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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

La concentration capitaliste se renforce dans le domaine agricole.

4 Novembre 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Nos analyses

La crise actuelle occasionnée par la grippe aviaire montre bien l’anarchie de la production capitaliste. La  surproduction atteint des sommets avec son cortège de destruction d’emplois, de précarisation et de surexploitation. Les dégâts occasionnées par cette production aveugle, dont le rythme a plus que doublé en dix ans, met en danger la vie sur la Terre.

 

Une pollution accélérée

 

L’agriculture française est responsable de 18% des émissions totales de gaz à effet de serre. L’érosion des sols du pays concerne actuellement 10 millions d’hectares contre 4 millions il y a 40 ans.

800 000 kilomètres de haies ont disparu portant gravement atteinte  à la biodiversité. La Terre est victime de la surexploitation, jusqu'à l'épuisement de ses sols.

La France est le premier consommateur européen de pesticides avec un tiers de la consommation totale européenne qui ont contaminé 90 % de ses rivières et deux tiers de ses nappes phréatiques.

Le dernier rapport sur l’Evaluation des écosystèmes pour le millénaire établi sous l’égide des Nations Unies confirme l’urgence.

1360 experts de 95 pays sonnent l’alarme.  Le système économique marchand est responsable de la dégradation des écosystèmes. Ce constat alarmant dénonce des risques déjà connus : la pérennité de la vie sur la Terre ne serait plus assurée.


L’appropriation des richesses naturelles.

 

Le bilan économique et social des pays dominés par les impérialismes est catastrophique. Les impérialistes sous la bannière de l’OTAN, de l’ONU assistés par les ONG pillent leurs ressources sans vergogne et leur livrent des guerres atroces pour les maintenir dans un état de dépendance totale. La Banque mondiale, le FMI se chargent de les affamer pour leur faire accepter leurs solutions c’est à dire pour qu’ils se plient au marché dominé par le dollar et l’euro. Ces organismes n’agissent en aucun cas pour assurer leur développement mais pour perpétuer l’accumulation capitaliste et rapatrier vers les pays du centre le capital additionnel nécessaire au maintien du taux de profit.

Ils contraignent les pays pauvres à produire pour le marché extérieur afin de détourner les paysans de la production vivrière destinée à la consommation locale. En retour, ces pays se voient contraints d'importer des denrées alimentaires subventionnées produites par les secteurs agro-industriels des pays du Nord pour couvrir leurs besoins élémentaires. La monoculture a créé une dépendance insoutenable des pays du Sud sur les consommateurs du Nord, et surtout sur les firmes agro-alimentaires. Les agriculteurs doivent vendre, à tous prix, leur production. Mais la concurrence s'accroît, la production augmente (avec la modernisation des moyens de production) et les marchés potentiels d'exportation sont de plus en plus restreints.

 

L'aide alimentaire provoque une désorganisation des marchés locaux.

 

Partout la crise structurelle du capitalisme sème des matières inflammables. Dans les pays en développement, les populations n’ont jamais autant souffert de famine et de malnutrition. La FAO a mis en avant un chiffre accablant : 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. A l'échelle mondiale, 1,4 milliards d'hectares sont cultivés alors que la superficie totale des terres arables est de 3,2 milliards d'hectares. La majorité des terres inexploitées se trouvent en Afrique et en Amérique Latine (1).

Pour les gouvernements du Nord, elle constitue un moyen d'exporter des surplus, invendables sur leurs marchés pour cause de surproduction. Ainsi, à l'époque du scandale de la vache folle en Europe, les exportations de viande bovine britannique vers l'Afrique (en particulier le Nigéria) ont triplé, causant l'effondrement des prix du marché du boeuf dans le pays, et la ruine des éleveurs… L'été dernier, les Etats-Unis ont procuré, au titre d'aide alimentaire, au pays de la corne de l'Afrique (Zimbabwe, Zambie, etc.) confrontés à une crise alimentaire, du maïs et des graines génétiquement modifiés. La Zambie, qui a refusé cette aide, a été accusée d'affamer et de laisser mourir ses populations… Le dilemme est plus complexe : les autorités se voient obligées d'autoriser des semences OGM dans leur pays (et les risques encourus en termes de propagation dans l'environnement et de contamination de toutes les autres cultures) pour lutter contre la famine ! Les firmes agro-alimentaires (Monsanto, Dupont, etc.) sont responsables de cette situation. C'est une stratégie de leur part pour contaminer les champs en Afrique et soumettre ainsi des territoires entiers à leur loi des brevets. Une fois que les cultures OGM auront été introduites, le processus sera irréversible et les paysans des pays en développement seront sous le joug des industries biotech.

Aux Philippines, tandis que la production d'ananas triplait et que la production d'asperges était multipliée par seize, la production de riz a baissé de 24%. Conséquence de cette politique, les Philippines ont dû importer du riz de l'extérieur (2 millions de tonnes) pour répondre aux besoins dans leur pays, tandis que les importations de blé ont été multipliées par 30. En Egypte, seules 3% des terres sont cultivables. Elles sont toutes consacrées à l'exportation. Les fellahs (paysans locaux) doivent donc travailler sur des terres arides et non irriguées. En Tanzanie, 63% des aides agricoles européennes vont à la culture du tabac. Au Guatemala, la production de boeuf a été multipliée par 3, mais la consommation de boeufs par les paysans / éleveurs divisée par deux. Au Kenya, on a concentré la production agricole sur les haricots verts, qui ne correspondent pas du tout aux besoins des populations. Au Maroc ou en Mauritanie, les accords de pêche conclus avec l'Union européenne ont permis l'exploitation des eaux territoriales par les gros chalutiers européens, raréfiant les ressources piscicoles des pêcheurs locaux et entraînant une baisse de l'autosuffisance alimentaire dans ces régions.

 

Domination économique et financière des impérialismes

 

L’accord de Blair House sur l'agriculture à l'OMC en 1993, a maintenu des barrières à l'importation des produits agricoles en provenance des pays en développement, et surtout les subventions à l'exportation de leurs propres productions, créant ainsi des distorsions énormes sur les marchés (Ex : nouveau Farm Bill autorise la subvention du coton américain ; sans parler de la PAC et des soutiens aux agriculteurs européens !).

L'accès aux marchés du Nord (quotas, normes phytosanitaires etc.) est tellement difficile qu'elle pousse les pays à se faire concurrence et à réduire encore davantage leurs prix afin de rester compétitifs (2). C'est la spirale déflationniste et la catastrophe pour les populations qui en vivent.

La chute des prix des matières premières est à l'origine de l'écroulement d'économies entières du Tiers Monde. Dans certaines régions, le coût de la production a augmenté de plus de 6000% alors que les revenus des agriculteurs dans certains pays (ex : l'Inde) a diminué de 20% en un an. La volatilité des prix crée une situation d'instabilité pour les revenus d'exportations des matières premières.

Le FMI et la Banque Mondiale ont aussi poussé les gouvernements à se retirer des marchés et à privatiser le secteur de l'agriculture (pour augmenter la rentabilité !).

Par ailleurs, l'accord ADPIC limite les possibilités d'accès des populations locales à leurs propres ressources en termes de terre, d'eau, de plantes, etc. En effet, les brevets sur les semences et les ressources génétiques destinée à l'agriculture et à l'alimentation augmentent les monopoles des sociétés transnationales sur les technologies, les semences et les gènes, et menacent les pratiques agricoles traditionnelles durables.

En outre, l'UE se réserve le droit d'appliquer des mesures de sauvegarde pour répondre à d'éventuelles difficultés pour les producteurs communautaires, notamment en cas de perturbations des marchés et de leurs mécanismes régulateurs (entendons la PAC !).

 

La financiarisation de l’agriculture

 

La loi d’orientation Agricole, adoptée le 23 novembre 2005 par le parlement, place l’agriculture française dans un jeu concurrentiel plus ruineux que jamais pour ce secteur. L’objectif du gouvernement est de créer des « entreprises agricoles puissantes, fondées sur la valorisation de la démarche d’entreprise. » (D.Bussereau).

En d’autres termes, pour valoriser les capitaux qui trouvent de plus en plus difficilement les moyens de leur accumulation du fait du rétrécissement du marché et de la diminution du nombre d’agriculteurs, ils veulent mettre à disposition de ces futures grosses entreprises, des outils financiers tels que le fonds agricole qui favorisera l’agrandissement et la concentration ainsi que l’entrée directe des grandes sociétés  du négoce, de la transformation et de la distribution dans ces nouvelles sociétés de production que l’on n’appellera plus des fermes (le fermage étant lui-même voué à l’extinction).

Les inégalités de développement entre les régions vont s’accentuer. Dans les zones géographiques dopées en moyens financiers s’exerceront les pressions financières les plus fortes, pour affronter la concurrence de plus en plus rude entre les différents pays  impérialistes et entre le nord et le sud.

C’est l’appropriation privée de la production par une poignée d’individus dont le nombre se réduit chaque jour qui est la racine même de cette crise.  L’existence de la propriété privée et sa reconnaissance par la société jettent un grand nombre d’agriculteurs dans le prolétariat.

La politique agricole commune ravage déjà des régions entières par le processus de désertification des campagnes maintenues artificiellement par des fonds européens.

Les derniers « progrès » de la technologie (informatique, robotique, génétique, communications, pharmacologie) ont dopé la productivité, intensifiant le travail et diminuant la main-d’œuvre nécessaire. Parallèlement, et par le fait même de la surproduction engendrée par l’industrie et l’agriculture modernes toujours plus concentrées en de gigantesques trusts multinationaux tout-puissants, le capitalisme est encore plus visiblement parasitaire, accumulant les catastrophes, provoquant délibérément des désastres écologiques et humains.

Les agriculteurs approuvent de moins en moins la PAC et l’UE (ils ont voté majoritairement contre le projet de constitution européenne).

Dans sa logique le capitalisme utilise les progrès scientifique et techniques pour restreindre les forces productives. C’est là une contradiction majeure. C’est la marque de la fin du système. Mais on sait également que même dépassé, il continuera de s’enfoncer dans la pourriture et la guerre si aucune force politique ne s’organise pour le chasser.

Il a atteint ses limites mais il ne pourra de lui-même se supprimer.

 Le prolétariat ne pourra prendre réellement conscience de son existence en tant que  force révolutionnaire que lorsque les luttes réuniront l’ensemble des victimes de ce système pour un seul et même objectif : celui de mettre hors d’état de nuire la bourgeoisie et son système fondé sur l’argent.

RCPC – mars 2006

(1) Par exemple, les données disponibles indiquent que l'Afrique a les ressources naturelles nécessaires pour nourrir ses habitants.

(2) Le Brésil et l’Argentine ont obtenu un accès plus libre à leurs exportations de viande, au dernier sommet de l’OMC, avec l’abaissement des droits de douane à l’entrée de l’Europe.

 


 

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