de Marx aujourd’hui ?
C’est un outil irremplaçable et indispensable à la compréhension du monde.
A l’avènement du capitalisme, au XIXème siècle, la montée de la toute puissance de la bourgeoisie et l’analyse dialectique (en rapport avec l’évolution historique de la société humaine) constituent la base de cette théorie.
Entre autres choses il a révélé la complexité de l’exploitation capitaliste axée sur l’aliénation dans la propriété privée. Il a développé la portée des contradictions inhérentes à ce mode de production qui dépouillent de leurs savoirs et de leurs capacités propres les producteurs privés pour en faire des prolétaires qui ne disposent pour vivre que de quelques moyens de subsistances représentés par le salaire. Il n’a pas inventé la lutte de classe mais il en a fait le moteur de l’action du prolétariat. Celui-ci s’étend à mesure que le capitalisme accentue la division sociale du travail dans un monde aujourd’hui exclusivement dominé par ce mode de production.
Il a bien montré que l’étape capitaliste était une étape historique nécessaire car les modes de productions antérieurs n’ont pu développer des forces productives suffisantes.
L’homme des temps anciens, survivait tant bien que mal, contraint par des rapports sociaux de dépendances à l’égard de « maîtres » qui détenaient le droit de vie et de morts sur leurs sujets.
A cela le capitalisme a substitué de nouveaux rapports axés sur des échanges inégaux monnayés, ou la valeur d’échange a remplacé la simple valeur d’usage dans les échanges. Le travail est devenu la propriété du capitaliste. Le capital absorbe sans cesse le travail vivant pour le transformer en travail mort c’est-à dire en marchandises et moyens de productions, ces derniers étant l’élément reproducteur essentiel dans le processus d’accumulation.
Il a produit des êtres libérés des rapports d’exploitation directs issus de l’ordre monarchique mais il en a instauré d’autres conformes aux besoins de la nouvelle classe dirigeante qui accumule du capital en absorbant le travail, en l’aliénant au fur et à mesure que ce système produit des moyens de productions plus sophistiqués et des machines de plus en plus perfectionnées. Il en vient aujourd’hui a supprimer tout travail, donc à libérer du temps chômé.
Quelques exemples pour illustrer mon propos :
- La montée des luttes pour le pouvoir d’achat et des embauches. Il y a eu dans la dernière période : les ouvriers de Citroën, ceux de Renault et ceux de Mercedes Smart à Metz. En effet dans le secteur automobile qui constitue l’un des principaux leviers de la plus-value capitaliste, la baisse du temps de travail s’est trouvée capitalisée en chômage partiel (voir « Echanges » 119 – hiver 2006-2007 pages 48, 49) Renault a constitué des banques d’heures, ce qui fait que au lieu de quatre heures par semaine de libérer, il n’y aura eu que 1h30, le reste allant dans le capital temps (au passage, les syndicats négocient ces heures avec le patronat sans les remettre en cause).
- Aux USA ce sont les « Big Three » (GM, Ford et Chrysler) qui ferment leurs unités de productions dans les pays du centre et investissent massivement dans les pays à bas coût.
- c’est la montée de la productivité qui alimente la concurrence que se livrent les intérêts capitalistes en quête d’un nouveau cycle d’accumulation mais cela entraîne un surcoût pour les Etats qui doivent écarter toutes menaces révolutionnaires en intervenant de plus en plus dans tous les aspects de la vie de chacun.
- C’est la menace fasciste du fait du totalitarisme de l’Etat qui perd ses derniers attributs « démocratiques » pour accroître sa pression sur les travailleurs. C’est donc une guerre plus ouverte que jamais avec le prolétariat.
L’innovation technologique en est également la conséquence, et cet aspect est essentiel pour comprendre la crise actuelle et les ravages occasionnés par ce système.
La productivité est une calamité pour le capital car en augmentant le chômage du fait de la mécanisation (économie réalisée en termes de salaires versés, de précarité et d’augmentation des heures supplémentaires), les capitalistes scient la branche sur laquelle ils sont assis car cela entraîne une diminution de la plus-value produite seulement par l’absorption du travail ouvrier (son taux d’exploitation, la fameuse croissance devenue si faible en Europe) ; non seulement le capital doit faire face à une baisse du taux de profit sur le long terme mais à une baisse de la masse des profits et c’est ce qui le rend plus vulnérable encore et le conduit à renforcer le pouvoir étatique puisque c’est lui qui doit socialiser la plus-value produite pour la répartir entre les différents capitalistes.
Une part de la plus-value « sociale » rétribue au passage ses fonctionnaires (gouvernement et élus). Un scandale dont on parle beaucoup (d’autant qu’il avive en ces temps de grèves, la colère des travailleurs spoliés en permanence de leur pouvoir d’achat), le salaire du président de la République suit, lui, le même rythme que les profits qui le nourrissent !
L’Etat agit toujours dans le sens des intérêts de la bourgeoisie, il est l’expression de son pouvoir qu’il n’a de cesse d’étendre (décentralisation et pouvoir des maires accrus, par exemple) mais aussi celui des structures non élues.
Il constitue l’un des fétichismes propres au capitalisme, une création toute droit sortie de l’esprit des philosophes des Lumières tels que JJ Rousseau, mais en réalité le garant de la propriété privée bourgeoise que la révolution prolétarienne victorieuse devra abattre en premier lieu pour instaurer un contrôle direct des moyens de productions.
Pourquoi les conditions sont-elles plus favorables à la révolution ?
Sur une longue période, sur le temps historique, les apparences n'expliquent plus rien, et les structures intimes du capital se laissent voir plus directement à travers leurs conséquences manifestes, telles que, notamment, la crise de surproduction de capital, les progrès de la productivité et du chômage, la paupérisation non plus seulement relative mais aussi absolue de prolétaires de plus en plus nombreux, etc. Et le scandale de la pauvreté dans le monde est d’autant plus grand que les richesses produites augmentent à l’infini.
Mais c’est surtout l’accroissement de la division du travail, la séparation entre puissances intellectuelles (qui sont les fonctionnaires du capital, cadres chefs d’entreprises, ingénieurs…) et les exécutants qui représentent une des contradictions majeures de ce système. En soumettant la science et donc le développement humains (des besoins humains) à la valorisation du capital, ce système oppose une limite infranchissable qui ne peut être abolie que par une prise de pouvoir politique et militaire.
Ces puissances intellectuelles se sont appropriées les sciences et les technologies. Cela étant, elles ont supprimé du travail répugnant, effectué aujourd’hui par des machines. Le capitalisme a posé des bases plus propices à la lutte de classes puisque l’un des objectifs du communisme est bien d’instaurer le travail riche débarrassé des contraintes associées à la survie de l’individu.
Seulement ce système ne se développe jamais sans supprimer le travail aliéné ni toutes les divisions sociales du travail et donc jusqu’à créer la potentialité de se passer du gouvernement des hommes.
Les bases du communisme, la suppression du travail aliéné ne peuvent être acquises qu’après une longue lutte de classe dont la prise du pouvoir n’est qu’une étape. La fonction coercitive de la dictature du prolétariat ne vise qu’à faciliter le passage d’un rapport d’aliénation (dans lequel l’individu privé ne maîtrise aucune des richesses de son travail) en détruisant la propriété juridique et financière des moyens de productions (qui sont les conditions objectives de l’appropriation privée), vers l’appropriation des conditions subjectives du travail qui constituent le cerveau social, l’intellect général, les rapports des individus aux conditions de travail déterminant leur pouvoir sur la production des conditions de leur vie, leurs rapports sociaux donc le type de société dans laquelle ils vont développer toutes leurs compétences.
Plus les individus accèdent à l’appropriation de la puissance sociale et par là au travail riche et plus l’Etat disparaît, est inutile en tant que gouvernement des hommes.
Les révolutions communistes passées n’ont pu instaurer immédiatement le communisme. La voie bourgeoise l’a emporté sur la voie prolétarienne. Ces sociétés connaissaient l’Etat, la coercition, le salaire, l’argent, etc...
Le plus urgent pour le mouvement communiste est de cerner les raisons exactes qui sont à l’origine des échecs de ces révolutions qui avaient entamé la phase de transition vers le communisme mais ont au final établi une nouvelle bourgeoisie aux commandes de ces états. Ceux qui dénigrent l’existence des partis qui ont fait la révolution ont un objectif précis : fixer à la révolution politique des objectifs chimériques, inaccessibles, pour décourager les prolétaires et pour combattre toutes les révolutions possibles.
Le communisme n’est pas une chimère. Il est le mouvement réel qui abolit « l’état des choses existants ».
Ainsi le caractère scientifique des analyses de Marx sur le capital, son essence, ses contradictions, son mouvement, éclate aujourd'hui plus vigoureusement que jamais, tant elles se vérifient aisément dans tous ces faits constatables.
Quand Marx et Engels affirment: « nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l'état actuel », ils ne parlent évidemment pas du seul mouvement spontané induit par les catégories fétichisées du monde des apparences superficielles, sur lequel s'appuie le réformisme, mais bien du mouvement réel, c'est‑à‑dire de la totalité du phénomène : apparence et essence, et pas seulement l'une (position réformiste), ni seulement l'autre (position dogmatique). Comprendre ainsi le mouvement réel, c'est comprendre que les communistes ne se bornent pas à en prédire les fins générales » (ce qu'ils ne peuvent faire que sur le seul plan théorique, par déduction de son évolution à partir de ses causes intimes). Ils borneraient alors leur activité à proclamer que rien ne vaut sinon l'abolition de la propriété privée, des classes, de l'Etat, du salariat, de l'argent, etc. Ils sont avant tout pratiques, et c'est pour son efficacité pratique qu'ils ont besoin de la théorie, pour analyser la situation concrète et avoir « une intelligence claire des conditions de la marche du mouvement prolétarien » tout au long de ses différents moments historiques. Le prolétariat se constitue en classe, indépendante et révolutionnaire, ce qui nécessite la médiation d'une organisation de type « Parti », instance spéciale représentant les intérêts généraux des prolétaires et en organisant la réalisation.
Il faut maintenant développer plus concrètement la nécessité de ce parti, et, en particulier, définir sa place par rapport au prolétariat puisque c'est elle qui pose problème.
Quel Parti concevoir ?
Les partis issus des révolutions du XXème siècle :
C’est donc Lénine qui a été le premier à définir ce que pourrait être l’exercice du pouvoir par un prolétariat après une révolution politique qui a désapproprié juridiquement la bourgeoisie.
Aujourd’hui on peut constater la véracité de ses écrits et la justesse de son analyse. Il n’y a plus guère que les communistes « vulgaires », les dogmatiques et les staliniens ne concevant que des sociétés étatisées à l’extrême, qui demeurent incapables d’extraire l’essence profonde de son œuvre pour la mettre au service du prolétariat. Marx disait que pour que sa théorie soit validée, le prolétariat devait s’en emparer. Mais qu’il fallait qu’un parti communiste soit capable de représenter l’avant-garde du prolétariat, car seul, confronté à une lutte de classe permanente, il ne pouvait que rouler son rocher de Sisyphe, dans des luttes qui ne peuvent que reproduire le système en place.
Les syndicats et parti ouvrier bourgeois qui défendent les intérêts des couches moyennes, selon les catégories propres à la division « sociale » du travail dans la société capitaliste sont le reflet de cette division ; ils l’entretiennent en permanence. Les partis réformistes comme les partis dogmatiques s’appuient sur les fétichismes (l’argent, les salaires, l’état providence…) pour mieux conduire les travailleurs à des sacrifices chaque fois mieux « consentis ». C’est le rôle que jouent les centrales syndicales dans les négociations avec le patronat et l’Etat.
Pour les réformistes, selon la célèbre formule de leur ancêtre Bernstein, « le mouvement est tout, le but n’est rien ». Il n'y a plus là que l'immédiat, dit « réaliste » : c'est ce qui peut se passer dans les limites des rapports capitalistes, et qui est donc déterminé par la reproduction du capital, son accumulation, « la loi de la croissance » (qui dépend de celle de la plus‑value). Ce qui est perçu comme immédiatement possible est aussi, le plus souvent, le plus superficiel.
Pour le marxisme c’est la lutte de classe qui fait avancer, y compris les défaites si on en tire les leçons. Quand les prolétaires russes et chinois se sont révoltés ils ont eu raison. Il ne faut pas attendre que les conditions soient mûres pour s’engager dans la révolution. Quand ils ont conquis le pouvoir ils n’avaient pas l’intention de le partager avec une fraction de la bourgeoisie. Il leur fallait chercher une voie et c’est tout le mérite de l’avoir fait. Personne ne peut dire que leur révolution était condamnée à rester dans les limites du capitalisme d’Etat. Ils ont non seulement avancé eux-mêmes, mais ils ont aussi donné un coup de fouet notable au mouvement révolutionnaire mondial, notamment en ce qui concerne les luttes anti-colonialistes et la résistance anti-fasciste.
Il faut donc replacer ces révolutions dans le cadre de le XXème siècle qui a vu tant de bouleversements.
Le rôle joué par les partis réformistes :
Ce qui se voit à la superficie apparaît aussi comme ce qu'il est possible de transformer pour changer la vie. C'est ce soi‑disant réalisme (la «Realpolitik», que les réformistes opposent à « l'utopie » révolutionnaire des communistes, qui, ironiquement, leur ont un jour répondu qu'être réaliste justement c’était demander ce que le capital jugeait impossible de donner). Nous savons que, dans l'immédiat des apparences, on reste dans les catégories des fétichismes du « Monde Enchanté », dans la lutte salariale, de reproduction du capital, et dans la farce électorale pour le choix du gouvernement qui gérera le capital. Et cela conduirait à une amélioration progressive de la situation ouvrière dans un capitalisme contrôlé.
En fait, évidemment, cela mène seulement à la reproduction des rapports capitalistes, et aux pires catastrophes pour les prolétaires. La supercherie réformiste consiste d'ailleurs non seulement à mythifier l'Etat, mais aussi à opposer l'immédiat au but, comme s'il s'agissait de préférer un bon tiens à deux tu l'auras.
En vérité la distinction oppose ce qui, aussi bien dans l'immédiat que dans le but, construit l'indépendance et la puissance du prolétariat, à ce qui laisse les prolétaires dominés par les catégories bourgeoises et les exigences de la reproduction du capital.
La tâche des communistes, face aux réformisme, est d’exiger des prolétaires une opposition ferme et sans concession aux réformistes qui, sous prétexte de réalisme, s'attachent au contraire à flatter tout ce qui, dans ces luttes immédiates, existe comme revendications et formes de lutte manifestant la soumission des prolétaires à l'idéologie et à l'ordre social bourgeois.
Pour les idéalistes, parfois dénommés ultra‑gauche, il s'agit au contraire de passer immédiatement à une société communiste, sans dominations, sans classes et sans Etat. Ce ne serait qu'une question de volonté, ou, à l'inverse, de déterminisme, le communisme advenant alors simultanément avec la révolution politique, sans transition révolutionnaire, dès que toutes les conditions en auraient été créées par le capitalisme. Là l'immédiat et le but sont confondus dans le même moment, c'est tout ou rien tout de suite.
Or, savoir ce qu'est une révolution n'est pas imaginer une société communiste, puisqu'elle sera la création d'hommes libres, différents de ceux d'aujourd'hui dans leurs besoins comme dans leurs capacités, ni imaginer qu'elle pourrait sortir toute prête de la cuisse du capitalisme comme Minerve de celle de Jupiter, puisqu'elle ne peut pas créer ces hommes libres dans les rapports sociaux qui sont les siens. C'est savoir à quel moment on est du développement historique en général, et du procès révolutionnaire en particulier. Donc c'est d'abord connaître la réalité existante. Savoir non seulement comment, mais surtout pourquoi cela se passe comme ça. C’est de montrer quelles transformations radicales sont nécessaires et possibles à un moment donné, et d'en organiser les moyens.
De la lutte économique aux luttes révolutionnaires
L e constructeur automobile français PSA Peugeot Citroën a enregistré un bénéfice net en hausse de 60,8% sur un an au premier semestre 2007, à 492 millions d'euros, soutenu par la hausse de ses ventes liée au renouvellement des gammes, a-t-il annoncé mercredi. PSA note aussi que "la forte hausse des prix des matières premières a été compensée par les gains de productivité réalisés sur les achats et sur la performance des usines". Ce qui signifie une hausse des heures supplémentaires et des cadences.
Le chiffre d'affaires du groupe a progressé de 5,9% sur le premier semestre de 2006 à 30,818 milliards d'euros. Le chiffre d'affaires de la seule division automobile s'établit à 24,169 milliards d'euros (+5,1%).
On comprend d’autant mieux la montée des luttes dans le secteur automobile et cela malgré la répression. Des luttes dites « économiques » qui s'expriment en un mouvement spontané, borné par la domination des catégories bourgeoises (notamment le salaire et la concurrence). Mais elles peuvent s'élever en luttes politiques, en se développant en lutte globale de la classe pour l'Egalité. Ceci notamment à travers la revendication de la baisse généralisée et du partage du travail prolétaire et de « à chacun selon son travail ».
Cet objectif d'Egalité qui, bien que formulé en termes relevant encore de l'idéologie bourgeoise, est en fait, poussé au bout de logique, vouloir l'abolition des classes (et c'est là, dans ce cas de le rôle des communistes que de le montrer et de défricher cette voie, de sorte que le gros de la masse prolétaire l'emprunte et y progresse).
D'abord il amène à devoir détruire l'Etat bourgeois comme la puissance manifeste qui protège et organise les inégalités et l'accaparement privé par une classe. Puis, cette victoire politique obtenue, les conditions (l'Égalité), apparaissent comme encore plus radicales qu'imaginé initialement, comme nécessitant l'appropriation des conditions de la production des divisions spécifiquement capitalistes du travail. Et donc le procès révolutionnaire se poursuit alors consciemment comme celui de l'abolition des classes. L'objectif d'Égalité se transforme consciemment en objectif de Liberté, d'une société communiste.
Les communistes s'attachent à ce que les prolétaires choisissent de mettre pratiquement en avant dans leurs luttes immédiates, non ce qui n'y est pas et qu'ils voudraient qui y soit, non des plans révolutionnaires préétablis dogmatiquement, mais ce qui y est (dont ils s'efforcent de donner « la vraie parole ») et qui renforce l'unité des prolétaires (universalisme de la lutte et de ses objectifs), de choisir donc leur antagonisme avec la bourgeoisie, ce qui les constitue en classe indépendante de la bourgeoisie (de son idéologie comme de ses institutions) c'est-à-dire en classe révolutionnaire.
Le rôle central du parti des communistes
Les conseillistes fondent leur théorie sur le fait que « l'émancipation des travailleurs sera l'oeuvre des travailleurs eux‑mêmes » ? Oui, mais en tant que sujet collectif, poursuivant son intérêt général, ce qui est tout autre que les individus privés additionnés.
En réfléchissant un peu à la réalité du capitalisme, on voit immédiatement que les questions sont tout aussi bien à l'inverse : comment peut‑on on haïr le capital d'avoir dépouillé les prolétaires de tout, au point de les abrutir par le travail et les loisirs aliénés, de leur infliger un lavage de cerveaux systématique en les soumettant à la dictature totalitaire des médias et des intellectuels promoteurs de l'idéologie bourgeoise dans tous les domaines de l'éducation et de la culture, et affirmer en même temps que les prolétaires sont naturellement conscients des racines de leur situation (du capital), spontanément révolutionnaires, et immédiatement capables d'abolir les classes (les divisions du travail capitalistes, la propriété) ?
Ces positions ne sont contradictoires que parce qu'elles sont figées, dogmatiques, qu'elles ne voient pas les prolétaires, ni le capital, comme des phénomènes en mouvement. Mouvement dans lequel le capital ne peut, à la longue, qu'aggraver leur situation allant jusqu'à ne plus pouvoir même les employer et les reproduire, et les faire vivre.
Mouvement donc aussi dans lequel les prolétaires se trouvent dans un tel antagonisme avec la bourgeoisie qu'ils sont obligés de se constituer en classe pour l'abattre, et donc de se doter de cette organisation spéciale dont nous venons de voir pour cela la nécessité, le parti.
Par essence les prolétaires sont révolutionnaires dans cet antagonisme avec le capital mais l’idéologie qui leur est « injectée » à haute dose de « l'extérieur », s'appuie néanmoins sur ces fétichismes « internes » aux individus du monde capitaliste.
Dans cette situation contradictoire, le travail des communistes est :
1) de montrer que la première condition de réalisation de cet objectif est le renversement de l'Etat bourgeois ;
2) d'organiser la lutte en conséquence. En s'efforçant de donner ainsi « la vraie parole de la lutte », théorique et pratique, ils contribuent à constituer les prolétaires en classe indépendante, donc révolutionnaire. Et c'est par le biais de la classe que les prolétaires font valoir leur essence révolutionnaire.
En effet certains transforment cette nécessité en idolâtrie du parti, le plaçant comme un Maître au dessus des prolétaires, d'autres au contraire vident le parti de tout contenu spécial.
Certains nient les problèmes qu'il cause d’autres nient ceux qui induisent sa nécessité.
Un parti qui se fixe pour tâche de contribuer à organiser la révolution communiste doit, évidemment, savoir ce qu'elle est, quelles en sont les conditions déjà réalisées comme celles encore à réaliser. Cela peut paraître une évidence, mais distingue néanmoins les grandes tendances qui ont divisé, et divisent toujours, le mouvement ouvrier.
En exigeant l'abolition des classes il montre et défriche cette voie, de sorte que le gros de la masse prolétaire l'emprunte et y progresse.
La fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, est « la fraction qui stimule toutes les autres » comme le disait Engels. Il détermine les buts immédiats au cours des différentes phases de la lutte (ainsi que les éventuelles alliances de classes), organisation du combat pour que se forge la classe prolétaire et s'élève sa capacité d'abattre l'Etat, puis la bourgeoisie (et le prolétariat avec) jusqu’aux ultimes racines, tout cela nécessite évidemment l'unité des communistes dans une organisation spéciale. Il est à la fois l'intérêt général du prolétariat, son « cerveau » collectif, et son Etat major de combat. Aucune classe ne peut exister sans disposer de cela ( la bourgeoisie ne se reconnaît qu’à travers son Etat qui contribue à sa cohésion).
Et il est impossible d'en disposer sans une organisation spéciale au-delà de la simple addition des individus, sans un Parti donc (ou d'un Etat pour la classe dominante).
La lutte pour forger le prolétariat en classe indépendante passe par la construction d'un parti non seulement bien distinct, mais opposé et combattant les autres partis ouvriers dominés par l'idéologie bourgeoise, qu'ils soient vulgairement réformistes, ou utopistes et dogmatiques. Et cela amène nécessairement les révolutionnaires à former un parti distinct de tous ces autres partis ouvriers, et, plus encore que cela, opposé à eux et les combattant pour arracher le maximum de prolétaires à leur influence.
La classe n'existe donc que comme cette association, ce sujet actif qui doit être créé. En deçà, il y a ce que les sociologues ou les statisticiens appellent des catégories socioprofessionnelles. Elles sont définies par une commune condition dans les rapports de production (la division du travail), les revenus et la place dans la vie sociale qui en découlent. Mais cela n'implique pas encore l'unité particulière qui forme la classe, l'association pour une lutte ayant un intérêt général propre pour objectif. Ainsi il y a, certes, des prolétaires qui vivent objectivement dans l'antagonisme avec la bourgeoisie, mais aussi, et c'est aussi une situation objective de la catégorie sociale des prolétaires, dans la concurrence, et sous la domination de divers fétichismes. Ceux‑ci, tant qu'ils les dominent, obscurcissent la compréhension de leur intérêt général. La classe doit se créer dans la lutte et s'y connaître.
La concurrence entre prolétaires n'est que la conséquence de la concurrence entre capitaux, et est violemment attisée par les propagandistes de chaque bourgeoisie pour les enrôler à ses côtés.
Cette puissance particulière de la classe est la seule dont disposent les prolétaires pour transformer les « circonstances » eux‑mêmes. Le parti, qui est le catalyseur qui cristallise les prolétaires en classes en une puissance libératrice, le prolétariat, est évidemment lui aussi contradictoire, à la fois extérieur et intérieur aux prolétaires. Extérieur, car la politique l’est aux yeux des prolétaires. Le Parti n’entre pas dans la vie privée des individus. Il est avant tout un outil de socialisation des rapports humains.
Ceux qui critiquent son extériorité ne font qu'enfoncer une porte ouverte. Il est évident que la nécessité du parti est une conséquence du capitalisme, qu'il en est donc aussi un stigmate car il doit disparaître en même temps que les individus deviennent capables d’échanger leurs productions dans un cadre entièrement libéré des rapports sociaux antagonistes bourgeois.
Et il est tout aussi évident que ce « mauvais côté », cette extériorité, peut se développer, prendre le dessus et le parti s'autonomiser en puissance sur le prolétariat, se retournant contre lui, le dissolvant en tant que classe agissante selon ses buts, son intérêt général.
Evidemment, plus un parti a conquis une grande influence sur les prolétaires de par les succès qu'ils ont obtenu avec lui, plus son pourrissement éventuel est lourd de conséquences néfastes. L'histoire a fourni assez d'exemples connus de tels retournements, sans compter les partis ouvriers qui étaient dès leur origine, d'indéfectibles soutiens au capital, pour qu'il ne soit pas nécessaire d'insister sur ce point.
Il est donc très facile de se saisir de cette histoire trop pleine d'expériences de ce genre pour réfuter toute idée de la nécessité d'un parti, ou alors d'imaginer une organisation qui serait celle de tous les prolétaires, sans aucune contradiction entre elle et eux, sans aucun caractère particulier « d'avant‑garde », aucun rôle particulier d'orientation de la lutte. Sous prétexte de refuser tout « embrigadement », tout « maître », les positions les plus extrêmes en ce sens veulent faire coïncider absolument les prolétaires et l'organisation.
Toute autorité supra individuelle est immédiatement suspecte, immédiatement rejetée parce que considérée comme irrémédiablement et uniquement nuisible par nature. Ceux‑là ont le culte de l'individu, mais il s'agit de l'individu privé, tel qu'il est dans le capitalisme, qui n'aurait qu'à refuser les dominations extérieures à son « moi » qui l'étouffent, patrons, Etat, religion, etc., pour pouvoir s'épanouir dans la réalisation de ce « moi » tel qu'ils est. Ils n'imaginent pas une seconde, qu'il s'agit de transformer et les circonstances (dont les dominations qu'ils veulent rejeter ne sont que des éléments déterminés) et les individus égoïstes et bornés qu'elles ont produites. Et ils imaginent encore moins que cela est un procès révolutionnaire complexe, fait d'une dialectique de révolutions politiques et sociales.
Il est tout à fait exact que les formes que prendra le parti peuvent, ou pas, favoriser l'initiative et la responsabilité de ses membres comme des masses, le contrôle de la direction, la participation la plus ample possible de tous aux processus des décisions qui définissent les buts et moyens de la lutte, donc l'éducation politique et l'unité.
Savoir s’unir c’est savoir se délimiter. Tout l’art du révolutionnaire et d’analyser de manière concrète une situation historique déterminée. Il s’agit de s’unir contre l’impérialisme français, contre son Etat, contre le protectionnisme et le nationalisme, pour l’abolition de la propriété privée, de libérer les producteurs de la domination du travail répulsif et contraint.
Le parti est éducateur et en même temps s’éduque aux côtés des prolétaires. Il est une nécessité pour toute classe et bien sûr pour la classe qui doit dominer et lui permettre de maintenir sa domination.
Il confronte les conséquences pratiques qu’il en tire aux résultats obtenus. Il ne peut se développer que s’il permet d’élever le niveau d’indépendance du prolétariat, que s’il est un moyen de renforcer sa puissance, donc la liberté des prolétaires, sinon il ne sert à rien et dégénère nécessairement jusqu’à s’opposer à eux.
C’est le mouvement pratique et ses besoins qui pousseront à la création de ce parti. C’est également les expériences historiques et les conclusions qui devraient en être tirées qui permettront de débattre &ag
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