Changer de société
Pour une société socialiste
L’élection de Sarkozy souligne le désarroi d’une grande partie des électeurs. Il y a encore une vingtaine d’années, la social-démocratie faisait illusion. A l’époque, les «élites politiques de gauche» étaient adulées et présentées comme des sauveurs, à l’exemple d’un François Mitterrand appelé en 1981 à la rescousse par la bourgeoisie pour contraindre par la ruse les travailleurs à accepter des mesures que la droite n’aurait pu entreprendre par la violence.
Les années Pompidou et Giscard qui ont marqué les débuts de l’ère libérale ont vu de nombreux actes de résistances du prolétariat se heurter à l’esprit bourgeois des organisations syndicales prêtes à pactiser avec l’ennemi de classe. Depuis la fin des années 70, la crise du capitalisme s’est approfondie et ce, malgré la mondialisation qui a offert un ballon d’oxygène au capitalisme lui permettant d’étendre partout son mode de production et de prolétariser en masse des populations rurales précipitées dans d’immenses concentrations urbaines, banlieues misérables, favellas et bidonvilles.
La cause profonde de cette aggravation réside dans l’abaissement absolu, et pas seulement relatif, des coûts salariaux des prolétaires employés, dans l’aggravation des conditions de travail et dans l’augmentation de la précarité et du chômage (1).
La mystification de l’Etat
Les organisations syndicales, les partis de gauche et les trotskistes prétendent que la crise ne serait due qu’aux exagérations d’un capital financier démesurément grossi, échappant aux contrôles démocratiques des Etats parce que mondialisé, et parce que ceux-ci, de surcroît, aux mains de politiciens « libéraux », auraient sciemment « abandonné » leurs pouvoirs sur le capital. Selon cette analyse superficielle, pire, mystificatrice en ce qu’elle mythifie l’Etat, une autre politique serait donc possible pourvu que ce même Etat soit entre leurs mains expertes, et devienne alors ce qu’il devrait soi-disant être dans l’idéologie bourgeoise : un Etat au service de « l’intérêt général », qui saurait étouffer les mauvais côtés du capital tandis que ses « bons » côtés seraient développés, en même temps qu’il assurerait une « juste répartition » de la croissance des richesses entre profits et salaires.
Pour être convaincu du contraire, il suffit d’observer de quelle manière le pouvoir bourgeois renforce sa domination à travers son Etat. Au cours de cette campagne électoral les deux principaux courants de la bourgeoisie, l’UMP et le PS ont amplifié la tendance au développement des apparences, où les individus n’exercent leur pouvoir social qu’en tant que citoyens, personnages impuissants et imaginaires, qui élisent leurs représentants dans le cadre politique choisi par l’Etat. Les contradictions entre les aspirations populaires et le cadre institutionnel se sont renforcées. Tous les moyens sont utilisés pour tromper les travailleurs.
Le renforcement du pouvoir étatique
C’est la parité hommes/femmes (Sarkozy a composé un gouvernement où siègent huit hommes et sept femmes), ce sont les questions d’environnement avec ce nouveau Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable. En fait les mesures fiscales annoncées sont destinées à faire payer aux salariés les dégâts occasionnés par les oligopoles. Rachida Dati, 41 ans, fille d’immigrés maghrébins, ministre de la justice, choisie sur le modèle nord-américain de «l’action affirmative », est chargée de mettre en oeuvre le programme de Sarkozy pour durcir la répression de la criminalité, surtout parmi les jeunes dans les banlieues dont elle est originaire. L’entrée de socialistes au gouvernement contribue à effacer toute distinction entre la droite et la gauche. La bourgeoisie rassemble toutes ses forces pour gérer les affaires d’un capital en crise. Moins de rentrées fiscales prévues signifiant des coupes sombres dans les budgets sociaux, la pression fiscale se place également sur les citoyens avec les impôts et les taxes locales, sur le travail, puis sur la consommation par le biais de la TVA, dite TVA sociale, pratiquée en Allemagne et à laquelle Sarkozy est favorable en prétextant que les importations financeront la protection sociale.
La « TVA sociale » consiste en fait à réduire la rémunération de la force de travail au profit du capital. Elle accroît les risques inflationnistes. Perçue comme un remède à la baisse du taux de profit, l’inflation, qui élimine les capitaux insuffisamment productifs, entraîne une baisse des salaires non visible sur les bulletins de paie. En faisant payer aux plus pauvres les 10 milliards d’exonérations de charges sociales dues par les entreprises elle en accentue les inégalités sociales (c’est un élément de mise en concurrence des travailleurs) et diminue la consommation populaire ce qui accroît d’autant la surproduction donc les destructions de capitaux et leur concentration.
L’instauration d’un « parcours professionnel individuel » en clair, le livret individuel de travail, la casse des conventions collectives, la réduction continue du chômage dans les statistiques, la transformation du syndicalisme en mutuelle du « suivi des carrières », la limitation du droit de grève, au nom du « service minimum » et l’annonce d’un redéploiement de la politique de l’impérialisme français vers la Méditerranée sont autant d’éléments destinés à favoriser l’augmentation du taux d’exploitation des salariés. Pour le capital les gains de productivité permettent de réaliser des économies sur le travail vivant payé.
Dans une société libérée du capital, la productivité n’économiserait pas seulement cette fraction du travail mais concernerait également la plus-value. Elle limiterait les gaspillages et les fonctions parasites (la bureaucratie de l’Etat en particulier) et développerait les capacités de toutes les intelligences.
Les fonctionnaires du capital, qu’ils soient de gauche ou de droite, n’ont plus de « grain à moudre », de miettes à distribuer pour tenter d’aplanir les contradictions nouvelles qui surgissent. Ils n’ont plus, pour maintenir la domination et la reproduction du capital, que des moyens coercitifs. Il y a l’utilisation de la concurrence entre prolétaires et de la peur du chômage pour briser les résistances, exciter le chacun pour soi et, au delà, les nationalismes. Il y a, et de plus en plus, le renforcement des opérations de police, l’emprisonnement massif des pauvres, et ces guerres impérialistes permanentes du capital mondialisé. Et, pour justifier le tout, il y a la mainmise absolue sur les médias et l’intensification du bourrage de crâne.
L’idéologie fasciste de l’Etat
« Le Profit et le capitalisme sources de coopération et de richesse » est une idéologie complaisamment répandue.Le capitalisme aurait une base inaltérable. Or, les échanges ont considérablement augmenté entraînant surproduction, l’effondrement des prix, la disparition d’entreprises dans la course concurrentielle, et une répartition des richesses plus que jamais inégale. La plus-value extorquée se stérilise dans le capital financier ou est détruite honteusement par les dévaluations monétaires ou les krachs boursiers.
Les principaux Etats qui contrôlent la monnaie, s’entendent pour faire payer les pertes et profits des oligopoles aux prolétaires. L’Etat est un ensemble d’organes séparés de la société civile (où les individus agissent par eux-mêmes). Il assure les conditions de la reproduction du capital. Plus il absorbe de puissance sociale, toute l’autonomie des individus pour en faire des être dépendants d’appareils spéciaux sur lesquels il n’ont aucune prise (les partis, les syndicats, la plupart des associations, ONG etc…) plus il grossit et plus il est autoritaire.
L’Etat devient fasciste quand il est capable de tout contrôler.
« Les élections, au-delà de la corruption, des spéculations, magouilles et fraudes diverses ne sont, quelles que soient les sommes en jeux, que l’écume du monde capitaliste, en même temps que parfaitement conformes aux comportements d’accaparement qui lui sont inhérents » (Tom Thomas- l’Etat et le capital–éd. Albatroz). Les individus sont dépouillés, soumis à l’idéologie dominante par l’intermédiaire des médias, des stars de la culture et du politique qui se chargent de les manipuler, de leur dicter leur comportement, de penser pour eux et de décider jusqu’à leur manière de vivre ou de manger. L’hégémonie politique et idéologique est en fait « une absorption de toute la puissance sociale par l’Etat (par des organismes extérieurs, hors du contrôle des individus)… Comprendre qu’il s’agit bien d’une obligation pour le capital, et non d’un choix politique « libéral » auquel pourrait s’opposer un autre choix « social » dans le cadre du capitalisme, est un point essentiel, qui doit amener des prolétaires de plus en plus nombreux à se séparer, à juste titre, de leurs faux amis de la gauche. » (Tom Thomas –id).
L’idéologie est toujours bourgeoise ; car elle est toujours le reflet mystifié de la lutte de classe sur le terrain du capitalisme. Il reste le point de vue bourgeois sur la société bourgeoise. L’idéologie est le processus lui-même, réel et objectif de l’exploitation, c’est-à-dire le mécanisme de développement du capitalisme dans toutes ses phases. Quand Sarkozy tient l’héritage de Mai 68 responsable de l’affaiblissement de la « morale du capitalisme », il ne fait qu’exprimer la peur de la bourgeoisie d’un soulèvement qui offrirait aux étudiants et aux travailleurs la découverte de leur capacité à faire trembler les structures mêmes de l’Etat (2).
Détruire la machine d’Etat
Comme le notait Maurice Lionnet dans le numéro 5 de Regroupement Communiste, c’est une lutte de longue haleine mais une nécessité. A la différence de la bourgeoisie qui a pu réaliser une révolution politique pour achever une révolution sociale dont les conditions étaient déjà là, le capitalisme ne laisse aux prolétaires aucune maîtrise au sein de la société, de leur devenir. Ils ne devront leur salut qu’en apprenant à s’unir pour s’approprier toutes les conditions de la révolution sociale. Ils devront s’approprier toute la puissance sociale créée par les générations passées. Ils devront ensemble élaborer des fondations théoriques solides pour le socialisme : « travailler tous, moins, vivre autrement ».
« Dans l’immédiat, briser le consensus, détruire tous les sophismes qui l’étayent, c’est, évidemment, une condition indispensable pour provoquer le refus de l’ordre établi, pour amener la prise de conscience de la nécessité, de la possibilité d’une autre société…pour instaurer leur ordre, leur pouvoir » (M. Lionnet – RC n°5 – janvier 1986).
Ainsi, lutter pour une réduction du temps de travail sans perte de salaires, sans précarité, sans flexibilité, avec embauche correspondante des chômeurs, est, dans le cadre de la société bourgeoise, étroite et égoïste, un moyen de faire entendre la voix des travailleurs qui refusent leur exploitation.
Les 40% d’électeurs qui se sont abstenus attendent bien autre chose de la politique. Ils refusent cette démocratie bourgeoise et sans doute vont puiser dans leur expérience, dans leurs luttes, la force de combattre l’Etat, sous toutes ses formes, et ce faisant, contribueront à façonner leur propre parti. Celui des comités ouvriers et paysans, des délégués élus et révocables à tous moments qui permettront enfin de vivre et de travailler dans une totale liberté.
Pierre Lehoux – juin 2007
(1) Depuis 1981, la pression sur les salaires, les retraites, les emplois, les charges de travail, les dépenses sociales publiques a provoqué UN TRANSFERT ANNUEL de 11% (soit 187 milliards d’euros, ou encore 1200 milliards de francs) de la part des revenus salariaux vers les revenus de la propriété privée et des entreprises dans la répartition de la richesse nationale crée par an (1700 milliards €)
(2) Alors que sept millions de travailleurs faisaient grève, en 68, le Parti communiste usa de son influence pour orienter la grève vers un compromis avec le gouvernement paniqué de De Gaulle. Le Parti communiste trahissait les travailleurs en échange de simples augmentations de salaires et quelques avantages sociaux.
/image%2F0565099%2F201304%2Fob_5b5a20a54b44d467507710c5816da2d9_fauscille-marteau.png)
Commenter cet article