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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Vietnam

31 Octobre 2006 , Rédigé par ARAM Publié dans #International

Vietnam : du capitalisme d’Etat au libre-échange

 Le Parti de libération nationale

 Lénine estimait que la tâche principale du Parti bolchevik était d’épurer l’appareil d’Etat de la bureaucratie et d’assurer la transition du capitalisme vers le socialisme, phase précédent le communisme. L’URSS n’y est pas parvenue.  La révolution russe aurait dû entraîner d’autres révolutions en Europe conduisant au communisme tel que Lénine l’avait pensé. Cette voie a échoué mais elle a pu soutenir les révolutions anti-impérialistes du « tiers-monde ». Mao a poursuivi l’œuvre de Lénine avec la révolution chinoise.  

   Les révolutions de  Cuba, du Vietnam, de l’Algérie ont eu un caractère essentiellement démocratique et national. Elles ont donné au mouvement de libération nationale la forme dominante du combat révolutionnaire. Dans cette lutte, le Parti s’est proclamé le représentant d’une tradition millénaire de résistance, prolongeant un mouvement national vivace en lui donnant une orientation nouvelle, adaptée aux conditions historiques nées de la pénétration impérialiste.  

 

 

 

 Dans ces pays arriérés il était plus facile de prendre le pouvoir car ils étaient des maillons faibles du système mondial. Les masses étaient poussé à la révolte par une misère effroyable et pour des revendications d’indépendance et de démocratie qui ont entraîné d’autres classes que le prolétariat. Mais ces révolutions se sont heurtées à la faiblesse du développement des forces productives (faible niveau d’éducation, faible mécanisation, absence de maîtrise de la production, des technologies et des sciences qui demeurent la propriété des pays impérialistes).  

 Les prolétariats des pays développés se sont tus devant le pillage des colonies car ils en percevaient des miettes. Ce faisant ils n’ont pas aidé à leur émancipation hors  de la voie capitaliste et ne se sont pas eux-mêmes émancipés de ce système.

 Les caractéristiques de la résistance vietnamienne  

 

 

  La tradition de la résistance a conduit le Parti Communiste Indochinois à réaffirmer l’identité nationale face à l’impérialisme et les conséquences destructrices de la colonisation.  

 L’alternance, dans l’histoire vietnamienne des périodes de résistance nationale et d’insurrections paysannes remonte loin dans le temps. Elle lie la lutte contre la domination étrangère au renversement de l’ancien ordre intérieur. Au cours de leurs luttes, les paysans vietnamiens ont acquis la connaissance des méthodes révolutionnaires, de ce qu’il faut faire dans une situation révolutionnaire : ils se sont transmis cette connaissance de génération en génération. Et le même processus de révoltes paysannes s’est répété à travers les siècles, sous diverses formes, dans des situations historiques différentes. Les paysans ont donc participé pleinement aux guerres de libération nationale.  

 L’émergence de la conscience de classe  

 Les paysans vietnamiens, par leur engagement actif dans les guerres de libération nationale, cherchent à défendre non seulement la nation, mais aussi leurs intérêts de classe, car ils s’efforcent par là de renverser l’exploitation et la domination par une minorité étrangère. C’est ce sentiment national qui incite les paysans à faire taire leurs revendications, à reléguer la lutte de classes au second plan pour collaborer avec le pouvoir féodal et la bourgeoisie terrienne, chaque fois que l’indépendance nationale se trouve menacée. Alors que chez les aristocrates et les propriétaires fonciers, l’intérêt de classes l’emporte souvent sur l’intérêt national : ils ne répugnent pas à faire appel à l’intervention étrangère, quand leurs propres intérêts sont mis en jeu. C’est que le système d’exploitation économique fort destructeur installé par le régime colonial, en même temps qu’il aggrave la situation des masses rurales, fait apparaître de nouvelles forces sociales. En premier lieu, un prolétariat homogène dans son extrême misère, au patriotisme très proche du traditionalisme de résistance de la paysannerie, avec laquelle cette nouvelle classe est liée du reste par de fortes attaches [1]   . La convergence des luttes de ce prolétariat, qui “se révèle assez tôt capable de diriger la révolution nationale et démocratique”, et celles d’une paysannerie brutalement paupérisée, d’une intelligentsia et d’une petite bourgeoisie urbaine en déséquilibre, pose d’emblée le problème du contenu de classe de la libération nationale.  

 La constitution du communisme vietnamien fut donc portée à la fois par le développement du mouvement social ouvrier et paysan, et par l’approfondissement du mouvement national. Or, à la différence des partis bourgeois enfermés dans leur impuissance et leurs contradictions, le mouvement communiste entendit donner une réponse sociale et politique à la misère des masses paysannes et ouvrières. Officiellement le PCI fondé en en février 1930 “ possède maintenant un parti dirigeant armé d’une théorie scientifique, de principes d’action et d’organisation bien au point, étroitement solidaire du mouvement révolutionnaire mondial, capable d’entraîner les masses populaires à une lutte multiforme, de définir pour la nation et les diverses classes sociales un programme et des perspectives d’avenir précis [2]   . La tradition de résistance des paysans placés sous la direction du parti s’est transformée en raz de marée révolutionnaire qui s’est matérialisé dès le début dans les soviets du Nghệ-Tĩnh [3]   . L’alliance ouvriers-paysans a été déterminante pour le succès de la révolution vietnamienne d'Août 1945. La direction et  l’organisation locale du Việt-Minh a fait la preuve de son efficacité.  

 Le Parti Communiste Vietnamien s’est donc centré sur  les qualités militaires intrinsèques de la classe paysanne, force principale de la révolution avec la classe ouvrière    . Le régime n’a cessé de développer son armée pour demeurer un des piliers du système étatique, comme ce fut le cas en URSS.

 Bilan désastreux de la guerre  

 

 

 

 Pour maintenir l’hégémonie du dollar sur le monde, les USA, au nom de la démocratie bourgeoise, ont montré leur  véritable visage. Il leur fallait contrer l’influence soviétique quitte à détruire une nation entière et terrorisant les populations sous un déluge de feu, tel Israël à l’égard des Palestiniens et des Libanais. L’impérialisme états-unien a poursuivi le procès d’accumulation nécessaire à la survie du système capitaliste.  

 Aucun pays au monde au cours du XXème siècle n’a connu une telle guerre destructrice, un tel déluge de feu et de bombes, un aussi impitoyable carnage humain. 4 millions de civils ont été tués ou blessés et près de 700 000 soldats sont morts sur les divers champs de batailles dont il subsiste aujourd’hui d’énormes cimetières et de mémoriaux au milieu de vastes zones labourées de cratères de bombes.  13 à 15 millions de bombes et d’explosifs divers ont été largués par des bombardiers sur le Vietnam (1962-1975), soit 3 à 4 fois le tonnage lâché pendant la Seconde Guerre mondiale. Autrement dit, ce petit pays a reçu sur la tête l’équivalent de 450 bombes atomiques d’Hiroshima. Les engins n’ayant pas explosé tout de suite ont fait plus de 100 000 victimes depuis la fin du conflit. Pour plus de la moitié des 72 millions de tonnes de produit chimiques déversés sur le Vietnam il s’agit de dioxine (« l’agent orange » voir RCPC n°13). Ce pays est parvenu à renaître de ses cendres à la manière du phénix, cet oiseau mythique et légendaire mais une économie de guerre n’est pas le socialisme, loin sans faut.  

 

   Les travailleurs sous un régime de type stalinien

 Ho Chi Minh prit l’initiative d’appliquer le marxisme-léninisme aux conditions du Vietnam, selon le PCV. Il procéda à l’appropriation des rizières et terrains, des moyens de production, des coopératives agricoles, etc.... Les réformes agraires importées de Chine dans les années 50, se sont révélées destructrices. Après, le parti a reconnu son « erreur » et présenté ses excuses. Ces conceptions erronées héritées du modèle soviétique stalinien fondées sur  la dictature de l’Etat qualifié de socialiste a éliminé juridiquement la propriété privée en expropriant la bourgeoisie coloniale et de ce fait décrété la fin du pouvoir bourgeois.

 Or Marx a bien montré que les classes sociales ne se fondent pas sur les formes de la propriété privée et les rapports juridiques mais sur leur place dans les rapports de production.   

 

 

 

 

 De la naissance de la RDV jusqu’aux années 90, la bureaucratie s’est étendue niant la lutte de classe, effaçant bien évidemment toute référence à la dictature du prolétariat puisque, pour le PCV, il n’y a plus deux classes antagonistes mais un seul peuple. Le prolétariat n’a pu s’émanciper sous la direction d’un parti qui favorisait le retour d’une nouvelle bourgeoisie aux commandes de  l’Etat.  

 Ce n’est alors plus le Parti qui dirige l’Etat mais l’inverse. Aujourd’hui la dictature du prolétariat n’est plus inscrite dans la constitution de l’Etat « socialiste ».

 La gestion bureaucratique implique d'énormes gaspillages et de fantastiques distorsions Elle s’appuie sur des cadres, ayant échappé au massacre ou issus de la bourgeoisie nationaliste allié au PC. La nouvelle bourgeoisie a repris l’initiative parce que le Parti n’a pu élever le niveau éducatif du prolétariat de manière significative et lui donner les outils nécessaires pour contrôler l’Etat avec l’objectif de le faire disparaître progressivement.

 La politique de rationnement alimentaire  

 

 

  Les années de pénuries sont la conséquence de ces visions déformées du socialisme. Le discours et toujours le même : « des difficultés subsistent encore pendant la période de transition au socialisme", ou "Travailler est une gloire", ou encore "lorsque l’établissement du socialisme sera achevé, chacun travaillera selon sa capacité mais bénéficiera de tous les avantages selon ses besoins"  "travailleur avancé", "travailleur héroïque"... etc... 

 

 

 Le PCV, coupé des masses a conservé la division du travail et le salariat. L’exploitation du prolétariat a perduré sous le régime du  capitalisme étatisé et la division de la société en deux classes antagonistes s’est poursuivie. L’Etat tente de rendre concurrentielle sur le marché mondial certaines branches de l'économie et, partant, d'éliminer de nombreuses branches non concurrentielles.  Le prolétariat n’a jamais maîtrisé les conditions de la production alors que la planification rationnelle du développement des forces productives sur la base des rapports de production transitoires entre le capitalisme et le socialisme exige la participation active et consciente des producteurs à la détermination et à l'application du plan. Ce capitalisme d’Etat a donc prolongé le cycle d’accumulation capitaliste en tenant les travailleurs sous le joug du Parti. 

  Comment le prolétariat pourrait-il avoir confiance dans un parti qui l’exploite ? Il subit aujourd’hui gravement l’exploitation alimentée par les capitaux japonais et américains qui trouvent au Vietnam le moyens d’extraire une plus-value abondante même si, comme ailleurs, il s‘agit de plus-value relative très vite absorbée dans le circuit financier.  

 Les ouvriers assurent des heures supplémentaires sans rémunération ou constituent une main d’œuvre immigrée pour le compte des multinationales, entre autres choses ... L’économie de marché sauvage, prônée par les dirigeants de Hanoi a aggravé le déséquilibre entre les régions, entre les zones rurales et les villes. Elle a aussi crée des conditions favorables aux développements des fléaux sociaux tels que la prostitution, l’usage de la drogue, les jeux, le racket.

 Elle a augmenté le fossé entre une minorité de riches et une immense majorité de pauvres et aggravé la destruction de l’environnement par des déversements incontrôlés de déchets dans les eaux, fleuves, rivières. La corruption est devenue un fléau national. Les autorités de Hanoi deviennent des complices des directions des sociétés étrangères pour mieux exploiter les salariés, réquisitionner les terrains et bafouer la dignité des travailleurs.   L’accumulation de tous ces problèmes a engendré de graves crises sociales et des mouvements de luttes de plus en plus répandus au Vietnam. Chaque année, environ 200.000 personnes au chômage des provinces proches affluent vers Hanoi dans l’espoir d’y trouver un travail à travers les cinq marchés de main-d’œuvre. Ce sont en général des gens sans qualification qui recherchent un travail manuel pour quelques heures payés à l’heure ou au forfait.

 Solidarité avec les travailleurs vietnamiens

 Sans des luttes menées par les prolétariats des pays occidentaux contre les impérialistes et leurs machines de guerres et d’oppression, sans l’expression d’une profonde solidarité et sans la création d’un Parti Communiste qui saura organiser l’ensemble de la classe des exploités aucun espoir ne pourra naître au Vietnam. Les conflits sociaux mêmes les plus étendus et les plus virulents retomberont dans des alliances de classes préjudiciables à l’émancipation des travailleurs. 

 Dans le contexte actuel de mondialisation des capitaux, affirmer une politique anticapitaliste et anti-impérialiste demeure  l’objectif principal des formations ouvrières chargées de mener les batailles décisives d’avant-garde. Nous sommes aux côtés des organisations vietnamiennes qui luttent afin de préparer l’avènement du socialisme qui saura se débarrasser définitivement de la bourgeoisie parasitaire.   

 

 

 

 

 

 

 

                    Pierre Lehoux

                                              Source principale :    

 

 

NGUYỄN THẾ ANH (Ecole Pratique des Hautes Etudes, Sciences Historiques et Philologiques)  

 [1]   Voir Ngô Văn Hòa, Dương Kinh Quốc, Giai cấp công nhân Việt-Nam những năm trước khi thành lập Ðảng (Les classes laborieuses du Viêt-Nam dans les années précédant la fondation du Parti). Hanoi, NXB Khoa-Học Xã-Hội, 1978, 411 p. 

 

 


 

[2]   Un siècle de luttes nationales, op. cit., p. 94-95. 

 

 

 

 


 

[3]   Il faut remarquer que certains historiens de Hanoi ont porté des jugements défavorables sur cette insurrection du Nghệ-Tĩnh, portant leur critique sur les erreurs d’appréciation de la situation réelle, ce qui explique à leur avis le déclenchement prématuré du soulèvement : “A la campagne, les luttes entreprises contre les paysans riches, les paysans moyen aisés, les petits notables et les gens instruits furent de lourdes fautes qui jetaient le discrédit sur l’ensemble du mouvement, tout en donnant prise à la propagande ennemie… Le programme d’action a fait trop tôt appel à la lutte armée, malgré les faiblesses de l’organisation.” (Trần Huy Liệu, Les soviets du Nghệ-Tĩnh de 1930-1931 au Việt-Nam. Hanoi, Editions en langues étrangères, 1960, p. 52).

 

 

 

 

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