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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Le communisme est en route…

31 Décembre 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Théorie Communiste

Le « Manifeste du Parti Communiste » a 160 ans.

 

" Un spectre hante l'Europe : c'est le spectre du communisme. " Ainsi commençait un petit texte publié à Londres pour la première fois en février 1848 (au moment de l’insurrection française qui mit fin au règne de Louis-Philippe), " Le Manifeste du Parti Communiste ". Commandé par la Ligue des Communistes fin novembre 1847, ce texte était appelé à devenir un " best seller " mondial (1)

Il y a peu, une nouvelle de presse disait que les ventes du  Manifeste Communiste avaient augmenté depuis le commencement de l’actuelle crise du capitalisme. Depuis des mois nous lisons des commentaires sur la “vengeance de Marx”, le“retour de Marx”, la“résurrection de Marx”, jusqu’au : « Karl Marx avait raison !» proclamé par des manifestants devant la Bourse de Wall Street, en conséquence du déclin économique mondial vers une crise d’accumulation qui sera qualitativement supérieure aux crises antérieures.

Pour comprendre ce qui arrive dans le monde il faut recourir à l’analyse marxiste. Il n’y a pas d’autre alternative.

Mais il ne suffit pas de dire que “Marx avait raison”, que malgré le fait que certaines de ces “prophéties” ne soient pas survenues, sa thèse sur l’irrationalité du capitalisme s’avère être vraie.

Lénine avait défini “le critère de la pratique”, qui consiste en ce que finalement, c’est la matérialité des faits historiques qui décide de la correction théorique.

Cette vision scientifico-critique de l’histoire, c’est à dire l’objectivité de l’exploitation, est celle qui octroie au marxisme son originalité et sa supériorité qualitative par rapport à l’idéologie bourgeoise.

 

Philosophie de l'histoire

 

" L'histoire de toute société jusqu'à nos jours, c'est l'histoire de la lutte des classes ". La première partie du Manifeste commence par cette affirmation qu'on peut nuancer. En effet le " communisme primitif ", et plus généralement les " sociétés sans classes" (ces premières sociétés où chacun échangeait directement les produits de ses travaux) étaient entièrement dominées par la nature. Nous savons aujourd'hui qu'elles n’étaient pas pour autant des sociétés « sans histoire ». La lutte des classes domine seulement l'histoire des sociétés où se développe le mode de production capitaliste. Avec le capitalisme, deux classes s’opposent : la bourgeoisie et le prolétariat.

Sous le féodalisme le producteur n'était pas séparé des moyens de production mais leur était, au contraire, enchaîné. A un certain degré du développement de ces moyens de production et d’échange, les conditions dans lesquelles la société féodale produisait et échangeait, l’organisation féodale de l’agriculture et de la manufacture, en un mot le régime féodal de propriété, cessèrent de correspondre aux forces productives en plein développement. Ils entravaient la production au lieu de la faire progresser. Il fallait les briser. Il fallait donc qu'une intervention brutale opère cette séparation contre les tendances fondamentales du féodalisme. C'est cette intervention brutale que Marx nomma accumulation primitive.

Ainsi est né l’individu privé à un certain stade historique du développement des moyens de production. Cela a amené les hommes à une prise de conscience qu’ils ont cette liberté essentielle de produire eux-mêmes les conditions de leur vie, de la construire eux-mêmes par leur travail.

 Mais l’individu est aussi et surtout social et dans la société capitaliste  divisée en classes sociales, la bourgeoisie devint la classe qui possède les moyens de production et le prolétariat celle qui fut contrainte de vendre " au jour le jour " sa force de travail. Le capitalisme a progressivement unifié le monde comme un grand marché et réalisé partout la soumission du travail au capital accumulé, en transformant en marchandises les objets de l’usage humain, indépendamment de leur nature (fonction noble ou triviale). Ainsi, cette révolution des rapports de production a engendré la globalisation des échanges, et a par conséquent agrandi l’influence du modèle capitaliste à l’échelle mondiale (avec une interdépendance entre Etats) et une dépendance au sein même des états, notamment par la soumission des campagnes à la ville, et surtout par la concentration de la propriété des moyens de production entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de capitalistes.

 

Seule issue : la « transformation révolutionnaire ou la disparition des deux classes ».

 

Mais le Manifeste a été conçu pour éclairé le prolétariat, pour lui dire « la vraie parole de sa lutte ».

Les œuvres ultérieures de Marx approfondiront et révèleront aux prolétaires, les racines de l’exploitation capitaliste, exploreront les rouages du système.

Dans « le Capital », dans « les Grundrisses » il affine sa connaissance des mécanismes qui sont masqués par les différentes formes revêtues par le capital que sont les salaires, les prix et le profit.

Il démontre scientifiquement que ce sont des aspects du même fétichisme de la marchandise (avec le goût du luxe chez le bourgeois comme son extension) et que le capital n’est pas une chose mais un comportement d’appropriation privé du travail.

Le bourgeois ne conçoit que l’avoir (représenté par l’argent et la maîtrise des conditions de la production nécessaire au renouvellement du capital). Le capital ne peut se développer qu’au détriment de l’être, de l’ouvrier, du producteur.

 Les sciences et la technologie sont entièrement au service de la classe dominante et le dépouillent progressivement de son savoir. Elles  réduisent le travail ouvrier à peu de chose, à des tâches répétitives, inhumaines et répugnantes au fur et à mesure que le travail passé s’accumule dans les machines. Les savoirs sont de plus en plus détenus, à l’autre pôle, par les capitalistes actifs, ces puissances intellectuelles, ces ITC (ingénieurs, cadres et techniciens) qui sont les véritables propriétaires moyens de production et qui partagent les bénéfices de la plus-value produite avec le banquier.  

Il est nécessaire de rappeler avec quelle force le Manifeste expose certaines des tendances fondamentales du mode de production capitaliste. Ainsi ce passage : " De toute évidence, la bourgeoisie est incapable de demeurer la classe dirigeante et d'imposer à la société comme loi suprême, les conditions de vie de sa classe. Elle ne peut régner car elle ne peut plus assurer l'existence même de l'esclave à l'intérieur de son esclavage ; elle est forcée de le laisser déchoir si bas qu'elle doit le nourrir au lieu d'être nourrie par lui. La société ne peut plus vivre sous la bourgeoisie ; c'est-à-dire que l'existence de la bourgeoise et l'existence de la société sont devenues incompatibles. " Description d'une décadence irrémédiable dont la frénésie actuelle des classes dirigeantes d'un côté, le développement du chômage et de la décomposition sociale de l'autre, sont des manifestations évidentes.

 

Des perspectives visionnaires

 

Contrairement au serf et au compagnon, ou au marchand de l’ancien régime, le prolétaire est un travailleur libre. Mais ses chaînes sont dans sa condition même de prolétaire car il est dépossédé par le capitaliste de la propriété des moyens de son existence. «Ils ne vivent qu’à condition de trouver du travail, et n’en trouvent que si leur travail accroît le capital ».

La bourgeoisie a donc multiplié et unifié, à travers le salariat, la condition de ceux qui subissent l’exploitation de leur travail, même si ceux qui sont de la sorte exploités restent dans leur inévitable résistance des agents potentiels de l’ordre capitaliste.

On apprend donc que la forte tendance à l’unité de la classe ouvrière se heurte aux effets de la concurrence interne entre travailleurs et à toutes les rivalités et compétitions (nationales, sexuelles, d’âge et de profession), qui sont l’effet de la dépendance au capital de masses entières de demandeurs d’emploi ou de petits producteurs.

Ainsi, les luttes sociales (émeutes, révoltes) restent isolées et leur portée demeure éphémère lorsqu’elles aboutissent.

De plus, elles s’attaquent souvent aux instruments de productions eux-mêmes (marchandises étrangères qui font concurrence, par exemple) au lieu de porter leurs revendications sur le rapport bourgeois de production en tant que tel.

Les prolétaires ne se constituent donc pas spontanément en classe révolutionnaire internationale : il leur faut encore prendre conscience de leur nombre et de la communauté de leurs aspirations, accroître leur savoir et surmonter les divisions objectives qui se multiplient sans cesse tandis que progresse l’espace géographique et social occupé et transformé par l’action de l’argent accumulé et investi sous la forme du capital.

 

Le Parti c’est, pour le prolétariat,

obtenir son indépendance

 

Quand Marx et Engels affirment : “ Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel ”, ils ne parlent pas du seul mouvement spontané des « catégories socioprofessionnelles » propres à la division capitaliste du travail, sur lesquelles s’appuient les réformistes, mais bien du mouvement réel, c'est-à-dire de la totalité des phénomènes engendrés par l’exploitation capitaliste.

Mais il ne parle pas encore de l’abolition de l’Etat capitaliste, de son extinction. Le programme de 1848 vise l’expropriation de la propriété foncière et l’affectation de la rente foncière aux dépenses de l'État, l’abolition du droit d'héritage, la centralisation du crédit entre les mains de l'État et de tous les moyens de transport et de communication.

L’analyse de ce qu’est l’Etat capitaliste sera faite plus tard, après le coup d’Etat de Napoléon III (2) et l’expérience de la Commune de Paris.

En effet l’anarchie des choix privés, les heurts entre propriétaires privés fragilisent le système. Il faut donc une structure qui soit extérieure aux intérêts particuliers, qui leur soit supérieure, et qui soit nécessaire à la reproduction de la société capitaliste afin qu’elle assure le minimum de complémentarité dans les travaux.

C’est ce que l’idéologie bourgeoise nomme l’intérêt général et qui se pose au-dessus des individus bourgeois eux-mêmes, dans l’Etat.

L’association des individus étant impossible dans le privé c’est bien sûr l’Etat, représentant la puissance collective et la bureaucratie autonome qui les domine. Et voilà le prolétariat dépossédé davantage de son pouvoir sur les conditions de sa vie par une force qu’il a lui-même créé car les individus privés sont incapables  de régler leurs rapports communautairement.

Marx définira le Parti en opposition à l’Etat bourgeois qui masque l’intérêt privé derrière des formules telles que « liberté », celle d’être un vil exploiteur, « égalité » où chacun peut posséder le travail de l’autre s’il en a les moyens et « « fraternité » où la propriété personnelle serait aussi synonyme d’effort et récompensée par un enrichissement éhonté.

 Le Parti sera pour Marx le moyen politique que se donneront alors les prolétaires pour se débarrasser du pouvoir de la bourgeoisie puis de dissoudre les classes sociales au cours d’une transition qui sera plus ou moins longue avant l’avènement de la société communiste fondé sur une réelle égalité et une réelle liberté car élément constitutifs et indissociables de cette société.

 Le Manifeste prône donc en réponse à la logique de concurrence, une union révolutionnaire par l’association, qui ne peut se faire que par une prise de conscience éclairée d’appartenance à une même classe et donc à une force politique potentielle. Par cette action, la victoire du prolétariat sur les rapports de production bourgeois peut alors être rendue inévitable.

Cela exige de la part des communistes une opposition ferme et sans concession aux réformistes, qui sous prétexte de « réalisme », s’attachent à flatter les formes de luttes qui manifestent une soumission à l’idéologie et à l’ordre social bourgeois. C’est par exemple l'Union Régionale Ile de France (URIF) de la CGT qui vient de lancer une campagne pour les salaires et qui affirme sans vergogne qu’augmenter les salaires c’est bon pour l’économie autrement dit pour les profits capitalistes…Ils n’ont pas honte d’oser défendre un système qui exploite, qui affame et qui tue aujourd’hui des centaines de millions de travailleurs dans le monde !

Il ne s’agit pas de lutter pour une nouvelle forme d’économie qui remplacerait le capitalisme lorsque celui-ci atteint ses limites historiques. Il ne s’agit pas non plus de militer pour la simple émancipation de la classe ouvrière. Comme l’a dit Engels, il s’agit pour l’ensemble de l’espèce humaine de "passer du règne de la nécessité au règne de la liberté", de libérer la totalité des potentialités que l’homme porte en lui-même et qui se sont trouvées contenues, bridées, voire opprimées depuis la préhistoire d’abord du fait du faible développement des forces productives et de la civilisation, ensuite de par l'existence de la société de classes.

Dans Le Manifeste communiste : la vision des communistes n'est pas l'invention d'idéologues individuels mais l'expression théorique d'un mouvement vivant, le mouvement du prolétariat qui vise la disparition des classes bourgeoises et prolétaires.

L'émancipation du prolétariat est donc indissociable de l'émancipation de toute l'humanité : la classe ouvrière ne se libère pas seule de l'exploitation ; elle ne s'établit pas éternellement comme classe dominante ; elle agit en tant que porteur et expression de tous les opprimés ; de même, elle ne se contente pas de se débarrasser et de débarrasser l'humanité du capitalisme, mais elle doit permettre à l'humanité de surmonter le cauchemar que font peser sur elle toutes les formes d'exploitation et d'oppression qui ont existé auparavant.

Le communisme est donc l’œuvre de l'histoire et il constitue la clarification et la synthèse de toutes les luttes passées contre la misère et le travail contraint. Il vise une société libre où chacun pourra s’épanouir des activités de chacun, où l’être remplace l’avoir, où le travail riche supplante le travail répulsif, où le prolétaire disparaît pour ne laisser la place qu’à des individus capables de diriger les conditions de la production de leur vie.

La reconnaissance marxiste du rôle historique de la classe ouvrière n'a rien de commun avec « l’ouvriérisme", avec l'adoration du prolétariat en toutes circonstances.

Le capitalisme actuel est un volcan, un baril de poudre avec plus de forces destructrices que jamais auparavant, avec ses contradictions structurelles tendues jusqu’à des degrés inimaginables il y a plus d’un siècle et demi, quand fût écrit ce Manifeste Communiste qui est étudié maintenant avec une avidité presque désespérée.

Pour les nations opprimées, cette vision du monde, celle du Manifeste est un élément indispensable pour leurs luttes. Il est actuellement une base théorique et pratique qui contribue à forger l’avant-garde ouvrière et le Parti Communiste dans des luttes frontales avec la bourgeoisie.

 

Pierre Lehoux – décembre 2008

 

(1)Malgré l’échec des soulèvements populaires de 1848 partout en Europe, la 1ère Association internationale des Travailleurs prônée par Marx et Engels vit le jour à Londres en 1864.

 

(2) Qui renforcera et bureaucratisera  l’Etat.

A propos de la Commune Marx écrit : « la classe ouvrière ne peut pas se contenter de prendre telle quelle la machine d’Etat et de la faire fonctionner pour son propre compte »(les luttes de classe en France)

 

 

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