Maurice Lionnet , notre camarade
Décédé le 5 avril 2006 des suites d’une longue maladie, Maurice Lionnet a consacré sa vie à son idéal de communiste.
Né en 1931, dans un petit village de l’Aube, il était le petit-fils d’un des premiers instituteurs de la République nommé en 1883. Son père, également instituteur, profondément laïque et anti-clérical débuta en Alsace où il épousa une Alsacienne (née en Alsace germanophone).
En 1941, le père de Maurice fut menacé de révocation par l’administration pétainiste et dut prendre une retraite anticipée : en 1940, au lieu de lire en classe, le discours de Pétain imposé par le pouvoir, il avait lu un discours de Churchill (tract diffusé par avion) appelant à la résistance.
En ces temps de guerre et malgré les grandes difficultés financières de la famille, Maurice fit des études secondaires au Lycée de Troyes, il prépara le CREPS à Reims, et fut admis à l’ENSEP à Paris pour préparer le professorat d’éducation physique et sportive. Au cours de ses études, récemment marié, Maurice fut victime d’un très grave accident de voiture dans lequel il perdit sa femme et se retrouva seul pour éduquer sa fille Dominique.
A l’ENSEP, Maurice rencontra Claude Despretz, membre du PCF - comme beaucoup d’élèves de l’ENSEP en cette période de guerres coloniales et de réarmement de l’Allemagne - (Claude et Maurice se sont alors peu fréquentés : suite à son accident Maurice fut exempté en 1958 et Claude, 2ème soldat du refus de la guerre d’Algérie, fut emprisonné pour 2 ans. Ils se retrouveront quelques années plus tard sur le terrain des luttes syndicales).
Cet accident maintiendra Maurice à l’hôpital pendant plusieurs mois. Il pourra cependant reprendre ses études et les terminer avec succès en 1956. A cette rentrée scolaire, il prit son premier poste de professeur d’EPS à Tarascon sur Rhône, donc pas très loin de sa fille recueillie par les grands-parents maternels installés dans le Var.
Il fera la connaissance de Paquita (secrétaire dans une usine de Tarascon) qui deviendra son épouse en 1958. Ensemble ils participent aux manifestations contre la guerre du VietNam puis contre celle d’Algérie et adhérent au PCF.
Ils rencontrent, dans la cellule locale, Jean et Gisèle Allemand (employés) et Jean Claude Sage (enseignant). La cellule de Tarascon s’est rendue célèbre par sa contribution explosive à la préparation du Congrès de 1959, puis, alors que le PCF tentait de mobiliser « pour de bonnes négociations », par la campagne qu’elle mena pour le « retour du contingent » mot d’ordre qui reçut un grand écho, particulièrement dans la jeunesse, du lieu mais aussi de passage pour les trois jours au Centre de conscription de Tarascon.
Les militants cités et un autre camarade de la ville voisine, Jean Jacques Laugero ( chimiste), étaient donc dans le collimateur de la direction du PCF.
En 1959, après que Guy Mollet eût quitté le gouvernement De Gaulle, sous un prétexte formel, ce furent les exclusions. Ces militants qui désapprouvaient la ligne du PCF avaient pris contact avec le journal «Le Communiste » fondé en 1954 par Michèle Mestre et Mathias Corvin (anciens résistants, ancien déporté). Ils partageaient les idées exprimées dans ce bulletin et y rencontrèrent d’autres camarades dont Marcel Debelley (ingénieur agronome, enseignant en lycée agricole en Auvergne), qu’ils retrouveront en 1970 à Marseille.
Pour continuer leur travail militant, ces camarades, exclus du PCF, se regroupèrent sur Marseille où Jean Allemand, trouva un travail dans l’imprimerie puis dans la presse quotidienne. Maurice obtint sa mutation pour le lycée des quartiers Nord de Marseille. Le couple s’installa dans cette ville avec leur fille Catherine qui venait de naître et où, en 1973, naquit Vincent.
A Marseille, le premier travail de ce groupe de militants fut, dès 1960, de fonder, avec quelques autres, le mensuel « Le Communiste des Bouches du Rhône» qui défendait les mêmes positions que « le Communiste» et qui publiera plus
de 300 numéros jusque dans les années 90.
De son exclusion Maurice dira souvent que c’était le plus grand service que lui rendit le PCF, l’obligeant à élaborer, collectivement au sein du groupe « le Communiste » une ligne de combat sur des positions de classe et internationalistes.
C’était de moins en moins le cas du PCF qui avait, en 1956 soutenu le gouvernementGuy MolletChaban Delmas et voté les pouvoirs spéciaux permettant d’intensifier la guerre d’Algérie en envoyant le contingent et en donnant à la hiérarchie militaire les pouvoirs de police.
Par la suite, rejoint par Claude Despretz, Maurice a mené dans le SNEP, son syndicat, une lutte acharnée contre le réformisme.
Dès 1963, il a eu d’importantes responsabilités syndicales ; élu secrétaire académique du SNEP, il fut le premier secrétaire académique appartenant à la tendance Unité et Action de la FEN (appelée alors tendance Bouches-du- Rhône) donc en opposition avec la direction nationale du SNEP-FEN qui était encore dirigé par les sociaux démocrates. Maurice participera jusqu’en 1967 aux travaux de la CA nationale du SNEP qui avait entre temps, et avant le SNES, changé de majorité. Il fut secrétaire régional Aix Marseille jusqu’en 1971.
Sur le plan départemental, où la lutte contre la direction fédérale de la FEN était âpre, avec Claude, il participe à plein au combat d’Unité-Action qui est majoritaire dans ce département.
Parallèlement, sur le plan politique, le groupe de Marseille
se renforçait et l’audience départementale du journal devenait une réalité. Les positions en 1958, et 1965 (ne pas voter pour Mitterrand, candidat unique de la gauche) puis 1968, (pour l’organisation de la population en comités, dans les quartiers et sur les lieux de travail) ont un impact notable.
Dans les années 80, ce groupe divergea des positions nationales du « Communiste », (qui se prévalait d’une curieuse ligne « anti-opportuniste »).
Après cette rupture, en 1983, non seulement « Le Communiste des BDR » continue, mais il impulse la création dans la région d’un regroupement des forces qui se concrétise dans le « Regroupement communiste du Sud Est » où se rassemblent sur des bases de principes élaborées en commun (qui sont les nôtres ajourd’hui) les camarades qui publient des bulletins tels Le communiste des BDR, Réalités des Alpes, Le Drapeau Rouge, L’Action communiste du Var, et une très fugace «Etoile rouge des Alpes maritimes).
Des camarades de la région parisienne éditaient de leur côté des bulletins : La Barricade du 13ème, Tribune communiste du 93, L’insurgé (94). Une nouvelle jonction se réalise ; elle aboutira à la création du trimestriel national « Regroupement communiste » qui publiera 71 numéros jusqu’en juillet 2002.
Faisant preuve pendant toutes ces années de remarquables capacités de travail et d’analyse politiques, Maurice Lionnet s’attachera sans relâche à dégager les bases de la reconstruction d’un parti communiste.
Dans de très nombreux articles, il dénonça sans relâche le réformisme sous toutes ses formes, la politique de guerre de la bourgeoisie française et de l’impérialisme, l’Europe capitaliste, le caractère colonial de l’Etat d’Israël. Il prit une part prépondérante dans l’élaboration des Thèses du RCU, publiées en 1991.
La défense ferme des positions de lutte de classe et du camp socialiste était pour lui inséparable du refus de tout dogmatisme, dans la perspective d’un « retour aux sources » vers la pensée de Marx.
En janvier 2003, Maurice sera de ceux qui soutiendront et participeront activement à la naissance de « Regroupement Communiste Poitou-Charentes ».
Pour tous ceux qui l’ont connu, Maurice demeurera l’exemple d’un militant communiste d’une qualité exceptionnelle.
Nous adressons à Paquita et à ses enfants, Dominique, Catherine et Vincent nos plus sincères condoléances.
(article rédigé parPierre Lehoux et Gilles Fossat, avec la contribution de Marcel Debelley, ancien directeur du Communiste des Bouches du Rhône)
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