Précarité rime avec productivité
Les multinationales ont recours aux emplois précaires. L’aggravation des conditions de travail s’accompagne d’une dégradation de la formation, de l’école à la faculté, où l’économie de moyens mis en œuvre renforce la sélection des élites dont le nombre se restreint de fait.
Précarité et destructions d’emploi
Le taux de chômage est de l’ordre de 10 % et la précarité des emplois revêt une dimension vertigineuse.
Sur la période de janvier à septembre 2005, si l’on cumule, dans tous les secteurs économiques les différents contrats existants et stages d’insertion, on arrive à un solde négatif de 100 000 emplois.
Le nombre de Rmistes est en augmentation de +6%. Bon nombre d’entre eux ne s’inscrivent pas à l’ANPE et sont sortis des fichiers.
L’Etat français, sous l’impulsion des organismes supranationaux tels que l’OCDE ou la commission de Bruxelles, a créé de nouveaux contrats de travail (CDD, CNE, CPE) qui permettent de réduire les coûts du travail (ou coût de production). Pour maintenir les entreprises « too big to fail » face à la concurrence, il lui faut lever toutes « les entraves » à l’exploitation. L’Etat s’adapte donc en permanence à leurs exigences.
Surexploitation renforcée
Les dérogations au code du travail sont nombreuses. C’est le travail des mineurs, la nuit dans certains secteurs (décret du 13 janvier dernier), c’est le recours à l’intérim (lois de cohésion sociale signée le 7 septembre 2005). La précarité se conjugue avec la diminution des moyens de subsistances, l’augmentation des heures de travail, comme dans la métallurgie (1) ou chez Bosch à Marignier (Haute-Savoie) où l’on retourne aux 40 heures. Il s’agit d’obtenir des gains de productivité. En 2004 ces gains ont progressé de 2% en France (P. Artus – « Le capitalisme est en train de s’autodétruire »). Une productivité plus grande permet une redistribution des bénéfices aux actionnaires plus rapide et plus conséquente.
Or, plus la productivité est forte et plus est faible la quantité de travail vivant présent dans la production et donc la part de plus-value extorquée aux travailleurs qui constitue l’élément essentiel du taux de profit.
Les investissements sont beaucoup plus importants en matière de capital fixe (biens d’équipement – robotisation et TICE) de nos jours qu’il y a 30 ans.
Par ailleurs l’allongement de la durée du travail non payée, son intensité (la plus-value extorquée) et l’abaissement des salaires ne portent que sur une faible part de la valeur du produit. Mais pour ne pas disparaître, les capitalistes doivent accroître plus violemment l’exploitation des travailleurs.
Le capital financier, fer de lance du système
Le prolongement logique d’un système fondé sur la loi de l’argent est de donner à cette marchandise particulière une autonomie plus grande du fait de la mondialisation. L’essentiel des capitaux provenant du secteur productif alimente le marché parallèle des placements financiers (achats de titres publics, de biens immobiliers etc…). Les investisseurs attendent des rendements élevés. Les suppléments de profits sont mobilisés pour grossir artificiellement les actifs financiers des entreprises. La dépendance à l’égard du capital financier est telle qu’elle place au bord du gouffre les pays « bénéficiaires » de cette manne financière. Par le jeu du crédit, les Etats surendettés, ne peuvent plus rembourser leurs dettes (+ 2000 milliards d’euros pour la France). Les banques perçoivent les intérêts, prélevés sur les richesses des nations, ce qui amplifie la masse de capital fictif en circulation.
Les limites de la mondialisation
Si la mondialisation a contribué à contenir la crise dans certaines limites, celles-ci sont désormais atteintes.
Malgré une baisse brutale et rapide des coûts salariaux, le capitalisme ne parvient pas à se sortir de la crise ouverte dès la fin des années 60.Il y a surproduction de capital et l’impossibilité de valoriser suffisamment le capital additionnel du fait du rétrécissement du marché mondial et d’une sous-consommation endémique. La mondialisation a accru la surproduction de capital sous la forme de marchandises et de forces productives et l’aire des désastres écologiques. Elle est à l’origine de la marchandisation des hommes et de la nature.
De la résistance à la révolution
Le CPE, Bruxelles et les organismes patronaux l’exigeaient et l’ont obtenu. Mais la déréglementation du travail passe de moins en moins parmi les exploités. La directive Bolkenstein en est une application. Celle relative aux transports maritimes et qui devait toucher l’activité des ports, en particulier, a été mise en échec le 18 janvier dernier. Le mouvement des dockers a confirmé que le rejet de la mise en concurrence des travailleurs de ce secteur était largement partagé en Europe.
Il reste à étendre le mouvement à toutes les professions. De cette prise de conscience que rien ne changera sans une intervention directe de travailleurs pour faire échouer tous les projets de l’UE et des Etats concernés, naîtra l’idée qu’il faut aller plus loin dans le rejet de ce système d’exploitation.
Pierre Lehoux
(1) Le 13 février dernier, la CGC, la CFTC et FO ont signé un accord patronal qui ramène la durée hebdomadaire de travail
à 40h
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