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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Bulletin n°2 de l'Association des Amis du Manifeste (3) - mai 2008

16 Mai 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Théorie Communiste

Travailler tous, travailler moins

 

Prenons alors comme hypothèse de base que le prolétariat prend le pouvoir dans la société actuelle. Il trouve face à lui un appareil de production, un type de techniques spécifiques qu’il ne va pas bouleverser en 24 heures.

On pourra par exemple supprimer certains travaux (automobiles, maisons secondaires, publicité, etc…) et en augmenter d’autres jugés plus nécessaires (logements, crèches, transports en communs, etc…). Bref nous raisonnerons sur une masse d’heures de travail social globalement inchangées afin de ne modifier que deux variables : la définition du travail nécessaire et sa répartition entre tous.

Masse d’heures inchangée veut dire même masse de valeurs, de richesses produites. Le partage du travail incluant les chômeurs ne devrait pas entraîner de baisse de salaire. Si on reste sur un raisonnement incluant la valeur, celle-ci ne change pas si la richesse produite l’est par 5 millions de travailleurs travaillant 8 heures par jour ou par 10 millions travaillant 4 heures. Ce qui change c’est qu’il faut répartir la richesse sur 10 millions et non sur 5. Le capitaliste lui, ne répartit pas la richesse produite, mais il paie simplement le prix de la force de travail sous forme de salaire. On peut arriver à ce résultat en diminuant la part de la richesse produite qui va aux impôts, rentes, intérêts, gaspillages frais commerciaux, gaspillages de matières premières, spéculation financière, sans parler des dépenses militaires), etc… La question du partage du travail est impossible dans le cadre des propositions bourgeoises qui sont de partager le travail et les revenus seulement au sein de la masse des travailleurs du bas de l’échelle.

Quand nous avançons la revendication de 20 heures de travail par semaine, par exemple, cela correspond bien à la part « minimum » que la société exige de chacun pour qu’il reçoive en échange sa part des richesses produites, en fonction de ce qu’il aura démocratiquement été décidé de produire. Chacun, dans ses activités libres peut choisir de faire ce qu’il veut : chanter ou écrire, participer plus encore à la vie de sa cité, ou aller se promener, faire du sport ou inventer quelque chose, ou encore poursuivre son travail si cela lui plaît.

Travailler tous c’est transférer une part des travaux improductifs vers le secteur productif. C’est travailler à un emploi qui aura été décidé comme utile par les travailleurs, en fonction des besoins à satisfaire et non de la logique du profit comme aujourd’hui.

Dans les banques, les assurances, les organismes financiers, la plupart des postes sont liés à des fonctions de gestion propres au capitalisme moderne. Les activités d’assurance seraient avantageusement remplacées par la solidarité organisée à l’échelle de l’entreprise et de la commune en ce qui concerne l’individu et supprimées en ce qui concerne les risques commerciaux et placements financiers.

Dans le commerce on peut économiser sur les fonctions de vente (étalages, présentations, etc.) et en aménageant d’autres formes de distributions (coopératives) et de consommation (restauration collective de qualité, produits plus standardisés et plus durables). L’automatisation dans certains domaines (les caisses des grandes surfaces) économise déjà du travail abrutissant. Les cadres administratifs et commerciaux pourraient être moins nombreux.

Sur les 4 millions de fonctionnaires on retiendra l’économie due à la suppression d’une bureaucratie rendue inutile (par exemple les Assedic, les impôts directs, la Sécurité Sociale avec l’instauration de la médecine gratuite) et la réduction des fonctions de justice (80% des litiges portent sur le droit de la propriété privée), de police, de contrôle administratif et d’encadrement des masses et de l’armée.

Les jeunes scolaires de 15 à 24 ans pourraient, dans le cadre d’une réforme de la scolarité, travailler à un emploi productif (considérant en partie leurs longues vacances) l’équivalent de 1 heure par jour, emploi pratique lié à leurs études (voir les chiffres que publie Tom Thomas dans son livre « Crise technique et temps de travail »). Considérant le partage équitable des tâches domestiques (dont une large part pourrait être socialisée et facilitée) il est possible d’inclure davantage de femmes dans le travail nécessaire. Avec le pouvoir ouvrier, les conditions de vie seront bien différentes d’aujourd’hui et après une vie où la semaine de travail aura été réduite à 20 heures, les travaux pénibles partagés plus équitablement, les travailleurs âgés de 55 à 64 ans pourront poursuivre leur activité sociale en fonction de leur état de santé. Les personnes âgées auront des activités plus riches et seront en meilleure santé.

L’organisation du travail, profondément modifiée, éliminera des gaspillages de tous ordres et permettra de soulager les travailleurs des tâches immédiates les plus contraignantes.

La réduction du temps de travail ne se borne pas à quelques mesures immédiates d’économie sur les fonctions les plus inutiles. Mais elle est liée au problème : quoi produire (pour quels besoins) et comment produire (quel contenu au travail contraint) ?

Les besoins ne sont que relatifs à une organisation sociale donnée. On pourrait ajouter que la capitalisme engendre la misère et les assistantes sociales, la détresse et les curés, la famine et les ONG, le chômage et les fonctionnaires, le désordre et la police, les bas salaires et la publicité etc… La question « quoi produire ? » n’entraînera pas, quand les masses seront à même d’y répondre, de changements immédiats de tous les besoins, puisqu’ils évoluent en fonction des modifications du mode de production lui-même. Mais la question, posée sous sa forme « pour qui ? » recevra, elle, une réponse immédiate et évidente, source des économies de temps de travail que nous avons évoquées ci-dessus.

La nouvelle répartition du travail contraint entre tous ne peut pas être qu’un problème d’organisation. Mais nécessitera un changement des mentalités, donc des luttes politiques (par exemple pour vaincre l’individualisme et la concurrence entre travailleurs, entrer dans la gestion et la responsabilité collective, œuvrer pour les besoins de tous et non pour des primes ou des revenus supérieurs etc…

La société que nous voulons construire ne pourra négliger le problème de la dette que tous les pays impérialistes ont à l’égard des pays dominés. L’aide n’aura d’efficacité que si elle se fait dans le sens de l’émancipation des peuples et non pour conforter les bourgeoisies. Les richesses produites par les pays dominants pourraient profiter de manière bien plus efficace aux pays pauvres que toutes les aides actuelles.

En bref, c’est l’activité de l’homme qui produit l’homme. Tant que la séparation si caractéristique du capitalisme entre les puissances intellectuelles et les producteurs demeure, la valeur d’échange et ses expressions sociales (salaires, prix, profits,…)  sont la mesure de la richesse produite (il ne peut y avoir d’unité sociale sans maîtrise des conditions de la production par les individus associés). Mais le travail immédiat disparaissant, la valeur d’échange ne subsiste que comme forme sociale, suppléant à l’absence de rapports directs et conscients (alors que dans le socialisme c’est le but commun qui fonde l’association volontaire des hommes) car le travail immédiat cessant « d’être la grande source de la richesse, le temps de travail cesse nécessairement d’être la mesure de la valeur d’usage. » (K. Marx – Grundrisse). D’un point de vue politique, la bourgeoisie sera contrainte de diriger ses Etats de manière de plus en plus coercitive afin de tenter de maintenir la cohésion sociale. Sans le savoir elle se battra à mort pour conserver cette carcasse vide (la valeur d’échange) sans laquelle le monde bourgeois s’écroule comme une chair flasque.

 

La propriété des moyens de production étant collective, appropriée par le pôle capitaliste, la réappropriation par les individus de ces moyens de production sera également collective.

 

Pierre Lehoux (pour l’A.A.M) – mars 2008

 

 

 

 

 

 

 

 

 


_____________________

 

ANNEXES :

 

 

 

Emploi salarié du secteur marchand (hors agriculture, sylviculture, pêche, éducation, santé, action sociale et administration)
Données CVS (corrigées des variations saisonnières) à la fin de chaque trimestre 2005 - 2006 -2007

 

 

 

 

 

2004-12  

2005-03

2005-06

2005-09

2005-12

2006-03

2006-06

EB - EG

Industrie

3 870 200

3 845 200

3 820 200

3 793 600

3 773 000

3 756 100

3 736 800

EH

Construction (T.P. + Bâtiment)

1 304 300

1 312 200

1 324 000

1 335 800

1 350 200

1 364 400

1 375 400

EJ - EP

Tertiaire

10 259 700

10 305 700

10 312 700

10 349 800

10 387 700

10 418 000

10 480 000

EB - EP

Ensemble

15 434 300

15 463 100

15 456 800

15 479 300

15 510 900

15 538 500

15 592 200

                       

 

 

 

 

(1) Entre 1998 et 2007, la productivité des travailleurs américains a augmenté de plus de 30%.En France, par exemple, près de 7 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté

 

(2) Mais chaque concession du capitaliste aggrave les conditions de vie et de travail ainsi que la crise du système.

 

(3) Car doter les maires de pouvoir nouveaux répressifs à l’égard des travailleurs (police, intensification des règles favorables aux entreprises comme l’obligation d’ouvrir les magasins le dimanche, la gestion des exclus…) c’est en faire des relais de cet Etat providence qu’ils appellent de leurs vœux.

 

(4) En France, la productivité du travail a augmenté de 17,22 % en sept ans, pour l'ensemble de l'activité nationale. Sans rien changer à la production de richesses du pays, le nombre d'emplois aurait pu être augmenté de 17,22 % en réduisant de 14,69 % la durée réelle du travail. En moyenne, avec des transferts d'emplois entre secteurs d'activité, le nombre d'emplois aurait augmenté de 4 284 500. Le chômage réel aurait beaucoup baissé. Les gains de productivité permettraient de réduire à quelques heures par semaine le travail nécessaire pour bien vivre, à condition de changer de modèle de société et de supprimer toutes les productions inutiles (par ailleurs nuisibles à l'avenir de la planète, donc au notre et à celui de nos enfants).

 

                                                                                                                                              

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