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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Briser le pouvoir bourgeois pour changer le travail

4 Octobre 2009 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Théorie Communiste

L’éveil d’une conscience

de classe

 

Les travailleurs touchés par les licenciements prennent conscience depuis quelques mois et ce de manière très rapide, de la nécessité de se regrouper (naissance de collectifs comme celui de Lyon, qui appellent à des rassemblements) pour faire face à la fois à leurs patrons, aux directions syndicales qui collaborent avec le capital mais aussi à l’Etat dont ils comprennent mieux que sa défense de « l’intérêt général » passe par celui du capital en général (« Argent public pour soutenir les banques, argent public pour sécuriser le dividende des actionnaires ; cadeaux pour les « traders », patrons blanchis et amnistiés, voilà le vécu de nos dirigeants et du patronat ». extrait du tract CGT des fédérations de la métallurgie, de la chimie et du verre et de la céramique).

Il y a, dans certains secteurs productifs liés à l’automobile, le début d’une remise en cause des explications réformistes en vigueur jusqu’à présent. (« Nous, salariés d’entreprises qui sont ou seront licenciés, chômeurs ou en passe de l’être, révoltés par l’injustice qui nous est faite et par l’absence de morale de nos patrons comme de nos dirigeants politiques, nous devons  nous rassembler pour agir. » CGT Mac Cormick de Saint-Dizier).

Cette crise a cela de bon qu’elle dénude un peu plus les racines de l’exploitation car ses agents actifs (qu’ils soient privés ou public) l’accentuent de manière de plus en plus visible, de plus en plus violemment, l’écran de fumée « démocratique » et électoraliste, se dissipant au gré du vent de l’abstention et des votes contestataires.

C’est donc aussi le rôle d’organisateur de l’Etat, préservant la société inégalitaire qui apparaît  beaucoup plus nettement. Sa violence de classe fait chaque jour de nouvelles victimes chez les prolétaires, parce qu’il use largement de ses forces répressives judiciaires et policières et tente de freiner la résistance ouvrière et de remettre de « l’ordre » dans le procès de la valorisation du capital (ses multiples lois qui répriment les sans-papiers et les salariés qui refusent les fermetures d’usines).

Les travailleurs en lutte perçoivent  la crise comme une faillite de l’ensemble du système («  La moissonneuse-batteuse du capitalisme en faillite nous fauche comme du blé : licenciements partiels ou fermetures totales, mis en chômage partiel, pressions pour accepter la baisse des salaires » (extrait d’un tract de la CGT Mac Cormick de Saint-Dizier).

La plupart des syndicats qui entrent en contradiction avec leur confédération CGT expriment  plus fortement la colère de leur base (l’éveil d’une conscience de classe) mais d’abord la volonté d’unir tous les secteurs touchés par les restructurations. Les cibles visées sont « l’économie » capitaliste jugée anarchique avec le constat que « les résultats financiers des grands groupes sont loin de la situation catastrophique annoncée par les dirigeants et le gouvernement. », les syndicats et le gouvernement : « Face à la gravité de la situation sociale et aux licenciements, face au culot et au mépris du gouvernement et de la classe politique, il faut une réaction puissante et massive.

Ce n’est pas avec quelques manifestations  ponctuelles que nous aurons une chance de les faire fléchir, mais bien en recherchant le blocage général » (id).

 

Les limites de l’action

revendicative

 

Mais l’analyse des causes de cette dégradation de l’emploi n’est toujours pas une analyse de classe .Elle ne serait due qu’à une mauvaise gestion  de l’économie : « Alors qu’il est désormais incontestable que l’économie est liée à la  consommation des ménages, au pouvoir d’achat des salariés, à la politique salariale, le gouvernement a refusé d’augmenter le SMIC et poursuit dans l’impasse de distribution de fonds publics sans contrôle vers les employeurs… » (CGT nationale).

C’est toujours la même rengaine, l’argent doit devenir « utile » et revenir aux travailleurs, pas au capital.

On ne peut rien comprendre au chômage (encore moins expliquer les causes) si l’on ne part pas de ce qui est LA condition de la mise en œuvre du travail (salarié nécessairement) par le capital.

Le travail qui disparaît c’est du travail producteur de plus-value. Il s’agit de savoir pourquoi le salariat se réduit autant en même temps qu’il y a impossibilité pour le capitalisme de développer d’autres types de travail, d’où le chômage.

 

Pourquoi le travail salarié

disparaît-il ?

 

Lorsqu’on entend un patron déclarer: « «Nous sommes fermes sur le point que nous devons finaliser la restructuration engagée en octobre 2008 du secteur automobile de Molex (1). Nous ne voyons pas d'autre alternative que de fermer le site de Villemur» ( Marcus Kerriou, vice-président des ressources humaines de Molex  Europe) on a l’exemple même d’une délocalisation qui supprime du travail qualifié, scientifique et moderne car il s’agit avant tout pour le capital « d’économiser » du travail. Pour le capitaliste : « le site de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne),  n’est pas, en tant que tel, viable sur le plan économique ?

En effet, le capital considère le travail comme une valeur d’échange (marchandise qui coûte la quantité de travail nécessaire à sa production), quand il l’achète et comme valeur d’usage quand il l’utilise. Dans la tête du capitaliste (et dans ses comptes) le travail utile est réduit à une quantité, un temps de travail productif. Le capital étant le seul maître des moyens de productions, il n’embauche que s’il espère dégager de la plus-value supplémentaire qui se concrétisera en profit (si la marchandise se vend normalement).

Par ailleurs, il ne développe la recherche scientifique (qui est un coût pour le capital en général, financé en grande partie par l’Etat) que si elle peut lui permettre d’augmenter la plus-value. Mais ce qui en limite le développement c’est que le travail scientifique n’est pas directement productif. Il est impossible de le socialiser (de le quantifier au même titre que le travail de l’ouvrier). Alors que dans une société socialiste il serait une composante essentielle du travail libre et riche.

 Les idéologues de la bourgeoisie ne l’ignorent pas mais ils refusent de voir que c’est le travail vivant (et non le capital accumulé dans les machines) qui est la seule source de profit et voient encore moins que le capital engendre lui-même, et malgré lui, la disparition de ce travail là.

Phénomène paradoxal et suicidaire, l’augmentation de la productivité (du nombre de marchandises produites dans un temps de travail donné) du fait des technologies modernes (l’automatisation et la mécanisation) est à la fois tout le génie du capital et sa perte.

Le développement du machinisme (l’augmentation du capital fixe – les installations et les machines) diminue le coût salarial (le prix de la force de travail). Une plus grande richesse sociale est produite mais le salaire du travailleur diminue proportionnellement (2). De nouvelles machines ne sont mises en œuvre que si elles économisent plus de travail qu’elles n’en ont absorbé pour être construites, toujours dans le but d’augmenter la plus-value.

La concurrence féroce que se livrent les grands groupes permet l’élimination des plus faibles (voir les primes à l’achat de voiture des grandes marques soutenues par l’Etat qui puise dans nos poches pour mieux engraisser les constructeurs ou les sauver de la débâcle qu’engendre la sous-consommation).

On sait, à ce sujet que l’élargissement de la production automobile (et la surproduction qui est le principal facteur de la crise), en particulier, se heurte inéluctablement à la diminution de la consommation.

Maurad Rabhi, secrétaire de la CGT, déclare, lors d’un entretien avec un grand patron du MEDEF (3), « Pour conforter l’emploi, il faut relancer la consommation qui constitue le principal moteur de la croissance. Il est donc urgent d’augmenter les salaires. » Passons sur sa méconnaissance des mécanismes décrits plus haut et sur son approbation de « la croissance » qui n’est rien d’autre que celle du taux d’exploitation mais même si cette mesure peut paraître plus juste socialement cela ne change rien à la consommation globale.

 Pour parer au blocage de l’accumulation du capital, celui-ci élargit son potentiel grâce à son extension mondiale et à celle de la dette publique et du crédit (on en voit les effets dévastateurs- les crises et les guerres qui permettent de relancer le processus de la valorisation).

Il y aura de moins en moins de salariés donc de consommateurs.

 

La tendance lourde de ce siècle c’est « la disparition du travail ».

 

C’est un certain type de travail qui disparaît (travail manuel et exécution) mais ce qui caractérise le capital c’est qu’il pose le surtravail comme condition du travail nécessaire au lieu que dans une société maîtrisée par ses membres, il serait posé en fonction des besoins d’investissements et de protection sociale. « Le capital est contradiction en acte : il tend à réduire au minimum le temps de travail tout en en faisant l’unique source de la richesse. »(K.Marx, Grundrisse).

On ne peut donc expliquer exclusivement  le chômage par les délocalisations des industries vers les pays à bas salaires. Les travailleurs sont dépouillés de leur savoir-faire, de la maîtrise de leur temps, de leur travail et de leurs qualités. Le pôle capitaliste a enrôlé les sciences pour augmenter la productivité et forcer l’ouvrier au sur-travail. D’où l’intérêt que représentent, pour le capital, les formules nouvelles de la précarité- flexibilité, du travail à temps partiel (le chômage partiel) où l’Etat valorise par l’impôt le capital des entreprises (4).

Dans une société où tout se mesure par l’argent, il n’y a que ce critère pour juger des rapports entre les hommes et donc leurs propres activités. Tout n’est que quantité de travail et, propriété du capital, tout n’est que valeur d’échange, qui disparaît avec lui.

Dans ces conditions, l’étroitesse de ces rapports de productions (l’adaptation de l’homme à la machine pour que le capital n’achète rien qu’il ne puisse valoriser immédiatement –y compris le salarié), loin de satisfaire tous les besoins humains engendre plutôt les révoltes, voire des révolutions qui entraîneront de profondes modifications dans le travail jusqu’à la disparition du salariat.

 

Le rôle des communistes dans la disparition du travail contraint.

 

On devrait se féliciter que les machines soient de plus en plus efficaces et remplacent les hommes dans leurs travaux pénibles, répétitifs et contraignants. Elles devraient permettre aux hommes de se consacrer à des travaux librement choisis, d’ordre intellectuel (par exemple le travail scientifique qui n’a pas d’autres bornes que les infinis). Mais « l’Economie » capitaliste implique que les machines doivent être « payées » car elles ne sont pas seulement des machines mais du capital fixe qui doit croître en même temps que croît le profit.

Tous les secteurs, qu’ils soient industriels ou tertiaires sont touchés par l’augmentation de la productivité et par le développement de l’automatisation (métros sans conducteurs, supermarchés sans caissières, banques sans guichets…).

 Cela montre aussi la difficulté où en est arrivé le capital pour produire de la plus-value au point que même les conditions les plus basses lui paraissent encore trop lourdes à supporter.

On peut imaginer que cette productivité qui engendrent les horreurs, les nuisances et les destructions sous la domination capitaliste pourrait, si les individus en étaient libérées, assurer la domination des individus sur la nature (supprimer la faim, le travail abrutissant) car agissant suivant des buts déterminés et conscients.

Le travail riche, libre, en découle et le  partage de ce qui reste de travail répugnant serait une caractéristique de la période révolutionnaire. La plus-value serait alors propriété des producteurs qui décideraient de sa quantité, de son usage et de ce qu’ils veulent produire en fonction de leurs besoins.

Cette appropriation n’est possible que s’ils ont la propriété et la maîtrise des sciences et des techniques, principale force productive moderne.

Que ne feraient des millions de cerveaux hautement éduqués, au lieu de quelques uns bornés par le service du capitalisme ?

Les conditions matérielles de cette révolution existent pleinement (5). L’universalité du savoir permet la libération de la domination du travail contraint et répugnant et donc la maîtrise par tous des conditions de la production. Le travail est riche s’il est développement des facultés humaines les plus élevées, s’il met en rapport les arts et les techniques, la recherche et son application, l’enseigné et l’enseignant…une spécialisation trop poussée étant finalement, non pas maîtrise de la vie mais déformation de la conscience (il n’y a pas de conscience sans sciences – « sciences sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais).

Il « suffit », pour que la perspective devienne réalité, de renverser le pouvoir politique bourgeois afin d’enclencher la disparition du rapport capitaliste d’appropriation et de la division du travail entre puissances intellectuelles et exécutants.

La lutte des prolétaires pour leurs besoins et le recul des apparences  dans la société capitaliste (la démocratie bourgeoise, le salariat, la valeur d’échange…) du fait de la crise actuelle, entraînent le besoin de théorie, de connaissance de ce système qui les détruit.

Seule la fraction minoritaire de la classe ouvrière qui possède cette conscience juste et qui « structure les prolétaires en classe organisée collectivement » (6)  prépare la révolution communiste.

C’est l’objectif que nous poursuivons et qui est notre raison d’être.


Association des Amis du

Manifeste – septembre 2009

 

 

 (1)  Le groupe américain Molex Inc., contrôlé à 60 % par des fonds de pension, rachète Cinch pour 27 millions. Dans l’opération, il se retrouve d’emblée gagnant sur tous les tableaux. Tout d’abord, la division automobile européenne de Molex, alors dans le rouge, voit son chiffre d’affaires passer de 4 % à 8 % grâce au rachat, et se retrouve d’un coup bénéficiaire. Du plus, l’entreprise américaine s’implante dans le marché en récupérant les commandes de PSA, principal client du site de Villemur-sur-Tarn. Enfin, Molex accède à une technologie qui lui faisait jusqu’ici défaut.

Dès 2007, le groupe a commencé à transférer aux États-Unis les outillages et savoir-faire. Mais deux éléments laissent à penser que la fermeture du site aurait en fait été ourdie dès le rachat en 2004. Premièrement, Molex a négocié avec la SNECMA, au moment du rachat, la fermeture d’une « chaîne de traitement de surface », pourtant très performante. Deuxièmement, le groupe n’a jamais voulu racheter les locaux, qu’il se contente de louer. En octobre 2008, le transfert des savoir-faire achevé, Molex passe à la casse. Le groupe annonce la fermeture de l’entreprise, qui avait engrangé 1,2 million de bénéfices pour 2008 et 500 000 euros pour le premier trimestre 2009. La direction se justifie en annonçant que le site ne sera probablement pas rentable à l’exercice 2009. Le groupe parle alors de délocaliser la production en Slovaquie. En janvier Molex change son fusil d’épaule : les sites slovaque et allemand seront également fermés et toute la production européenne sera délocalisée aux États-Unis et en Chine

(source : l’Humanité du 26 août 2009).

 

(2)         la quantité de travail (mesurée par le temps) qu’il a fourni à la société a, peut-être diminué de moitié en un siècle, mais il reçoit en retour une part encore bien moindre de la richesse produite.

 

(3)         cf. « la CGT ensemble de septembre 2009

 

 

(4)         Il prélève une part plus grande de la richesse sociale, produite par le travail et qui retourne aux capitalistes subventionnés pour qui le coût salarial est ainsi abaissé.

 

(5)        Le révisionnisme stalinien faisait du seul développement de forces mécaniques, le moyen automatique de cette transformation. Ce qui lui évitait d’avoir à remettre en cause l’essentiel, la suppression de la division sociale du travail et des classes, la propriété étatique étant supposée, comble d’absurdité, être la propriété « du peuple tout entier ».

 

(6)         (Tom Thomas – les communistes et le travail théorique aujourd’hui, ed. Contradictions)

 

 

 

 

 

 

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