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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

l'impact des luttes

20 Août 2007 , Rédigé par ARAM Publié dans #Nos analyses

De la lutte salariale aux luttes anticapitalistes

Les salariés commencent à entreprendre des luttes de plus en plus dures avec le sentiment de n’avoir plus rien à perdre mais tout à gagner pour leur pouvoir d’achat. Plus violentes dans les pays dominés, ces luttes deviennent virulentes dans les pays plus riches où le réformisme a fait long feu malgré la persistance des idéologies nationalistes et étatistes véhiculées, notamment, par les partis de gauche. A chaque élection, ils entretiennent le fétichisme de l’Etat et ses représentations bourgeoises de la « démocratie ».  Mais l’écroulement du soi-disant « Etat-providence » conduit les salariés à redécouvrir le chômage massif et la précarité que les générations passées croyaient à jamais révolus.

 

Les luttes salariales 

Ce sont les plus jeunes qui dans leur majorité « entrent en ébullition ». Des grèves longues, dans le privé, comme chez PSA, pour des augmentations de salaires, pour le pouvoir d’achat, sont exemplaires. Les salariés à bout, soumis à des cadences infernales, ont tenu bon pendant plus de trois semaines sur leur revendication d’augmenter les salaires de 300€ malgré la répression permanente (intimidations de toutes sortes, chantage au licenciement, syndicat maison, huissiers…). Ils ont créé une dynamique syndicale et renforcé leur syndicat CGT. L’union a donc prévalu même s’ils n’ont obtenu que des miettes du gâteau patronal. La direction leur a rétorqué qu’augmenter les salaires priverait PSA de 800 millions d’euros de profit…C’est pourtant l’objectif premier des salariés que de réclamer ce que les patrons leur volent quotidiennement. L’augmentation annuelle des salaires chez EADS qui est passée de 2,5% à 2,8%, et la prime exceptionnelle passant de 500 à 600 euros ne passe pas. A titre de comparaison, les salariés allemands d’Airbus ont obtenu une prime de deux fois 400 euros et une augmentation de 4,1% des salaires. Cette différence n’étant pas justifiée, les syndicats de salariés français demandent «une harmonisation».

Marx constatait que « les ouvriers ont raison de vouloir arracher des augmentations de salaires, car chaque réaction contre les réductions de salaires est une action en faveur de leur augmentation.. » (K.Marx – salaire, prix et profit – 1865). Les revendications unissent les précaires, les anciens et les jeunes et repoussent les limites de l’individualisme et la résignation fondements de l’idéologie bourgeoise propre à cette société de classe.

D’autres exemples, comme chez Monoprix, où un magasin sur deux a débrayé pour les salaires, montrent bien que les consciences évoluent. La direction leur a proposé 20€, une insulte jetée au visage de ces employés esclaves d’un capital qui accumule des profits énormes. Mais sur quelles bases évalue-t-on les salaires et qu’est-ce donc que cette crise du capitalisme qui entraîne les entreprises à licencier à tour de bras, une productivité qui use jusqu’à la corde les travailleurs plongés dans une situation plus précaire que jamais ?

 

Production de la plus-value absolue

Pour tenter d’y répondre il faut d’abord analyser à la loupe le rapport capital-travail qui fonde l’exploitation capitaliste. Sur une journée de huit heures (retenue en exemple), pendant les quatre premières heures, le travailleur produit l’équivalent de son salaire : les produits de ces quatre heures ont une valeur d’échange égale à celle des matières premières, de l’usure des moyens de travail (une quote-part de leur valeur totale) auxquelles il faut ajouter les quatre heures de travail qui y sont maintenant incorporées. Il en va de même pour les quatre heures suivantes, à la différence notable que celles-ci ne coûtent plus un centime au capitaliste. C’est du travail gratuit qui appartient au capitaliste en vertu même des particularités que présente la consommation de la force de travail.

Le salaire est composé de deux parties : la somme nécessaire pour que l’ouvrier puisse reconstituer sa force de travail (nourriture...), et une deuxième partie fonction du rapport de forces entre capital et travail. La première varie en fonction de ce que l’on définit par le minimum vital, de l’époque et de l’endroit ou l’on vit. La deuxième varie en fonction de ce que les travailleurs arriveront à arracher au patron, mais également fonction de l’offre et la demande, comme toutes marchandises. Dès son entrée dans l’atelier, l’utilité de sa force, le travail, appartient au capitaliste. Ce travail gratuit représente la plus-value (qui apparaît sous forme de profit).

Au début de la journée, le capitaliste a avancé une somme correspond aux matières premières, au moyen de travail et au salaire et à la fin de la journée il se trouve en possession de produits dont la valeur est égale à la somme avancée augmentée de la part correspondant au travail gratis que procure la consommation de la force de travail.  C’est principalement l’exploitation maximum de la force de travail qui détermine le taux de profit. Cette force de travail, comme toute marchandise, à un coût : le salaire. Les prix des marchandises sont réglés par le prix du travail. Les salaires désignent le prix de la force de travail. Ils sont évalués comme toute autre marchandise. Cette valeur est définie par le prix que le marché lui donne. « La revendication de l’égalité des salaires repose par conséquent sur une erreur, sur un désir insensé qui ne sera jamais satisfait. Elle a sa source dans ce radicalisme faux et superficiel qui accepte les prémisses et cherche à se dérober aux conclusions. Sous le régime du salariat, la valeur de la force de travail se détermine comme celle de toute autre marchandise. Et comme les différentes sortes de travail ont des valeurs différentes, c’est-à-dire nécessitent pour leur production des quantités de travail différentes, elles doivent nécessairement avoir des prix différents sur le marché du travail. » (K. Marx – id.).

Le chômage à aussi un intérêt évident pour la bourgeoisie : plus l’armée de réserve est importante (les chômeurs), plus l’offre est abondante alors que la demande baisse en proportion, et plus les prix sont bas. Mais il est également très important de constater que l’accroissement des richesses produites ne signifie pas nécessairement augmentation de salaire. Il suffit pour s’en convaincre de savoir qu’en vingt ans la part des richesses produites revenant aux travailleurs est passée de 69% à 60%, alors que les salaires ont augmentés.

Productivité et chantage à l’emploi

Ce qui permet de mesurer la force de travail, c’est le temps. Selon une étude du Bureau International du Travail publiée le 7 juin 2007, 22% de la main-d’oeuvre mondiale, soit 614,2 millions de personnes, travaillent en moyenne plus de 48 heures par semaine. La France est le pays où il y a la plus forte productivité au travail (les travailleurs indépendants travaillent plus de 48h par semaine – étude du BIT). Les patrons rentabilisent le temps de travail qu’ils payent aux salariés.

Plus l’ouvrier créé de marchandises matérialisant sa force de travail, plus le capital est puissant et plus le producteur s’appauvrit. Ces marchandises ne lui appartenant pas, il devient donc étranger au produit de son travail. C’est en fait toute la vie du travailleur qui est aliénée, car pendant ses heures de travail, il vend sa force de travail, et passe ses heures de repos à dépenser ce qu’il a reçu en échange de celle-ci à la reconstituer.Avec les progrès de la productivité, le temps nécessaire au paiement de la force de travail a considérablement diminué. C’est la manifestation d’une croissance des forces productives plus rapide que celle de la masse salariale.

En France, les PME de moins de vingt salariés ont les salariés les plus exploités. C’est là qu’il y a les plus bas salaires, les plus longues durées du travail, les conditions de travail les plus dures, les accidents du travail les plus fréquents, le plus de maladies professionnelles, le plus fort roulement, le plus de temps partiels, de précaires, le moins de droit et de protection syndicale ou simplement juridique.

Ce qui pousse le capital à délocaliser vers l’Est de l’Europe, c’est le même but d’y exploiter une population bien formée et peu coûteuse. Tous ces pays ont des durées de travail plus longues qu’à l’Ouest, respectivement, 43,8 et 43,4 heures en Lettonie et en Pologne. Surtout cette amplitude s’accompagne d’une moindre, voire d’une absence, de rétribution des heures supplémentaires. On y observe également une forte progression du travail à temps partiel. Celui-ci est souvent l’apanage des personnes âgées, des handicapés et des jeunes entrant sur le marché du travail. En Pologne, 40% des travailleurs à temps partiel sont soit des retraités, soit des personnes ayant une infirmité. Les nombreuses entreprises à capitaux étrangers sont aussi celles qui pratiquent le plus souvent le travail «asocial» : il est courant de trouver des grandes surfaces ouvertes sept jours sur sept, vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

Le recours systématique au chantage aux délocalisations par la bourgeoisie comme moyen de faire accepter au prolétariat des sacrifices toujours plus grands, indique où se situe l’enjeu réel pour la bourgeoisie : imposer des conditions d’exploitation plus dures et la réduction du coût de la force de travail (la baisse des salaires) là où la production n’est pas délocalisable et ne doit pas l’être, là où les enjeux de puissance économique sont les plus importants pour le capital et la concurrence entre requins capitalistes la plus rude. L’exemple de l’Allemagne est particulièrement illustratif. Grâce au chantage aux délocalisations et aux suppressions d’emplois la flexibilisation du temps de travail a été imposée (soit réduction avec perte de salaire, soit élévation sans compensation de salaires). Ainsi Siemens : après avoir transféré ses activités de services et de développement en République tchèque, en Inde, en Russie et en Chine, il impose en 2004 la semaine de 40 heures sans compensation salariale à une grande partie de ses 167 000 salariés allemands sous la menace de la délocalisation d’au moins 5000 emplois. En 2005, après avoir annoncé 2400 suppressions de postes dans sa filiale de service informatique SBS, la direction impose aux 4600 salariés de la filière communication Com une réduction du temps de travail à 30 heures hebdomadaires (au lieu de 35,8) avec réduction de salaires ! Parallèlement, c’est le secteur public qui se fait le champion du «travailler plus». La compagnie ferroviaire DB est passée aux 40 heures et de nombreux Etats régionaux ont fait passer le temps de travail des fonctionnaires régionaux de 40 à 42 heures.

Lutte entre le capital et le travail

 

Parce que les moyens de productions sont propriété privée alors que la production est de plus en plus sociale, que cette propriété privée s’étend à l’ensemble de la société, puisque l’Etat en assure la reproduction, les rapports économiques sont nécessairement des rapports d’exploitation, de domination. Comme production et consommation sont les deux faces du procès de la production, mais de production de plus-value, qui vient s’ajouter au capital existant sous forme de capital additionnel, on voit bien que ce qui importe pour la poursuite de l’accumulation du capital (et donc le maintien de la toute puissance de la classe bourgeoise), ce n’est pas la consommation (y compris celle des riches) mais uniquement celle de la plus-value. C’est ce mouvement inexorable de l’accumulation capitaliste qui détermine la surproduction et la paupérisation des masses laborieuses.

L’Etat de valorise le capital et assure sa reproduction en exemptant les entreprises des charges patronales sur les heures supplémentaires.Les mesures Sarkozy, sous le slogan « travailler plus pour gagner plus » visent à abaisser le coût du travail ( ce qui a toujours été au centre des préoccupations de nos dirigeants).

A La Poste où chacun est censé effectuer 35 h hebdomadaires, les facteurs ne sont pas payés davantage s’ils travaillent plus. Ce slogan met les ouvriers de Renault Sandouville en colère parce qu’ils ne peuvent pas. Leur temps de travail est annualisé. Ils travaillent déjà plus lorsque la demande est plus forte. Ils sont contraints de travailler les samedis sans être payés en heures supplémentaires.

Pour paraphraser Marx on peut sans crainte affirmer que les syndicats agissent utilement en tant que centres de résistance aux empiétements du capital mais qu’ils manquent en partie leur but dès qu’ils acceptent les conditions de l’exploitation. Ils manquent entièrement leur but dès qu’ils se bornent à une guerre d’escarmouches contre les effets du régime existant, au lieu de travailler en même temps à sa transformation et de se servir de leur force organisée comme d’un levier pour l’émancipation définitive de la classe travailleuse, c’est-à-dire pour l’abolition définitive du salariat pour son remplacement par un contrôle et une planification de la production et des échanges par l’ensemble des producteurs eux-mêmes. Les syndicats en revendiquant des salaires garantis pour telle ou telle profession impliquent le fait qu’ils demandent à l’Etat bourgeois d’intervenir pour défendre les salariés, or l’Etat bourgeois, comme nous le savons, ne défend que les intérêts de la classe dont il est l’émanation, à savoir la bourgeoisie.

Les luttes salariales s’opposent à l’abaissement du coût du travail autrement dit des salaires mais reproduisent le salariat et la classe ouvrière aliénée au système. «Les efforts que le prolétariat entreprend périodiquement pour obtenir des augmentations de salaires sont inséparablement liés au système du salariat »(K. Marx). On ne doit pas faire oublier que la lutte principale doit être la lutte pour l’abolition du salariat et la destruction du système capitaliste.

C’est la conjonction de facteurs objectifs (les contradictions croissantes du capitalisme) et subjectifs (la conscience de classe et la combativité du prolétariat dirigé par une avant-garde révolutionnaire qui viendra à bout du mode de production capitaliste fondé sur l’exploitation des travailleurs. La révolution socialiste n’est pas alors perçu comme une utopie elle est la seule réponse possible.

Il faut donc oeuvrer à l’émergence d’un parti de la classe ouvrière qui s’opposera à la bourgeoisie et permettra au prolétariat de se libérer enfin de ses chaînes.

RCPC – juin 2006

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