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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

l'anarchie du capitalisme

10 Mai 2007 , Rédigé par ARAM Publié dans #Théorie Communiste

 

L’anarchie du système capitaliste

 

Il ne se passe pas une semaine sans que la presse bourgeoise se fasse l’écho des préoccupations des banquiers et des actionnaires en général, devant ce qu’ils appellent les « raids » des fonds d’investissements ou des « hedges fund ». Cela pourrait paraître banal à l’observateur avisé si ce n’est que ces fonds, comme le note La Tribune du 21 mars, font la loi dans la finance et agissent en particulier dans le cadre des fusions d’entreprises. 

 RCPC se doit d’éclairer les communistes sur l’évolution du capitalisme, dans son ensemble, aussi bien financier qu’industriel. La tendance actuelle est aux concentrations rapides dans tous les secteurs avec leur cortège de licenciements et de casse d’entreprises jugées non performantes. 

 L’anarchie de la production capitaliste et ses désastres ont atteint une telle ampleur qu’il devient nécessaire de mettre l’analyse marxiste au service du prolétariat pour mieux appréhender toutes les facettes de ce système monstrueux.  

 

L’argent comme moyen de perpétuer la propriété capitaliste  

 

La propriété capitaliste se divise en deux grandes entités : le capital industriel et le capital financier. Ils sont dépendants l’un de l’autre. La concentration croissante des moyens de production trouve son reflet dans le développement de la finance. Le capitaliste industriel, pour survivre, concentre ses capitaux afin de pouvoir  investir des sommes gigantesques dans l’innovation ou l’achat de technologies modernes. Il emprunte, s’endette et contracte de nouveaux crédits qu’il peut ou non rembourser. Ce système fondé sur la propriété privée fait des prolétaires, des êtres « échangeables », vendant leur force de travail au plus offrant. Le travail que s’octroie le capitaliste est la principale valeur dont il s’assure pour mieux dominer le prolétariat. Cette valeur (la plus-value) n’est socialisée qu’après la vente. Le capitaliste vit donc dans un inconnu permanent, soumis aux aléas du marché, à la concurrence qui peut l’entraîner vers sa disparition. L’argent du banquier provient de l’extraction de la plus-value (le surtravail non payé) que le capitaliste actif (par opposition au rentier, actionnaire, capitaliste passif) lui a procuré en exploitant les travailleurs. Mais aujourd’hui, le chômage devenu massif en diminue considérablement la part qui ne peut se transformer, dans le cycle de la production, en capital additionnel nécessaire à la survie de l’entreprise. 

 Le capital productif, dans le capital financier, ne représente pas le tiers des fonds spéculatifs qui se valorisent en Bourse. 

 Le capital financier s’autonomise par rapport aux marchandises car sa valeur s’accroît d’elle-même dans les échanges. Il est capital car il porte intérêt (la thésaurisation ne créé rien). 

 L’argent ne se pose comme valeur que dans la transaction. Aussi, pour être rentables, les fonds d’investissement, qui sont des prêts consentis aux entreprises, sont contractés à court ou moyen terme (entre 8 et 12 ans). Les banques et les sociétés spécialisées dans les rachats d’actions contribuent au surendettement des entreprises « en vendant avant les échéances les cessions d’actifs nécessaires à l’expansion des entreprises » (D. Nouvellet dans La Tribune du 27 février 2007). 

 Les portefeuilles « tournent » en Bourse ce qui implique des ventes et des achats d’entreprises sur de courtes durées et, sous l’effet de montages financiers, leurs valeurs se trouvent démultipliées (les titres de propriété, actions et obligations, gonflent la masse d’argent en circulation). Ce sont les fameuses bulles financières comme celle de l’immobilier aux USA qui freine le cycle de l’accumulation capitaliste (le FMI révise sa prévision de croissance américaine à 2,2% d’après le Financial Times Deutschland du 6 avril ce qui est bien inférieur à la zone euro). Ces monceaux d’argent fictif précipitent les entreprises dans la banqueroute finale. Les Etats sont alors chargés de faire payer au prolétariat la crise financière et monétaire qui en découle (l’augmentation des taux d’intérêts ainsi que la chute du dollar accélère la fermeture d’entreprises jugées « non compétitives »). Ils prennent en charge la valorisation du capital en transférant le produit du prélèvement des richesses sociales (l’impôt) vers le capital. En siphonnant les revenus du travail, grâce à l’impôts et aux taxes qui touchent les plus pauvres (TVA…), l’Etat transfere  des capitaux qui vont alimenter de nouvelles spéculations et de nouvelles concentrations. La dette publique française engendrée par les transferts de capitaux vers les entreprises et le paiement du « traitement social » qui en découle atteint 66% du PIB. C’est ce que les idéologues  appellent « concilier l’intérêt de souscripteurs et l’intérêt général » (1). 

 Ainsi, au prix d’une dégradation rapide des conditions de vie du prolétariat, l’intérêt général, de la bourgeoisie, est préservé et ce malgré les vociférations de certains capitalistes privés qui acceptent difficilement de payer pour les autres. L’essentiel étant de reproduire les conditions d’exploitations les plus favorables au capital. La surproduction de marchandises et de capitaux financiers entraîne une sous-consommation des producteurs dont le revenu s’amoindrit considérablement. 

 C’est dans ces rapports sociaux de domination du capital et de dépossession des prolétaires que se situe la crise du système.  

 

Quels sont ces financiers qui gèrent le marché ?  

 

  Le « capital-risque » finance la création d’entreprises. Ce capital-développement agit en lieu et place des banques et de la Bourse (ex : Wendel Investissement). 

 Le capital –investissement pratique des opérations de LBO (leverage buy out) c’est-à dire qu’il a recours à l’endettement. Ces sociétés prennent des risques avec …l’argent des autres ! Elles n’investissent qu’une part minime de leurs fonds propres. Et c’est bien la logique du système de faire payer aux autres les concentrations opérées. 

  Le Monde du 27 mars présentent les sociétés de « capital-investissement » comme « des acteurs majeurs de l’économie française » car ils détiennent 1500 entreprises en France. Ils réalisent des « économies » aux entreprises qu’ils gouvernent, en envoyant à la casse des entreprises comme Aubade, Arena, Well ou Dim. Ils se jettent sur le patrimoine immobilier pour des rendements qui peuvent atteindre15 à 16% voire 20 à 25% pour les plus performants.

 Les « hedges fund » ou fonds spéculatifs, le plus souvent minoritaires dans la gestion rachètent les dettes des entreprises en profitant des prix bas et spéculent sur les redressements pour revendre après plus-value. 

Mais dans le même temps le secteur industriel stagne, son taux de profit régresse du fait des pertes d’emplois dues aux délocalisations et à l’externalisation de la production (2).  

 

Les racines de l’anarchie capitaliste et de l’argent  

 

Marx a mis en évidence le fait que l’argent existe et s’autonomise parce que les hommes ne maîtrisent pas les conditions sociales, collectives, de toutes leurs productions (produits, besoins culturelles, scientifiques, artistiques, productions de leur vie, de leur communauté). 

L’existence de la propriété privée sépare les individus, ce qui fait qu’au lieu de produire collectivement, en assumant consciemment la socialisation de la production et de la consommation, qu’au lieu de se répartir le travail suivant un plan établi en commun et d’échanger ainsi directement leurs travaux, ils ne peuvent procéder à cet échange qu’après coup. 

  L’argent est devenu la forme valeur de l’échange qui est déterminée par les marchandises. L’argent, comme étalon, unité commune aux marchandises, simple signe de valeur à l’origine devient extérieure aux marchandises puisqu’elle se crée sans elles dans le capital financier. 

 « La domination des rapports entre les marchandises sur les rapports sociaux devient domination des mouvements de l’argent, de ses rapports avec lui-même dans le taux d’intérêt, bref, c’est le fétichisme accompli » (TomThomas – l’hégémonie du capital financier et sa critique – ed. Albatroz). 

 De là l’entrée en scène des partis de gauche et d’extrême gauche qui, dans leur critique du capital financier, se gardent bien de remettre en cause le fonctionnement inhumain du capital et qui en appellent à un contrôle renforcé de l’Etat. 

 Celui-ci accroît sa bureaucratie pour compenser les destructions et le chaos occasionnés par la concentration capitaliste. 

 Il n’y a pas de bon capitalisme (le productif) et de mauvais (le rentier) comme se plaît à le dire ATTAC. Il y a un système qui dépossède les individus de la propriété de la production de leur vie. Cette société axée sur l’argent ne s’effondrera pas d’elle-même. Elle mourra sous les coups de la lutte de classe. C’est toute une transformation des rapports sociaux à l’échelle planétaire, l’appropriation par les travailleurs de leur travail, le changement des rapports de propriété par la révolution politique puis sociale qui seront déterminants.  

 

Pierre Lehoux – avril 2007  

 

(1) La dette a été multiplié par cinq en 20 ans et frôlera les 1200 milliards d’euros. Chaque ménage supporte 4100 euros de dette publique (le double de celle qu’il contracte à titre privé). 

 

(2) 20500 postes ont disparu au dernier trimestre 2006.

 

 

 

 

 

 

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