Qui créé les richesses ? Le Capital ou le travail ?
D e toute évidence, les crises et les difficultés que traverse le système capitaliste avivent les contradictions, font tomber les masques et déchirent les apparences.
Le calme social paraît disproportionné par rapport à la gravité de la crise mais en réalité ceux qui en subissent
les conséquences apprennent beaucoup et tout aussi rapidement. Par exemple que la bourgeoisie (prise dans son ensemble, gauche et extrême gauche comprises) non seulement ne peut rien contre le
chômage mais que les chômeurs seraient à l’origine des faiblesses économiques d’un capitalisme sénile…Chacun reconnaît le manque de relance de la « croissance » (entendez une
accumulation capitaliste passablement ralentie) qui ne créé aucun emploi mais qui développe, pour le plus grand bien des entrepreneurs en difficulté, la précarité de masse.
Les élites intellectuelles qui forment le pouvoir justifient leur impuissance par des raisonnements truffés de chiffres dans lesquels ils font apparaître la baisse inéluctable de la quantité de
travail humain du fait d’une productivité en hausse constante. Il y a peu cette baisse du temps de travail était pour eux la preuve de l’excellente capacité du capitalisme à se réguler et à
produire un progrès continu (1).
Pour bon nombre de partis de gauche et écologiste le dogme de la production capitaliste demeure intangible. On ne touche pas au système capitaliste, à ce « créateur de richesses », tout
au plus, doit-on l’aménager pour « corriger » ses effets destructeurs.
Dans ce domaine, le PCF qui décidément a tout oublié de ses origines n’y va pas par quatre chemins.
Dans le programme économique du parti on y trouve le prélèvement de 80 milliards d’euros dans les caisses des capitalistes (l’équivalent de 80% des bénéfices du CAC40). 27 milliards seraient
reversés aux capitalistes qui s’endettent pour augmenter l’exploitation directe des travailleurs, et non pas par la « spéculation ». Le tout forme une vaste panoplie de mécanismes de
« bonus-malus », selon le comportement des capitalistes concernés. Ces pseudo-communistes, qui aiment gérer l’économie de marché à la manière de leurs frères chinois, ont une
connaissance du pouvoir d’Etat (auquel ils ont participé à maintes reprises) ce qui les conduit à imaginer un moyen pour récompenser ou à pénaliser les capitalistes selon leur comportement, mais
en aucun cas à remettre en cause la source du profit, à savoir la propriété capitaliste. Cela dit, ils n’ont rien inventé de bien nouveau.
C’est le rôle principal de l’Etat bourgeois que de préserver
les intérêts du capital en général contre les intérêts privés et forcément antagonistes des capitalistes privés.
La droite comme la gauche, participent au gonflement de cette baudruche étatique en créant
des mesures fiscales destinées aux capitalistes qui « favorisent l’emploi », assorties de taxes sur les profits, sur les opérations de spéculation financière, d’amendes et des sanctions
contre les capitalistes qui font des choses répréhensibles, afin de prélever une plus-value sociale nécessaire à la gestion du chômage (pour constamment réparer les dégâts commis par les
capitalistes…on en voit les limites aujourd’hui) et au développement d’une dette publique dont se régale la Bourse quotidiennement.
Idéologies complaisamment répandues
Certains idéologues qui refusent de laisser l’entreprise se faire « taxer » par l’Etat, rappellent, à qui veut bien les entendre, que dans le capitalisme,
c’est le capital qui crée des emplois :
« À trop vouloir protéger l’emploi, on perd de vue que le capital est plus productif de richesse. On se contente de favoriser l’élément le plus visible, l’emploi, au détriment de l’élément qui peut l’être moins, le capital. On n’a rien à craindre d’une augmentation du capital. Au contraire, elle bénéficie à tous à moyen et à long terme. À court terme, personne ne nie la difficulté que représente la perte d’un emploi, mais il est aussi indéniable qu’il est plus facile d’en trouver un là où l’intervention de l’État est réduite...
Le « plein emploi » n’est pas un synonyme de richesse. À sauvegarder par la force des emplois qui seraient portés à disparaître sans elle, une société finit par s’appauvrir. L’emploi est créateur de richesse pour une société dans la mesure où il rend service aux consommateurs volontairement, c’est-à-dire sans être imposé, taxé ou contraint par d’autres formes d’interventions gouvernementales ».
(André Dorais ÉTHIQUE LIBERTARIENNE- Québec). C’est juste mais jamais le capital n’accélérera ce mouvement sans espoir de
profits supplémentaires. Or aujourd’hui il en est à détruire du capital en « excédent » (voir les derniers krachs boursiers notamment et les fermetures d’usines).
Dans ces conditions, où ce qui prime c’est la destruction (les friches industrielles, la jachère…) pour rentabiliser ce qui reste, vouloir faire investir des milliards au capital pour l’emploi est parfaitement utopique.
Ils parlent d’un partage plus équitable de la richesse mais ne font
que partager la misère en baissant les salaires (l’inflation en est l’arme la plus efficace) et en augmentant les impôts de toutes sortes.
Mais qu’est-ce donc que cette richesse produite ?
C’est justement la forme d’existence sociale de la richesse sous le capitalisme qui rend ce partage équitable impossible. Il ne leur
vient même pas à l’idée de se poser cette question première : pourquoi plus la capacité des hommes à créer
des richesses augmentent, plus nombreux sont ceux qui en sont exclus, dans la misère et dans le besoin ?
Ils oublient une chose importante : sous quelle forme existe-t-elle
et comment est-elle appropriée ?
L’apparence des choses est que la richesse se représente normalement par l’argent, qu’il en a toujours été ainsi et que c’est une façon naturelle de procéder. Pourtant on sait bien que des
sociétés n’ont pas connu l’argent mais que la richesse existait sans être représentée par l’argent.
C’est parce que dans la société marchande, les produits du travail s’échangent en proportion de la quantité de travail social qu’ils contiennent que l’or
et d’autres dérivés monétaires ont joué le rôle d’étalon de mesure de toutes les quantités de travail. La richesse n’y est produite, socialement, que sous forme de quantité de travail social (ou
valeur d’échange, argent). Ensuite la production de la richesse y est production de marchandises contenant plus de quantité de travail social qu’elle n’en a coûtée à produire. On
sait depuis Karl Marx que la valeur d’échange d’une marchandise se décompose en trois parts :
« Le capital se compose de matières premières, d’instruments de travail et de moyens de subsistance de toutes sortes qui sont employés à produire de nouvelles matières premières, de nouveaux instruments de travail et de nouveaux moyens de subsistance. Toutes ces parties constitutives sont des créations du travail, des produits du travail, du travail accumulé. Le travail accumulé qui sert de moyen pour une nouvelle production est du capital (souligné par nous) ».( « Travail salarié et Capital »- K. Marx publié sous formes d’articles dans la Neue Rheinische Zeitung.1847).
C’est ainsi que le rapport d’exploitation capitaliste, masqué par le salaire trouve sa justification. Il réside dans une quantité de
travail fournie par un travailleur supérieure à celle nécessaire pour la création de ses moyens de subsistances.
La production de richesses supplémentaires ne peut exister que s’il y a surtravail pouvant prendre la forme valeur (en l’occurrence la plus-value). Le capital
ne peut s’accumuler que suivant cette forme d’exploitation des travailleurs.
Mais comment une somme de marchandises, de valeurs d’échange, se change-t-elle en capital ?
Par le fait que, en tant que force sociale indépendante, c’est-à-dire en tant que force d’une partie de la société, elle se conserve et s’accroît par son échange contre la force de
travail immédiate, vivante. L’existence d’une classe ne possédant rien que sa capacité de travail est une condition première nécessaire du capital.
Ce n’est que la domination de l’accumulation du travail passé, matérialisé, sur le travail immédiat, vivant, qui transforme le travail accumulé en capital.
Le capital consiste en ceci que le travail vivant sert de moyen au travail accumulé pour maintenir et accroître la valeur d’échange de celui-ci.
Mais qu’est-ce que la croissance du capital productif
?
C’est la croissance de la puissance du travail accumulé sur le travail vivant, c’est la croissance de la domination de la bourgeoisie sur la classe laborieuse.
Lorsque le travail salarié produit la richesse étrangère qui le domine, la force qui lui est hostile, le capital, ses moyens d’occupation, c’est-à-dire ses moyens de subsistance, refluent de
celui-ci vers lui à condition qu’il devienne de nouveau une partie du capital, le levier qui imprime de nouveau à celui-ci un mouvement de croissance accéléré.
Quand on dit: « les intérêts du capital et les intérêts des ouvriers sont les mêmes », cela signifie seulement que le capital et le travail salarié sont deux aspects d’un seul
et même rapport. Tant que l’ouvrier salarié est ouvrier salarié, son sort dépend du capital. Telle est la communauté d’intérêts tant vantée par les idéologues de tous poils, de
l’ouvrier et du capitaliste.
Maîtriser les richesses produites équivaut à la maîtrise par les producteurs eux-mêmes de toute la production
Les rapports sociaux suivant lesquels les individus
produisent, les rapports sociaux de production, changent, se transforment avec la modification et le développement des moyens de production matériels, des forces de production.
Dans leur totalité, les rapports de production forment ce qu’on appelle les rapports sociaux, la société. Le capital représente, lui aussi, des rapports sociaux d’appropriation privée
(égoïstes). Ce sont des rapports bourgeois de production, des rapports de production de la société
bourgeoise.
On sait que le capitalisme dispose de deux moyens pour accroître le surtravail (grâce aux progrès techniques et d’organisation du travail) en augmentant la
productivité et l’intensité du travail.
Or la productivité permet de baisser relativement les salaires (la quantité de travail social contenue dans la subsistance du travailleur – le prix des biens entrant dans sa consommation), et
l’intensité plus forte permet d’augmenter la part de plus-value. Mais cette hausse est contrebalancée par une machinerie plus perfectionnée et surtout plus coûteuse. Pour que le taux de profit
(profit/capital engagé) reste constant il faudrait que la masse des profits croisse en proportion de la masse de ce capital.
Globalement, l’augmentation de la masse du capital fixe (machines, usines,technologies), s’accompagne, à production constante, d’une diminution de la quantité de travail qui le met en mouvement
et qu’il peut absorber (qui est pourtant la seule source de profit).
La baisse du taux de profit est le phénomène central de la crise
C’est elle qui conduit les capitalistes à créer plus de précarité
(des salariés
« kleenex ») et plus de chômage.
En bref le capitalisme ne peut faire de profit que s’il diminue le temps de travail vivant.
Conclusion évidente : il scie lui-même la branche où il est assis parce que la façon qu’il a de considérer la richesse (sous la forme de valeur d’échange, abstraite) l’amène
à ne pouvoir la produire qu’avec des difficultés croissantes, qu’en ayant recours à des destructions massives (par la guerre, les assassinats, la destruction de la faune et de la flore en
particulier) (2).
Progressivement la valeur d’échange disparaît contrairement aux élucubrations d’un PCF moribond qui s’imagine que l’on peut puiser les richesses dans un puits sans fond. C’est seulement par une
intervention directe sur le cours des choses, par des actions résolument anti-étatiste et anticapitaliste, que le prolétariat (qui alors découvre sa véritable force), accélère le mouvement de
l’histoire vers le communisme et s’approprie les conditions de production de
la vie.
« Le communisme n’est pas autre chose que l’appropriation par les individus, de toute la puissance, donc aussi des rapports de production, moyen de leur liberté et de leur grand développement comme individus, individus sociaux »
Pierre Lehoux – août 2008
(1) rappelons qu’en 150 ans la durée annuelle moyenne du travail salarié est passé de 4000 heures à 1600 heures, cela malgré la croissance considérable de la production de marchandises. De telle sorte qu’aujourd’hui, 1 heure de travail produit 25 fois plus qu’en 1830.
(2) « les travailleurs des pays pauvres ne produisent plus pour leurs besoins, mais pour la demande des pays riches. Pas du manioc ou du maïs, mais du café ou du cacao. L’industrie ne s’automatise pas progressivement, comme elle le devrait, mais se concentre sur ce qui est à forte intensité de travail. Pour leurs besoins, les pays pauvres deviennent donc dépendants des pays riches. Or, on leur achète tout au prix que nous voulons - puisque nous sommes leurs seuls clients - et on leur vend aussi tout au prix que nous fixons, car c’est nous qui avons le pouvoir. Ils seront donc éternellement pauvre. Qui gagne ? Le consommateur des pays développés croit faire une bonne affaire, en achetant bon marché les produits d’ailleurs, mais le travail fait ailleurs signifie moins de travail pour le travailleur des pays riches et le revenu global qui y est distribué tend donc à dépendre de plus en plus d’un assistanat plus ou moins déguisé. Ce revenu global peut être diminué, d’ailleurs, sans mettre à mal la demande effective, de la somme de tout ce qui est vendu aux pays pauvres. Vendu avec des marges bien plus intéressantes qu’en pays développés, puisque tout s’y fait par cartels et monopoles, que les contraintes de santé et de sécurité ainsi que les exigences environnementales sont moindres et que la fiscalité s’y règle à l’amiable
».( Pierre JC Allard-07.09.07)
Annexes
Marx : La fin de la valeur-travail
« A mesure que la grande industrie se développe, la création de richesses en vient à dépendre moins du temps de travail et de la quantité de travail utilisée, que de la puissance des agents qui sont mis en mouvement pendant la durée du travail. L’énorme efficience de ces agents est, à son tour, sans rapport aucun avec le temps de travail immédiat que coûte leur production. Elle dépend bien plutôt du niveau général de la science et du progrès de la technologie ou de l’application de cette science à la production.[...] Dés que le travail, sous sa forme immédiate, a cessé d’être la source principale de la richesse, le temps de travail cesse et doit cesser d’être sa mesure, et la valeur d’échange cesse donc aussi d’être la mesure de la valeur d’usage »
Grundisse II, p. 220-221
« La Richesse véritable signifie, en effet, le développement de la force productive de tous les individus. Dès lors, ce n’est plus le temps de travail, mais le temps disponible qui mesure la
richesse.
Si le temps de travail est la mesure de la richesse, c’est que la richesse est fondée sur la pauvreté [...]; en d’autres termes cela suppose que tout le temps de
l’ouvrier soit posé comme du temps de travail et que lui-même soit ravalé au rang de simple travailleur et subordonné au travail. C’est pourquoi la machinerie la plus développée contraint
aujourd’hui l’ouvrier à travailler plus longtemps que ne le faisaient le sauvage ou lui-même, lorsqu’il disposait d’outils plus rudimentaires et primitifs ».
Grundisse II, p. 226/596.
« Dans la mesure où le temps - quantum de travail - est posé par le capital comme le seul élément déterminant de la production, le travail direct pris comme principe de création des valeurs
d’usage disparaît ou du moins se trouve réduit quantitativement et qualitativement à un rôle certes indispensable, mais subalterne, au regard du travail scientifique en général, de l’application
technologique des sciences naturelles, et de la force productive générale issue de l’organisation sociale de l’ensemble de la production - qui apparaît comme le don naturel du travail social
(bien qu’il s’agisse d’un produit historique). Le capital oeuvre ainsi à sa propre dissolution comme forme qui domine la production ».
Principes d’une critique de l’économie politique, p 301
« D’emblée ce serait le caractère communautaire de la production qui rendrait le produit général et collectif. Dès lors l’échange qui s’effectue au début de la production ne porterait plus
sur des valeurs, mais sur des activités déterminées par les besoins et les buts collectifs : il impliquerait d’emblée la participation de l’individu au monde collectif des
produits. »
Grundisse I
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