Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Travailler tous, moins, autrement

9 Janvier 2008 , Rédigé par AAM Publié dans #Théorie Communiste


Travailler moins pour gagner plus !


Le capitalisme n’a jamais produit autant de richesses ni occasionné autant de catastrophes. Il a atteint aujourd’hui ses limites dans une crise dont il n’entrevoit même pas l’issue.

Dans sa phase actuelle, le capital ne trouve plus à se valoriser ou se valorise difficilement (on parle de récession et de crise aussi grave qu’en 1929). La sphère financière gonfle avec les conséquences que l’on sait : éclatement des bulles informatique puis immobilière à un rythme rapproché, dévalorisation des titres (faillites de banques et d’entreprises), interventionnisme de l’Etat (avec le renforcement de la bureaucratie, du protectionnisme et de sa tendance autoritariste voire fasciste).

Mais quand la gauche et son extrême, les syndicats et le mouvement alter mondialiste s’en prennent au seul capital financier et contribuent par leurs « négociations » et leur électoralisme au développement du fétichisme de l’Etat (sensé être le dernier rempart au « libéralisme »), les communistes qui ont une analyse marxiste des faits, peuvent en déduire qu’il s’agit de contradictions inhérentes à l’action du capitalisme lui-même.

 

La crise est la conséquence directe de l’accumulation de capital.

 

C’est parce qu’il y a surproduction de capital (une masse d’argent ne trouvant pas à s’investir dans la production) et sous-consommation (la consommation effrénée de la seule bourgeoisie ne pouvant compenser l’insuffisance du pouvoir d’achat des masses laborieuses) que ce système est entré dans sa phase de pourrissement.

 Deux mécanismes visibles de l’accumulation capitaliste en constituent les fondements.

Tout d’abord l’augmentation de la productivité (1) qui sape les bases de la production de plus-value obtenue par la l’exploitation des travailleurs (c’est une des contradictions majeures de ce système). La reproduction du capital dépend entièrement d’un élément essentiel qui est la production de moyens de productions (2). Le capital « mort » (la machine) domine aujourd’hui le capital vivant (les producteurs) à tel point qu’au lieu de se développer en parallèle (comme dans la société socialiste) la productivité impose de réduire toujours  plus le coût du travail humain voire de le supprimer au lieu de réinvestir les profits nouveaux dans le cours de la production.

Le « cycle vertueux » de la croissance (entendez accumulation capitaliste) s’est ainsi transformé en un cycle infernal  qui se traduit par l’augmentation incessante de la production à coût réduit. D’où le « travailler plus pour gagner plus » qui signifie en réalité : produire plus pour engranger plus de profits !

En conséquence, autre aspect contradictoire de l’accumulation : la concurrence.

Chaque Etat impérialiste favorise son capital (3) en injectant des liquidités (du capital-argent sous forme de crédits et d’emprunts, de titres papiers – la fameuse dette de l’Etat - pour les valoriser en Bourse), fait fonctionner la planche à billets (rôle joué par le dollar ou l’euro) pour obtenir des pays dominés un abaissement du coût des matières premières.

Les oligopoles stimulés par ce soutien se battent pour le partage de la plus-value mais celle-ci se raréfie pour les raisons évoquées plus haut. Alors ils accroissent la concurrence entre les travailleurs (français contre immigrés ou polonais contre allemands etc…) sur les divers continents (4), innovent à grands frais pour survivre et concentrent les capitaux, ce qui fatalement diminue la part de travail vivant (humain) dans l’ensemble de la production de richesses (5) et du même coup accroît les inégalités et le chômage.

Les forces productives sont à ce point de développement que leur expansion infinie ne peut que supprimer des emplois. Ce pourrait être un progrès et une bonne nouvelle s’il s’agissait de supprimer des tâches difficiles et contraignantes en réaménageant les postes de travail et en réaffectant les personnels mais la réalité est la suppression pure et simple des emplois salariés et la mise au rebut des employés concernés : ainsi chômage et misère se développent de manière exponentielle.

La résistance à cet état de fait prend des aspects divers.

 

Les luttes se multiplient mais en ordre dispersé.

 

 

 Une étude officielle du Ministère du travail, reprise par le Centre d’Etudes de l’Emploi, montre que la « conflictualité » a augmenté malgré une baisse sensible du nombre de journées non travaillées. Sont comptabilisés les grèves de moins de deux jours, les grèves du zèle, les manifestations, les pétitions, l’absentéisme… Elle parle de conflits « complexes et sourds » et soulignent qu’ils traduisent une « forme de désaveu des syndicats qui raccordent ensuite le mouvement pour le canaliser ». On pourrait prendre l’exemple de l’émotion qu’à soulevée chez les cheminots l’attitude de la direction nationale de la CGT le 13 novembre 2007, quelques heures seulement avant le début de la grève où, dans un geste « d’ouverture », Thibaut a proposé de négocier « entreprise par entreprise ». Les travailleurs sont encore très marqués par des pratiques anarcho-syndicalistes et résistent à l’idée de s’organiser politiquement.

Mais cela n’est pas nouveau et nous sommes habitués à des capitulations syndicales (lors des grandes luttes des traminots à Marseille parmi d’autres), au réformisme de la CGT, à son rejet de la grève générale (comme en 2003) et de la prise de pouvoir par les travailleurs lors d’une révolution politique. Depuis longtemps ce syndicat a enterré la Charte d’Amiens (base fondatrice de la CGT) qui appelait à la disparition du capitalisme et de son corollaire le salariat.

D’une manière générale les syndicats sont aujourd’hui contrôlés par l’Etat (via les aides financières et participations de permanents dans les commissions et organismes étatiques). Ils s’appuient aussi bien sur les catégories de salariés utiles socialement que celles, parasites, qui sont l’émanation de la bureaucratie et de l’ordre bourgeois (cela explique leur rejet des luttes anti-impérialistes). Ils participent à la reproduction de la société de classe, à la survie du capital (en bons partenaires sociaux qu’ils sont) et donc au maintien du salariat.

Le salariat, c'est d’abord du capital qui utilise des salariés pour augmenter son capital mais c'est aussi l'individu isolé, c'est le salarié interchangeable, l'homme sans qualité et sans passions, sans autre lien que le "contrat de travail". C'est le triomphe d'un ordre commercial totalitaire et normalisé. Il représente surtout la collaboration concrète des travailleurs au capitalisme, à la logique productiviste du profit et sa réduction au marché du travail.

Les travailleurs luttent surtout dans la dispersion contre les conséquences de la crise du système du fait de la division capitaliste du travail (les fameuses catégories socioprofessionnelles chères aux idéologues bourgeois). Il n’y a pas encore de liens directs (pourtant souhaitables) entre les travailleurs en lutte en Egypte (ou ailleurs) et ceux qui luttent en France alors que les racines du système d’exploitation sont les mêmes.

  Pour de multiples raisons, lorsqu’il devient difficile de faire grève, la résistance des travailleurs prend des formes, qui pour être moins visibles, peuvent avoir une incidence sur la productivité, clé de la compétition capitaliste pour l’extraction de la plus-value, donc sur le renforcement de leur exploitation (6).

 

Rachat des heures de RTT

 

Le temps de travail individuel peut diminuer (les 35h), cela ne diminue pas   le rendement du travail salarié ni la logique productiviste du capital. Bientôt, les salariés pris au piège de leur endettement et des augmentations incessantes qu'ils subissent, travailleront 7 jours sur 7, 12h par jour et 350 jours par an ! Les patrons sont à « leur écoute » pour augmenter le temps de travail (vers les 48h européennes), et les faire mourir encore plus vite !

La diminution du temps de travail devrait permettre l’accès à des activités autonomes et non pas augmenter l'inactivité.

Le patronat et le gouvernement s’efforcent de reprendre les conquêtes sociales par leurs pressions idéologiques incessantes (qui utilisent non seulement les média mais aussi les syndicats réformistes) pour imposer leur « travailler plus pour gagner plus » : ainsi, chez France-Télécom, une « minorité significative » (selon Le Monde) du personnel est prête à troquer ses vacances contre un surcroît de pouvoir d'achat tout comme les salariés de Continental.

  Par ailleurs, les heures de RTT rachetées seront exonérées de certaines cotisations sociales, mais dans la limite de dix jours. Ce déblocage en argent n'aura aucun effet sur le salaire net, c'est-à-dire la dernière ligne de la feuille de paie. En revanche, cette mesure allège les comptes de la direction d'entreprise ce qui est en fait un cadeau aux entreprises au détriment des salariés.

 

La fin du travail contraint

Le partage du travail et du temps libre pourrait devenir une perspective pour les travailleurs. Pourquoi pas trente heures ? Vingt-quatre heures ? Vingt heures de travail ? Dix heures ? Avons-nous besoin de travailler autant ?... De quelle manière devrions-nous "travailler" au final ? Le travail, le capitalisme en a besoin, il l’absorbe quotidiennement pour qu’il existe une portion de l’humanité qui joue avec la santé, la vie d’une autre portion de cette humanité pour son propre bénéfice, pour son propre luxe, pour son seul intérêt.

La deuxième portion de l’humanité est, quant à elle, dépossédée des produits et des bénéfices qu’elle crée, tout en sachant que, par exemple, certaines activités bureaucratiques (de contrôle et de répression)  qui fonctionnent dans ce système ne sont d’aucune utilité pour le mieux-être global de la société!

On peut résumer cela par ces formules : la production pour la production, le luxe de produire du superflu. Quel partage du travail est nécessaire pour vivre ? Actuellement les travailleurs, quelque soit leur âge, vivent pour produire au lieu de produire pour vivre.

 C’est la propriété privée des moyens de production qui dépouille le prolétaire des conditions de sa propre survie.

Il devra donc se réapproprier ces moyens par une révolution politique abolissant l’exploitation de l’homme par l’homme.

Cela implique de penser autrement le monde, de reformuler le travail, sa répartition, la façon de travailler. En vérité, tout être humain a besoin de temps pour des activités qui permettent son épanouissement par le développement harmonieux du corps et de l’esprit !  

A bien y réfléchir, l’évidence saute aux yeux : en engraissant les plus riches, en alimentant la machine étatique, les humains asservis ne parviendront jamais à s’émanciper.

Un autre monde est possible… mais le capitalisme est incapable de réaliser ce nouveau mode de vie. Seule une nécessité commune, seules des luttes massives pour des journées de travail contraint plus courtes, pourront libérer les travailleurs de la tutelle des oppresseurs.

En prenant le pouvoir, les travailleurs trouveront enfin les moyens de s’épanouir et de transformer leur existence au lieu de subir la pénible survie qui leur est autorisée.

Après s’être identifiés en tant que classe sociale ils s’approprieront leur propre devenir, par l’échange direct des produits de toutes leurs activités, dans une Communauté des hommes libres, libérée du capital.

 

RC (ns) – décembre 2007

 

 






 

1.       L’intensité du travail et l’allongement de sa durée dont on sait depuis la grande crise de 1929 qu’elle n’a de sens (dans le mode de production capitaliste) que dans la diminution de la quantité de travail contenue dans chaque marchandise produite, donc par la suppression d’emplois jugés inutiles et coûteux.

 

2.       Le capital fixe représenté par les machines et le développement des TICE (informatique et nouvelles technologies) dont le coût en constante augmentation immobilise des sommes monstrueuses.

 

3.       Ses oligopoles qui bien que présents partout dans le monde, conservent leurs centres technologiques et leurs laboratoires dans les pays impérialistes.

 

4.       C’est la chute vertigineuse des prix pour les pays producteurs de matières premières et la mise en concurrence de leurs produits avec ceux subventionnés par les grands centres impérialistes.

 

5.       La quantité de travail nécessaire pour produire diminue : le prix à la production baisse. Mais, au final, la démultiplication des intermédiaires liée à la concurrence mondiale contribue à l’augmenter.

 

6.       Les difficultés croissantes pour obtenir une amélioration du taux de profit par celle de la productivité (facteur de plus-value relative) amènent le capital à rechercher l’augmentation de la plus-value sous sa forme absolue (développement de la précarité, de la flexibilité accrue des horaires et des postes, recul de l’âge de la retraite, chasse aux temps morts…). Les progrès technologiques et scientifiques lui permettent l’augmentation de l’intensité du travail et l’allongement de sa durée.

 

Publicité

Partager cet article

Commenter cet article