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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Réforme de l’Etat : quelles conséquences immédiates pour les travailleurs ?

16 Mai 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Nos analyses

La politique de la réforme

 

Depuis de nombreuses années déjà, certains mots s’installent de manière pérenne dans les discours politiques et donc médiatiques tant ces derniers se contentent la plupart du temps de relayer complaisamment la parole officielle sans même prendre le soin de modifier le vocabulaire utilisé et donc de prendre du recul par rapport au discours.

Il est donc comme cela, des mots, et donc des concepts, qui circulent tout autour de nous, qui nous sont familiers, pour lesquels nous ne prêtons qu’une attention discrète mais qui véhiculent des concepts voire une idéologie bien établie. Un exercice pourtant salvateur consisterait à reprendre l’origine et la définition de certains d’entre eux, de les replacer dans le contexte actuel, et de tâcher de déterminer l’idéologie qu’ils véhiculent. En effet, nul ne saurait remettre en cause l’idée selon laquelle l’emploi de tel ou tel mot relève d’un choix, d’une intention. Car il ne faut pas occulter la place prépondérante des mots dans la communication politique. Tout autant que l’image, ils influencent le comportement des individus par un  matraquage idéologique permanent.

Prenons par exemple le mot « réforme » dont l’origine et l’utilisation actuelles entrent dans les discours politiques. Depuis ces dernières années il figure en bonne place au sein du vocabulaire étatique et gouvernemental.

 

Depuis quand la réforme ?

 

La réforme recouvre un contexte historique très riche mais également varié si l’on considère le domaine privé comme le domaine public. La Réforme religieuse et son corollaire, la Contre-réforme. La Réforme agraire, déjà dans l’Antiquité romaine. Puis les Réformes plus contemporaines, notamment celles liées à l’Etat, au domaine économique pour aboutir aux réformes plus actuelles : retraites, éducation, universités, assurance maladie… A tel point que la réforme devient finalement une forme d’exercice du pouvoir, un mode de « gouvernance » pour reprendre un autre élément du champ lexical contemporain. Un journal, celui fondé en son temps par Ledru-Rollin, a même pris le titre « La Réforme »,.

 

Quel vocabulaire pour quel concept ?

Finalement la réforme signifierait dans son acception actuelle, un ensemble de modifications s’inscrivant dans une logique unique d’ajustements structurels modifiant les règles sociales (au sens le plus vaste du terme).

 La réforme serait donc structurelle et elle aurait pour objectif d’améliorer la vie quotidienne de tout un chacun.

Mais deux problématiques doivent dans ce cas occuper le débat public : si l’on n’ignore pas les modalités de la réforme car elles font l’objet d’un développement médiatique important, bien entendu dans les grandes lignes uniquement, plus obscures en sont les finalités. Tout est fait pour porter le débat et y compris celui des opposants, autour des modalités de la réforme en évitant avec soin d’aborder son sens profond avec les objectifs qu’elle se propose d’atteindre. Les enjeux et les conséquences demeurent obscures à la plupart des travailleurs.

Deuxième élément pouvant retenir l’attention, il s’agit d’une question liée à l’exercice du pouvoir et donc finalement liée aux fondements même de la « démocratie » bourgeoise. Réformer est le moyen que se donne l’Etat pour asseoir son autorité. En aucun cas il ne s’agit d’un exercice démocratique qui « émanerait » du peuple (lui que l’on consulte seulement en période électorale pour mieux le dessaisir de son pouvoir réel).

La société capitaliste divisée en deux classes antagonistes a la capacité d’engendrer des réformes et par conséquent, de gouverner par des réformes. Et c’est L’Etat qui en assure la cohésion car il est au-dessus du peuple tout en affirmant agir en son nom. Il lui est extérieur comme toute formation politique. et représente les intérêts de la bourgeoisie.

L’Etat, qui se présente comme garant de l’intérêt général, intervient ainsi de manière croissante dans l’organisation et la gestion du rapport salarial.

Mais pour en comprendre les causes il ne faut pas perdre de vue que c’est précisément dans les grands centres impérialistes, bénéficiant de l’évolution des progrès techniques que se jouent la course à la productivité et la recherche de la meilleure rentabilité pour le capital.

N’oublions pas non plus que le capital n’est pas une « chose » qui peut se réformer, au gré des crises, mais un rapport social d’appropriation qui se fonde sur l’accumulation.

  L’Etat-Providence (présent essentiellement dans les pays dits « riches ») trouve d’ailleurs ses bases dans l’accaparement des richesses mondiales  par un pôle de la société. Il n’y aurait pas eu de « miettes » à distribuer au prolétariat si l’Etat ne pillait pas le tiers-monde (par la violence comme du temps des colonies ou comme aujourd’hui sous la pression de la dette des pays dominés).

 

Les enjeux de la réforme

 

La politique de la réforme, dont l’empreinte conceptuelle peut être considérée comme un jalon fondamental du capitalisme, dissimule non sans maladresse une véritable politique qui consiste à appliquer les préceptes du libéralisme au niveau du fonctionnement de l’Etat (voir l’actuelle réforme de l’Etat – RGPP- qui vise à restreindre les dépenses socialement utiles pour mieux valoriser le capital).

Il ne s’agit pas uniquement de la privatisation d’entreprises publiques mais bel et bien d’une conception fondamentalement nouvelle de l’Etat qui étend son contrôle sur les individus (le préfet, comme les élus, se voient confier des tâches nouvelles). Pour le coup, et si l’on prend bien soin d’étudier le lien entre toutes les réformes (leur point commun en termes de finalités), on découvre alors que les auteurs procèdent à un véritable démantèlement pensé et organisé des structures sociales.

Finalement, la réforme dissimule une politique de libéralisation qui doit maintenir la cohérence de la société de classe.

Elle étend le libéralisme le plus absolu à tous les échelons de la société. Le capitalisme étant arrivé à saturation (dans le domaine économique financier, marchand), la volonté de la classe dominante est d’aboutir à une libéralisation de l’Etat, de ses institutions, afin d’étendre le capitalisme au-delà du seul secteur productif.

C’est ainsi que le secteur « tertiaire », considéré comme improductif parce que ne produisant pas de plus-value, s’accroît de manière exponentielle avec un nombre de plus en plus important de salariés sous contrats (CDD, chèques emploi service, temps partiel, intérim ou RMA…).

Les modes de subventionnement de ces emplois en font une sorte de « Revenu Minimum d’Existence », allocation universelle (comme le CMU ou le RMI) revenu qui (dans les projections de nos idéologues dûment stipendiés) remplacerait l’ensemble des prestations sociales et allocations diverses, le complément budgétaire étant couvert par des impôts supplémentaires (voir l’augmentation des impôts locaux et des diverses taxes – qui touchent à la consommation des ménages- et les nombreux prélèvements sur le bulletin de salaire…).

Ce qui veut dire que des charges fiscales monstrueuses financent des revenus de misères !

Mais, à l’image du RMA, c’est surtout que cela abaisse le salaire car là où le patron doit offrir un salaire plus élevé que les minimas actuels pour embaucher (le fameux « effet de seuil ») il trouve là l’occasion d’abaisser le coût du travail et s’il pouvait aller au-delà (par exemple en s’alignant sur les salaires en vigueur dans les pays pauvres) il le ferait…

La constitution européenne (voir la directive Bolkestein qui entre dans le nouveau code du travail – cf « Regroupement Communiste n.s. » n°21), telle qu’elle est pensée et rédigée, s’inscrit pleinement dans cette stratégie.

Notons que l’appellation de réforme s’applique de façon systématique aux domaines pas encore totalement marchandisés comme l’éducation, le secteur social (retraites, assurance maladie…) et la culture.

Toute réforme sociale a aussi une face politico-idéologique (1). Ainsi les lois sociales sont moins des « conquêtes ouvrières » qu’une intégration de la classe ouvrière dans le système capitaliste afin que sa lutte de classe n’aille pas remettre en cause ses fondements. Elles apparaissent comme des conquêtes mais, souvent, c’est surtout dans la mesure où l’Etat a utilisé la pression de la lutte ouvrière pour les imposer à des capitalistes uniquement préoccupés par leur profit immédiat qui pourraient s’opposer à la réalisation de ces nouvelles conditions..

 

La réforme étatique a une face économique favorable au capitaliste, quoiqu’il en dise. D’un côté elle fragilise le salariat en ne lui apportant plus les moyens de reproduire sa force de travail (d’où le chômage massif et la précarité galopante), de l’autre elle permet de valoriser le capital en abaissant le coût du travail. Mais ces agissements entrent en contradictions avec la recherche de la plus-value tirée uniquement du travail productif humain et c’est l’une des raisons principales de la crise profonde qui secoue tout le système, qui provoque des destructions de capitaux en chaîne et des dégâts considérable sur le milieu naturel.   

Loin d’être un mode d’exercice « moderne » du pouvoir, la réforme organise l’Etat, ses institutions, et la société civile, en défenseur des intérêts particuliers de la bourgeoisie au sein des rouages du capitalisme mondialisé.

Ithaques (pour l'AAM)– février 2008

 

(1)         L’exposé des motifs de l’ordonnance du 4 octobre 1945 portant sur l’organisation de la Sécurité Sociale (en France) parle ainsi de « l’élan de fraternité et de rapprochement des classes qui marque la fin de la guerre ». On sait que les conquêtes sociales de la Libération font parties du prix à payer par la bourgeoisie pour que la Résistance ouvrière soit désarmée, et sa collaboration généralisée avec le fascisme oubliée, noyée dans la « réconciliation nationale » et la « reconstruction » du capitalisme organisée par De Gaulle et le PCF en échange de quelques postes ministériels. Elles sont au mieux des concessions au prolétariat pour stopper un mouvement jugé « dangereux » (cf.1936, 1945, 1968). Lire à ce propos « L’Etat et le Capital » (l’exemple français ») de Tom Thomas –éd. Albatroz)

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