Mexique
Le Mexique se révolte contre la pauvreté
et l’absence d’avenir
Les développements politiques et sociaux révolutionnaires ou de masse au Mexique sont peut-être l'un des signes les plus importants que l'impérialisme est en crise. L’idéologie bourgeoise, vacillante dans les pays pauvres, est confrontée à la montée en puissance de la lutte de classe même si, pour le moment, aucun parti communiste, aucune force organisée, n’imprime les luttes et ne les transforme en lutte révolutionnaire.
L’Etat mexicain est dirigé par une poignée de magnats et de corrompus. Etat compradore, principal pourvoyeur de la misère dont souffre le peuple dans sa grande majorité, il organise l’exploitation de milliers de travailleurs dans les « maquiladoras », ces usines « tournevis » d’Amérique centrale qui fournissent le marché US.
La main-d’œuvre à bas prix se vend aux entreprises US qui se retrouvent confrontées à des résistances de plus en plus vives des masses exploitées dans des conditions de plus en plus inhumaines.
Tout le monde connaît « le train de la mort » qui transporte des milliers de chômeurs jusqu’aux portes du « paradis » US où ils tentent de passer les barbelés électrifiés pour pouvoir survivre (car au Mexique le salaire moyen était de 3,25$ la journée tandis qu’il était de 5,25 $ de l’heure aux USA en 1998 – El Observador Economico, mars 1998).
D’ailleurs nombre d’entreprises ont fermé leurs portes de par la concurrence accrues entre PED avec les capitaux d’origines asiatiques de sous-traitants, issus de pays avancés de « second rang ». Les entreprises à capitaux américains se sont délocalisées dans des contrées à taux d’exploitation meilleur pour alimenter le capital et tenter d’enrayer la baisse inéluctable du taux de profit. Les bas salaires sont donc la règle dans cette région avec une paysannerie ruinée par l’ALENA (l’Alliance économique avec les Etats-Unis) s’entasse dans les bidons villes de Mexico, entre autres. . .
Un pouvoir aux abois
La crise aidant, le gouvernement Caldéron, arrivé sur la base d’une fraude massive, a jeté des millions de mexicains dans la rue. Ce dernier a tous les symptômes d’une décadence sénile. La fraude et la corruption sont de rigueur dans les élections, aussi bien aux USA qu’en Europe et bien plus encore dans les PED.
Il se livre à des répressions brutales comme dans le Chiapas, dans l’Etat de Coahuila où des dizaines de mineurs sont morts dans l’indifférence générale au fond de la mine, dans le port de Lazaro Cardénas, par l’assassinat des membres du Front Communal pour la défense de la terre, dans l’Etat de Mexico, à San Salvador Atenco et à Oaxaca.
Toute l'histoire d’Oaxaca, malgré ses limites que nous analyserons, est l’illustration de cette lutte de classe. Les mexicains ont écrit une page dans l'histoire qui met en péril les relations de dominations que l'impérialisme des ETATS-UNIS entretient avec le Mexique. Cette révolte, contrairement aux jeux politiciens ou au déferlement populiste d’autres pays d’Amérique latine, ne doit pas être propagée car elle est un exemple d’une prise de pouvoir par les habitants et l’établissement d’une forme de gouvernement local direct rejetant l’autorité centrale.
La Commune d’Oaxaca
L’insurrection de Oaxaca a été écrasée par l’appareil répressif de l’Etat – militaires, policiers et paramilitaires – qui a instauré une forme de dictature militaire (1) dans la capitale de Oaxaca : 200 prisonniers (dont beaucoup de torturés), 200 ordres d’appréhension, environ 20 morts, 150 blessés et plus d’une trentaine de disparus. Elle constitue l’une des pires pages du fascisme au Mexique. Les masses sont entrées en mouvement et ont lutté héroïquement jusqu’à la fin, et ce à chacune des étapes les plus significatives : lors de la déroute des militaires vêtus de gris qui, en juin dernier, ont tenté de reprendre la place Zócalo de Oaxaca aux professeurs en lutte ; lors de la création de l’Assemblée Populaire des Peuples de Oaxaca (APPO), cet embryon de Soviet ; lorsque les femmes ont engagé la lutte pour la réquisition des médias ; enfin, lors de l’humiliante défaite des militaires qui, en novembre, ont tenté de reprendre l’Université Benito Juárez et se sont heurtés à l’intervention de dizaines de milliers de personnes.
Cette organisation populaire n’était pas une organisation de plus. Elle représentait un embryon du pouvoir ouvrier – l’embryon d’un nouvel Etat, qui devait prendre le pouvoir en main et détruire les institutions pourrissantes de la classe dirigeante.
Il a manqué à ce mouvement héroïque une direction révolutionnaire conséquente, armée de perspectives, de méthodes et de tactiques correctes – une direction politique à caractère anti impérialiste luttant ouvertement pour le socialisme. Car ni la direction de l’APPO, ni celle du PRD n’avaient adopté cette démarche. La direction du mouvement n’a présenté aucune alternative politique susceptible de mobiliser une population épuisée par des mois de luttes.
Aucune initiative n’avait été prise pour unifier le mouvement au niveau national, ce qui passait par la formation d’Assemblées Populaires dans tous les Etats du Mexique et par l’organisation d’une grève générale contre la fraude et Caldéron.
Le mouvement tombé entre les mains de gens tels que Rueda Pacheco (qui a trahi le mouvement en devenant le porte-voix du régime) et Flavio Sosa (2), qui n’avait pas de perspectives et se laissait empiriquement pousser par les masses s’est fourvoyé dans l’opportunisme. Les dirigeants de l’APPO, des syndicats, et en particulier Lopez Obrador, craint une grève générale, car dans le contexte d’effervescence révolutionnaire qui prévaut dans le pays, une grève générale aurait immédiatement un caractère insurrectionnel.
Cette lutte constitue une grande source d’inspiration.
Elle a montré la capacité révolutionnaire des masses. La dure leçon d’Oaxaca constitue une étape dans la lutte pour se libérer de l’exploitation. La lutte pour la chute d’Ulizes Ruiz se poursuivra. La révolution mexicaine a commencé. La première vague est passée – mais d’autres suivront, à court terme. L’expérience d’Oaxaca montre que les prolétaires s’unissent massivement contre la bourgeoisie pourrissante lorsque qu’ils sont poussés par la nécessité et lorsque la domination du capital devient insupportable. Les luttes futures auront pour objectif d’en finir avec la situation ancestrale de misère et de faim à laquelle nos peuples ont été soumis.
Le capitalisme qui a développé et concentré une richesse universelle et un mode de production a créé une masse de prolétaires. Ceux-ci pour satisfaire leurs besoins et se débarrasser de leur condition d’êtres aliénés, doivent s’associer et mener un procès révolutionnaire de transformation de la société en une communauté des individus sociaux. C’est le mérite des « communes » que d’avoir ouvert la voie à des révolutions beaucoup plus profondes qui détacheront le prolétariat de la bourgeoisie et lui permettront enfin de diriger les instruments de production de la vie. Ces luttes remettront en cause le mode de production capitaliste.
C’est pourquoi il est important que les prolétariats du monde entier, et en particulier ceux des pays impérialistes, poursuivent leurs actions de solidarité avec le peuple de Oaxaca, pour mettre un terme à la sanglante répression.
RCPC – janvier 2006
Sources : David Garcia, Mexique (cité par La Riposte)
(1) La PFP, de concert avec divers corps policiers, tueurs à gages, paramilitaires et casseurs à la solde d’Ulises Ruiz, a commencé à se poster sur de nombreux toits du centre historique, sans la permission des propriétaires ont commencé à tirer des billes et du gaz lacrymogène. Ils ont utilisé leurs armes à feu contre les militants de l’APPO qui se sont défendus en utilisant des pierres, des bouts de bois, des pétards…
(2)Flavio Sosa était un dirigeant du PRD très conservateur, qui avait même quitté le PRD, en 2000, pour soutenir la campagne électorale de Vicente Fox ! En 2005, il a demandé sa réintégration dans le PRD, avant de devenir l’un des principaux dirigeants de l’APPO.
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