les effets de la concurrence
La concurrence alimente la crise du système
Dans le capitalisme l’objectif est de produire de la plus-value. Elle doit se réinvestir sous forme de capital additionnel dans la production avec une priorité pour la production de moyens de production. Mais du fait de la propriété privée qui accroît la division mondial du travail, de la stratégie aveugle et anarchique qui en découle, le profit ne se réalise que si le produit est vendu sinon c’est la faillite, la disparition de l’entreprise ou son rachat par un concurrent. C’est donc la concurrence qui constitue l’aiguillon externe de la production capitaliste. Elle punit les plus mauvais producteurs, ceux qui ne produisent pas dans les conditions sociales du moment, dont les prix sont plus élevés, les marchandises moins demandées, les profits trop faibles entraînant dans son sillage des désastres, des destructions de toutes sortes et la concentration de capital.
La crise se manifeste dans les échanges qui sont inséparables de la production. Une perturbation d’ordre conjoncturelle (le prix des matières premières par exemple) peut se transformer en perturbation générale d’ordre structurel. Les forces productives se développant toujours plus vite que la consommation il y a surproduction dans toute la chaîne de production parce que l’accumulation est à la fois celle des moyens de production, des forces de travail, des marchandises et de l’argent.
Quelques exemples pris dans l’actualité confirment cette nécessité pour le capital de s’approprier toujours plus de travail gratuit pour en extraire du capital au détriment de la consommation. La fusion des géants miniers BHP Billiton et Rio Tinto confirment une demande mondiale importante, notamment de la part de la Chine. Mais l’envolée des prix, conséquence d’investissements de plus en plus lourds, témoigne de la difficulté pour le capital à réintégrer la production.
Comment l’Etat valorise-t-il le capital ?
Au nom de « l’intérêt général » l’Etat subventionne, prend des participations dans les entreprises pour les sauver (Crédit Lyonnais, Alsthom, Sogerma…) ou finance par le déficit de la sécurité sociale l’industrie pharmaceutique. Le financement du secteur public abaisse le coût des produits au profit des autres capitaux qui les utilisent. Ainsi, EDF vendra son électricité à ses concurrents à des tarifs beaucoup plus faibles que le coût réel. L’Etat, comme dans les télécommunications ou les transports ferroviaires, après avoir développé les infrastructures, les met à disposition des capitalistes privés. Il accentue la concurrence donc les échanges inégalitaires. Dans le domaine agricole les prix des produits français ont fortement progressé en 2006. L’INSEE révélait le 21 juin dernier que la hausse atteignait 5,2%. Elle est sans précédent depuis 1980. Les stocks mondiaux de blé, par exemple, sont insuffisants. « La production mondiale est estimée à 593 millions de tonnes en 2006, en déficit de 17 millions par rapport à la demande » (INSEE). Les tensions qu’entraîne le marché agricole se répercutent sur les entreprises de l’agro alimentaire. Les stocks européens de beurre industriel, autrefois légendaires (avec un record de 1,28 millions de tonnes en 1986, au moment de l’introduction des quotas laitiers) ont disparu. Une hausse de 40 % due à la cessation des aides européennes est une des conséquences de la PAC de 2003 qui aiguise la concurrence entre les agriculteurs européens et donc la disparition des moins productifs. La surproduction européenne est une arme économique utilisée contre les productions locales, notamment africaine. Elle contraint les pays dominés à s’endetter davantage. L’OMC dirige la spéculation au profit des oligopoles. Les produits importés à bas coût entrent en concurrence avec le marché intérieur de l’UE provoquant des baisses de l’ordre de 30 à 50% des prix agricoles.
L’UE et les Etats qui la compose, accélèrent de fait la concentration des capitaux. Celle-ci accompagne les développements de la productivité (recherche de la plus-value relative) lesquels sont accumulation de capital fixe (machinerie) et diminution de travail vivant dans les produits relativement à celle du travail mort (légué par les générations précédentes). La concentration touche tous les secteurs (le BTP, les banques, avec l’exemple de la vente d’ABM Amro à la hauteur de 72 milliards d’euros, un record...).
L’Etat, en émettant du crédit, augmente la quantité de liquidité et gonfle les bulles (immobilière, informatique ou énergétique par exemple). Le crédit et l’emprunt sont des sources inflationnistes qui permettent à l’Etat de dépenser l’argent empruntée et de gonfler un peu plus le montant de son déficit. D’ailleurs, la frontière entre les partisans du déficit public (les inflationnistes keynésiens) et les monétaristes s’estompe puisque chacun contribue à l’accumulation de capital financier qui est essentiellement du capital fictif. Il est pour le moins paradoxal de prétendre vouloir surmonter une crise de surproduction de capital par la formation d’un capital fictif supplémentaire !
Les fonds spéculatifs en sont l’illustration. Les « hedge funds » sur des marchés volatils, notamment celui des matières premières, dopent les performances. Mais c’est avec l’argent des autres qu’ils font chuter ou croître les prix très rapidement. Les retraités (comme en 2006 en Californie, victimes du fond « Amaranth »(1) ont tout perdu dans ces fonds. Les idéologues et les économistes bourgeois applaudissent à la croissance retrouvée car dans leur schéma de pensée l’argent doit produire de l’argent autrement dit accroître une masse de capital fictif. Mais l’argent ne produit pas de richesses supplémentaires alors au cours de la crise les capitaux en surnombre sont détruits.
Du fait des variations de l’offre et de la demande, des manipulations monétaires ou de la péréquation des taux de profit entre branches d’activités c’est-à-dire de la tendance à gratifier chaque capital égal par le moyen de transferts de capitaux d’une branche à faible taux vers d’autres à plus forts taux, les prix acquièrent une grande autonomie par rapport aux valeurs qu’ils représentent.
Mais quelle valeur réelle représentent les prix ?
Qu’est-ce que la valeur d’une marchandise ? Comment la détermine-t-on ? Les politiciens capitalistes et leurs économistes, en tant que défenseurs du système, entretiennent la confusion et continuent à rendre encore plus difficile la compréhension de ces phénomènes en fournissant des explications ad hoc, le plus souvent de nature à justifier le système. Rares sont les analyses qui s’attaquent aux racines véritables du problème, qui vont chercher dans les principes mêmes du fonctionnement du capitalisme, les explications des problèmes auxquels il donne lieu et que nous vivons tous les jours.
« Une marchandise a une valeur parce qu’elle est une cristallisation de travail social…, il nous faut encore ajouter à la quantité de travail employée en dernier lieu la quantité de travail antérieurement incorporée dans la matière première de la marchandise, ainsi que la quantité de travail appliquée aux moyens de travail, aux outils, aux machines et aux bâtiments qui ont servi pour ce travail. » (K. Marx –salaire, prix et profit).
Par quantité de travail incorporé il faut comprendre la quantité nécessaire pour la produire dans un état social donné, dans certaines conditions sociales moyennes de production, et étant donné une intensité et une habileté sociales moyennes dans le travail employé. Le prix du marché n’exprime que la quantité moyenne de travail social nécessaire, dans les conditions moyennes de production, pour approvisionner le marché d’une certaine quantité d’un article déterminé. Il est calculé d’après la quantité totale d’une marchandise d’une sorte déterminée. Comme les marchandises se comparent en tant que valeurs par la médiation de l’argent, l’argent se pose comme valeur en soi. L’argent devient capital uniquement en s’emparant du travail vivant. En lui-même, le prix n’est pas autre chose que l’expression monétaire de la valeur.
Les prix sont donc une vision déformée de la valeur des marchandises. Les partis de gauche, les syndicats et ONG associés adeptes du « commerce équitable » réclament des « décisions politiques », autrement dit une législation d’Etat qui réglementerait une plus juste répartition de la valeur ajoutée.
De même certains pétitionnent contre la libéralisation du secteur de l’énergie, pour le maintien du monopole national. Mais c’est ignorer les « lois économiques » de l’extension capitaliste, sa propension à absorber toujours plus de travail social. En réclamant à l’Etat un partage des profits ils soutiennent l’ordre existant et l’Etat qui reproduit les conditions nécessaire à la valorisation du capital, accroît le taux d’exploitation et dépouille les travailleurs de leur puissance sociale.
L’idéologie bourgeoise des « lois économiques »
« La concurrence ne fait qu’exécuter les lois de la valorisation du capital, jamais elle n’exécute l’intérêt du travailleur, qui sera toujours châtié d’appuyer « son » capital contre un autre, sa nation contre une autre… » (Tom Thomas – Conscience et lutte de classe –éd. Contradictions p.37).
La concurrence, baptisée libéralisme par les idéologues n’est en rien synonyme de plus haut développement de l’homme, de la liberté individuelle et de la créativité comme ils le chantent. « S’il n’y a aucune liberté pour le prolétaire, il n’y en a pas non plus pour le capitaliste lui-même. Car il ne peut l’être et le demeurer qu’en étant le meilleur exploiteur du travail d’autrui, le plus cynique « gagneur », quel qu’en soit le prix en matière de dégâts humains, de gaspillages, de pollutions, etc… » (T. Thomas – id.).
Le marché étant le seul régulateur du capitalisme à travers la concurrence (« main invisible » d’Adam SMITH), chaque capitaliste est placé devant ce dilemme : écraser le concurrent ou bien disparaître. Plusieurs méthodes sont utilisées, vendre moins cher qu’un concurrent faible pour l’éliminer du marché même au-dessous de ses coûts de production (dumping), faire de grands investissements pour baisser ses prix tout en les vendant au-dessus de leurs valeurs (profiter avant la diffusion de ses innovations aux concurrents), l’espionnage etc.
La liste des « causes qui contrecarrent la loi », c’est-à-dire des moyens avec lesquels le capital cherche à freiner la baisse du taux de profit ou en combattre les effets, n’est pas limitative. Il y a la manière dont les « capitaux particuliers », aujourd’hui des groupes industriels très concentrés cotés en Bourse, cherchent à faire retomber sur leurs concurrents directs, sur leurs sous-traitants et partant sur les parties de la société qui en dépendent ou qui subissent l’effet de leurs décisions, la charge de supporter les effets de la baisse du taux de profit et l’insuffisance permanente de la demande finale.
Si l’idéologie de l’argent et de la concurrence est colportée avec autant de facilité de générations en générations c’est qu’elle trouve son enracinement dans les rapports économiques sociaux et les catégories économiques qui participent à la production. Si toutes les conditions de la production paraissent naturelles, comme allant de soi, c’est qu’elles sont le produit des travaux antérieurs.
Ces idéologies reposent sur des rapports d’appropriation privée et ne disparaîtront qu’avec l’abolition de ces rapports.
« Le fait que le travail se socialise sous la forme valeur, ce qui induit l’autonomisation des formes concrètes de la valeur (l’argent etc…), est un fait purement social, un rapport social de production particulier. C’est donc une révolution sociale, c’est-à-dire une révolution créant de nouveaux rapports d’appropriation, bouleversant « la production de la vie « antérieure » –dont la révolution politique n’est qu’un moyen- qui abolira les fétichismes et l’idéologie bourgeoise en même temps que les rapports capitalistes de propriété » (T. Thomas – id. p. 46).
L’exigence d’Egalité économique et sociale, matérielle et politique, demeurant dans l’ordre bourgeois, n’est pas une lutte consciente menant vers le communisme car elle est toujours comparaison, concurrence entre individus privés. Mais le prolétariat, dans le cheminement de ses luttes, s’empare de cette idée pour exiger l’égalité réelle dans la répartition du travail et des revenus et aussi dans l’exercice du pouvoir social. Ce qui est l’expression de la volonté de faire disparaître les classes et les antagonismes qui en découlent puisque la bourgeoisie n’est par essence qu’inégalités.
Pierre Lehoux – juillet 2007
(1) Le fonds Amaranth s’était concentré sur le marché de l’énergie, en particulier celui du gaz, dont le prix est très sensible aux aléas de température et de climat. Jusqu’en août 2006, les performances sont restées positives puis en septembre Amaranth annonce une perte de 65%. Le fonds en perdition a accéléré la chute des prix du gaz en vendant pour faire face à ses échéances financières, soit au total 6 milliards de dollars évaporés.
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