Poursuivre la révolution démocratique en Tunisie
Comme vous avez sans doute constaté les médias ne parlent plus guère de la Tunisie, sauf pour les voyages d'Alliot Marie. Mais pour autant, rien n'est réglé et les risques de confiscation de la révolte populaire sont élevés, c'est sans doute pour cela que les médias bourgeois n'en parlent plus. ALI est parti mais les 40 voleurs sont toujours là et ils s'incrustent dans le gouvernement provisoire avec la bénédiction des gouvernements occidentaux qui après avoir soutenu BEN ALI jusqu'au bout, recherchent des branches auxquelles se raccrocher.
Le Front du 14 janvier veut convoquer un Congrès National pour la Défense de la Révolution
Le Front du 14 Janvier a tenu ce mercredi à «El Theatro » (petit théâtre au centre de Tunis) une conférence de presse qui a rassemblé toutes ses composantes. Les 10 organisations de gauche tunisienne ont répondu aux nombreuses questions des journalistes, principalement de la presse écrite arabe.
Auteur : Rafik Rassaa, correspondant de Solidaire, l'hebdomadaire du PTB (Parti du Travail de Belgique). Article du 3 février
2011, publié à l’origine sur le site du PTB (1)
Le Front du 14 Janvier s’est constitué comme plateforme politique (voir ci-dessous le texte de la plateforme)
afin de réaliser les objectifs de la révolution tunisienne de liberté et de dignité nationale et d’unir ses efforts pour affronter les forces contre-révolutionnaires intérieures et extérieures.
Les représentants du Front ont insisté sur les différentes manipulations du gouvernement actuel pour briser l’unité du peuple en lutte à travers : l’agitation de l’épouvantail islamiste, celui du régime militaire ou encore celui du vide du pouvoir et du désordre.
Les milices liées au RCD (parti de Ben Ali) et à certains corps de la police, notamment la police politique, contribuent à installer un climat de terreur qui crée les conditions pour faire accepter l’atterrissage du mouvement en échange d’un retour de la sécurité et de la stabilité.
Le Front insiste sur la dissolution de ces deux organes de l’ancien régime, mais également répond aux accusations de la promotion du vide politique. Le Front rappelle qu’effectivement un certain vide politique et économique existe parce que les travailleurs des secteurs publics et privés exigent et obtiennent souvent le départ des dirigeants corrompus de l’ancien régime.
En même temps, il rappelle aussi qu’il est aussi pour une transition – un gouvernement temporaire - mais uniquement dans le but de finaliser les affaires courantes et de convoquer des élections pour une assemblée constituante et, ce, dans un climat de liberté. Pour assurer cette transition, mais aussi pour coordonner les différents mouvements qui se sont investis dans la révolution, le Front du 14 Janvier proposer de convoquer un Congrès National pour la Défense de la Révolution dans les plus proches délais.
Le Front souhaite la dissolution du gouvernement actuel et considère cette demande comme préalable pour la participation à cette plateforme et comme nouvelle ligne de démarcation dans l’opposition tunisienne qui s’est recomposée au lendemain de la fuite de Ben Ali entre:
Ø des partis qui ont accepté de participer au gouvernement (Ettajdid (ex-PC), PDP (réformistes)),
Ø d’autres, qui hésitent et qui ne prennent pas des positions claires et tranchées (FDTL (social-démocrate, membre de l’internationale socialiste) – Ennahdha (les islamistes));
Ø enfin ceux qui constituent l’actuel Front.
Ce dernier a rappelé à la conférence qu’il garde toujours la porte ouverte à d'autres composantes pour autant qu'elles acceptent la plateforme politique élaborée et en particulier la rupture avec le gouvernement actuel qu’ils considèrent comme un gouvernement de la continuité et aussi de l’ingérence.
Autre point invoqué: l'ingérence de l’impérialisme américain et notamment de l’émissaire des Etats-Unis, Feltman. Ce dernier a concocté la composition du dernier gouvernement et a donné son aval pour la participation de technocrates formés et acquis aux thèses libérales et à la finance mondialisée.
Les dernières interventions de la salle sont venues de jeunes actifs dans les comités populaires dans les villes du Centre, interventions largement applaudies. Leurs demandes ont porté sur l’importance d’une coordination nationale et sur le maintien de ses structures pour remplacer le système politique de l’ancien régime.
Certains villages et petites villes ont vu une « prise de pouvoir » - souvent temporaires mais parfois aussi encore en cours aujourd’hui - par ces comités populaires. Plus de sous-préfet, plus de bureau de police, plus de chôba (les locaux du RCD). Sur cette note d’espoir et sur l’engagement de poursuivre la construction et l’élargissement des structures du Front s’est clôturée la conférence de presse.
« Lorsqu’un jour, le peuple aspire à vivre
Le destin se doit de répondre
Les ténèbres se dissiperont
Et les chaînes se briseront ! »
(Extrait de l’hymne national tunisien entonné à la fin de la conférence)
(1) Texte original : http://www.ptb.be/nieuws/artikel/en-direct-de-tunisie-le-front-du-14-janvier-veut-convoquer-un-congres-national-pour-la-defense-de.html
LES PARTIS POLITIQUES D’OPPOSITION EN TUNISIE
Selon le Parti du Travail de Belgique
Prenant en compte le fait que les élections en Tunisie se déroulaient selon des résultats décidés au ministère de l'intérieur, sans aucune transparence, ce qui rend très difficile de mesure l'implantation réelle des courants politiques.
Partis agréés par le pouvoir de Ben Ali, représentés au Parlement
● Le Mouvement des démocrates socialistes (MDS): Après avoir été une vraie force d’opposition, le MDS a été récupéré par le régime. Il fait partie de l’opposition de "décor", qui a permis au président Ben Ali, tout au long de ces 23 dernières années, de faire valoir à l’Occident que la Tunisie vivait sous le multipartisme.
● Le Mouvement Ettajdid (« ex-communiste ») : Il a évolué au fil des années, renonçant à son nom et à son identité communiste après la disparition de l'URSS au nom de « la modernité », prônée à sa façon aussi par Ben Ali qui a d'abord réprimé en son nom les communistes puis les islamistes. Ettajdid a fini depuis quelques années par faire partie de « l’opposition » légèrement plus critique envers le président Ben Ali. En représailles, le régime ne lui a accordé qu’une poignée de sièges au Parlement. Il devrait faire partie du nouveau gouvernement. Parti se définissant comme moderniste, laïc et socialiste ...En fait social-libéral et anti-islamique.
● L’Union démocratique unioniste : qui fait également partie de l'opposition d’opérette. Il dispose d’une dizaine de sièges à la Chambre des députés.
● Le Parti de l’unité populaire : c'est le même cas de figure. Il ne représente rien, mais en récompense de ses loyaux services, il a quelques
Partis agréés par le pouvoir, mais non représentés au Parlement
(dont le rôle était de démontrer le pluralisme existant en Tunisie mais qui étaient jugés encore pas assez soumis pour recevoir des sièges au parlement)
- Le Parti démocratique progressiste (PDP) : actuellement dirigé par une femme, Maya Jribi. Le PDP a été fondé par Néjib Chebbi, figure historique de la "vraie" opposition. Cet avocat devrait entrer dans le nouveau gouvernement. Son parti a été agréé, mais a toujours été empêché d’avoir des députés à la Chambre des représentants.
-
- Le Forum démocratique pour le travail et les libertés (FDTL) : du docteur Mustapha Ben Jaafar, autre personnalité venue de la véritable opposition, est dans le même cas de figure. Ce parti a réussi à se faire agréer après treize années d’attente mais n’a jamais pu, lui non plus, avoir de députés. Ben Jaafar devrait entrer lui aussi au gouvernement.
Autres partis de la "vraie" opposition, donc non agréés par le régime Ben Ali
• Le Parti communiste des ouvriers de Tunisie (PCOT) : dirigé par Hamma Hammami et plusieurs fois arrêtés et dont la mise en résidence surveillée après sa libération vient d'être levée. Il est l'époux de Radhia Nasraoui, célèbre avocate et militante des droits de l’homme et de la lutte contre la torture. Il n'est pas prévu de le consulter pour former le nouveau gouvernement. Durement réprimé mais a gardé des militants.
• Le Parti du Travail patriotique et démocratique (PTPD) : autre parti communiste qui fait partie d'un front appelé « Alliance pour la Citoyenneté et l'Égalité » comprenant notamment le Forum démocratique pour le Travail et la Liberté et le Mouvement pour le Renouveau (Ettajdid)
• Le Congrès pour la République : de Moncef Marzouki, médecin exilé en France depuis dix ans, et prévoyant de rentrer en Tunisie mardi 18 janvier. Démocrate modéré, attaché aux droits de l'homme. Favorable à un dialogue avec toutes les forces d'opposition sortant de l'illégalité sans exclusive, bien que rejetant à la fois les idéologies communiste et islamiste.
• Ennadha (Renaissance) : le parti islamiste de Rached Ghannouchi, exilé à Londres depuis 1989. Il devrait rentrer au pays très rapidement. Persécutés par Ben Ali, ses partisans sont encore assez nombreux, bien qu'il soit impossible de les recenser pour le moment. Favorable à une démocratie islamique basée sur le système de la choura (consultation populaire) et l'opposition à l'économie usuraire.
http://www.ptb.be/nieuws/dossiers/dossier-tunesie/de-politieke-oppositie-in-tunesie.html
Texte du 20 janvier 2011 (reçu par mail)
Texte fondateur du front du 14 janvier
Affirmant notre engagement dans la révolution de notre peuple qui a combattu pour son droit à la liberté et à la dignité nationale et a fait de grands sacrifices dont des dizaines de martyrs et des milliers de blessés et de détenus, et afin d'achever la victoire contre les ennemis intérieurs et extérieurs et de s'opposer aux tentatives avortées pour écraser ces sacrifices, s'est constitué « le Front du 14 Janvier » comme un cadre politique qui s'emploiera à faire avancer la révolution de notre peuple vers la réalisation de ses objectifs et de s'opposer aux forces de la contre-révolution.
Ce cadre comprend les partis, les forces et organisations nationales progressistes et démocratiques.
Les tâches urgentes de ce Front sont:
-
Faire tomber le gouvernement actuel de Ghannouchi ou tout gouvernement qui comprendrait des symboles de l'ancien régime, qui a appliqué une politique antinationale et antipopulaire et a servi les intérêts du président déchu.
- La dissolution du RCD et la confiscation de son siège, de ses biens, avoirs et fonds financiers étant donné qu'ils appartiennent au peuple.
- La formation d'un gouvernement intérimaire qui jouisse de la confiance du peuple et des forces progressistes militantes politiques, associatives, syndicales et de la jeunesse.
- La dissolution de la Chambre des Représentants et du Sénat, de tous les organes fictifs actuels et du Conseil supérieur de la magistrature et le démantèlement de la structure politique de l'ancien régime et la préparation des élections à une assemblée constituante dans un délai maximum d'un an afin de formuler une nouvelle constitution démocratique et fonder un nouveau système juridique pour encadrer la vie publique qui garantit les droits politiques, économiques et culturels du peuple.
- Dissolution de la police politique et l'adoption d'une nouvelle politique de sécurité fondée sur le respect des droits de l'homme et la supériorité de la loi.
- Le jugement de tous ceux qui sont coupables de vol des deniers du peuple, de ceux qui ont commis des crimes à son encontre comme la répression, l'emprisonnement, la torture et l'humiliation – de la prise de décision à l'exécution – et enfin de tous ceux qui sont convaincus de corruption et de détournement de biens publics.
-
L'expropriation de l'ancienne famille régnante et de leurs proches et associés et de tous les fonctionnaires qui ont utilisé leur position pour s'enrichir aux
dépens du peuple.
- La création d'emplois pour les chômeurs et des mesures urgentes pour accorder une indemnisation de chômage, une plus grande couverture sociale et l'amélioration du pouvoir d'achat pour les salariés.
- la construction d'une économie nationale au service du peuple où les secteurs vitaux et stratégiques sont sous la supervision de l'État et la re-nationalisation des institutions qui ont été privatisées et la formulation d'une politique économique et sociale qui rompt avec l'approche libérale capitaliste.
- La garantie des libertés publiques et individuelles, en particulier la liberté de manifester et de s'organiser, la liberté d'expression, de la presse, de l'information et de pensée ; la libération des détenus et la promulgation d'une loi d'amnistie.
- Le Front salue le soutien des masses populaires et des forces progressistes dans le monde arabe et dans le monde entier à la révolution en Tunisie, et les invite à poursuivre leur appui par tous les moyens possibles.
- La résistance à la normalisation avec l'entité sioniste et sa pénalisation et le soutien aux mouvements de libération nationale dans le monde arabe et dans le monde entier.
- Le Front appelle toutes les masses populaires et les forces nationalistes et progressistes à poursuivre la mobilisation et la lutte sous toutes les formes de protestation légitime, en particulier dans la rue jusqu'à l'obtention des objectifs proposés.
- Le Front salue tous les comités, les associations et les formes d'auto-organisation populaire et les invite à élargir leur cercle d'intervention à tout ce qui concerne la conduite des affaires publiques et les divers aspects de la vie quotidienne.
Gloire aux martyrs de l'Intifada et Victoire aux masses révolutionnaires de notre peuple.
Tunisie, le 20 Janvier 2011
L
igue de la gauche travailliste
Mouvement des Unionistes Nassériens
Mouvement des Patriotes Démocrates
Les Patriotes Démocrates (Al-Watad)
Courant Baasiste
Gauche Indépendante
PCOT (Parti Communiste des Ouvriers de Tunisie)
PTPD (Parti du Travail Patriotique et Démocratique)
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