L’Assemblée Générale du 7 février à Marseille :le point de vue de JM Armani (président de l’AAM)
La réunion a eu lieu dans la salle associative « Mille-babords » louée pour l’occasion, à Marseille. 6 camarades de RC étaient présents ainsi que 3 camarades de
l’OCML-VP.
Le but de cette réunion était de soumettre le rapport d’activité de l’AAM au vote des militants ainsi que de discuter de notre rapprochement avec l’OCML-VP. Nous devions également voter sur ce point là.
Le rapport d’activité étant consistant, il nous était malheureusement impossible de le relire pendant la réunion. La venue en force de nos camarades de VP (Voie Prolétarienne) avec 3 représentants a quelque peu chamboulé l’ordre du jour.
Sur ce point il faut avouer que nous n’avons pas assez réfléchi à l’opportunité d’avoir des invités mêlés à notre discussion. D’autant plus qu’au départ ne devait venir qu’un membre de l’OCML-VP.
En fait, certains d’entre nous ne connaissant pas ou très peu cette organisation, il leur était difficile de juger de l’opportunité d’un rapprochement. D’où l’intérêt d’avoir un représentant avec lequel discuter. Cependant lorsque vous abordez une discussion importante qui risque d’amener votre propre organisation à se transformer ou à prendre un virage radical, vous avez besoin de tout mettre sur la table, et de poser les questions qui fâchent, afin d’être certain de ne pas avoir de mauvaises surprises par la suite.
Et bien évidemment dans notre cas, le fait que 3 camarades de VP soient parmi nous nous a contenu dans une certaine réserve et ne nous a pas permis d’aller au bout du sujet (chose qui fut quelque peu rattrapée lors du repas qui suivit la réunion et où nous ne fûmes cette fois qu’entre militants de RC).
Donc nous nous sommes concentrés exclusivement à la discussion avec les militants de VP.
Ces échanges, par ailleurs très intéressants, montrent qu’il n’est pas facile de trouver des positions communes, même entre organisations censées être très proches.
L’OCML-VP se positionne, à l’instar de Regroupement Communiste, comme une organisation se réclamant du marxisme-léninisme. Cependant à la différence de RC, elle se dit également maoïste.
C’est sur ce point nous avons essentiellement discuté. Pourquoi maoïste ?
Je suis d’accord pour le rapprochement, l’union voire la fusion avec des organisations politiquement proches de nous. On ne peut pas rester indéfiniment entre quelques militants à attendre que les autres nous rejoignent. On s’épuise.
Mais pour moi cette alliance ne doit se faire en aucun cas au détriment d’une baisse du contenu politique et du niveau de « conscience ». On doit s’unir avec des mouvements qui nous poussent, pas qui nous font reculer.
Regroupement Communiste se base sur les théories de Marx et Engels et développées par Lénine pour édifier sa pensée. Il ne se dit ni trotskiste, ni maoïste, ni guévariste, ni zapatiste, ou quoi que ce soit d’autre… Il se dit communiste.
Bien sûr, les expériences passées nous apportent un enseignement pour l’avenir. Il faut être capable de retirer de l’histoire des mouvements révolutionnaires tout ce qui nous permettra d’avancer et de ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Mais pour cela il ne faut pas se revendiquer aveuglément de tel ou tel courant. Il faut être capable de critiquer les limites de la stratégie que l’on suit pour pouvoir la dépasser. Il faut se méfier de tous les dogmatismes, qui vous emmènent à défendre des positions absurdes.
C’est le problème que j’ai soulevé avec nos camarades de l’OCML-VP au sujet du maoïsme dont ils se réclament. J’ai pris pour exemple la guérilla maoïste népalaise qu’ils soutiennent inconditionnellement.
Ayant relu plusieurs numéros de Partisan (la revue de l’OCML-VP) de ces dernières années, je me suis aperçu que quelles que soient les décisions prises par la guérilla, l’OCML-VP les soutenaient. Ainsi, lorsque les révolutionnaires népalais au bout de 10 ans de lutte, signèrent les accords de paix de novembre 2006 sous l’égide de l’ONU, qu’ils déposèrent les armes, qu’ils acceptèrent l’unification des 2 armées (royaliste et révolutionnaire), qu’ils participèrent au parlement intérimaire avec les 7 autres partis d’opposition, qu’ils décidèrent de dissoudre les gouvernements et tribunaux populaires… L’OCML-VP ne trouve rien à y redire.
Le PCN-M (Parti Communiste Népalais Maoïste) était pourtant maître de la majorité du pays et en position de force. Fidèle à la doctrine maoïste, il encerclait les villes et aurait pu aisément prendre le pouvoir.
Au lieu de cela, il se contenta de remplir son objectif principal : la fin de la monarchie et l’établissement d’une république.
Pour moi cette position est incompréhensible sinon du point de vue de la faiblesse des positions politiques. Pourquoi ne pas avoir renversé le roi et institué un système socialiste dans la foulée?
Les arguments de l’OCML-VP étaient de dire qu’il faut faire confiance au peuple, que chaque révolution a ses particularités et que la théorie marxiste préconise l’analyse concrète de la situation.
J’ai rétorqué que le peuple était loin d’être infaillible et que c’est le parti communiste qui formait son avant-garde consciente. Tout ce qui s’était négocié lors de ces accords de paix montrait une naïveté ou une irresponsabilité désarmantes. Sur ce, on me répondit que les militants n’étaient pas naïfs. Ca reste à voir…
Comment accepter de confier à l’ONU, instrument des impérialistes, la tâche de superviser des accords de paix, et de surveiller les dépôts d’armes ? Comment croire que les capitalistes accepteraient sans broncher des changements sociaux ? Comment accepter une suspension provisoire de la monarchie et prévoir l’élection d’une assemblée constituante 6 mois plus tard sans avoir pris la précaution de protéger ses acquis par les armes ?
En fait comment faire confiance aux capitalistes et aux bourgeois lors d’une transition politique révolutionnaire ?
L’expérience nous apprend que c’est impossible. Qu’à chaque fois que les communistes ont fait confiance en leurs ennemis, ce fut tragique. La preuve, Partisan l’écrit lui-même dans ses pages : « Le PCN-M a quitté le gouvernement au printemps 2007, c’est que des militants communistes continuaient à être exécutés localement. » (*)
Le printemps 2007, date à laquelle devait être élue l’assemblée constituante…
Finalement cette élection aura bien lieu en avril 2008 avec la victoire du PCN-M à la majorité des sièges. Le chef des rebelles maoïstes, Prachanda sera élu premier ministre l’été suivant. Le Népal est devenu aujourd’hui un État fédéral, démocratique et républicain.
Donc toute cette lutte acharnée, ces sacrifices (13 000 morts), n’auront abouti qu’à la chute de la monarchie et de la féodalité et à la création d’une république à la mode de chez nous ? Alors que les révolutionnaires étaient à 2 doigts de la prise du pouvoir ? Qu’ils auraient pu instituer un vrai système socialiste ?
Un drame à mon avis. Pour nos 3 camarades de VP la principale raison était qu’avec les visées expansionnistes de l’Inde voisine, l’impérialisme américain et la transformation de la Chine en société capitaliste la situation internationale n’était pas favorable à une véritable révolution.
Mais la question se pose: quand cela sera-t-il possible alors et où ? Jamais si l’on suit ce genre de stratégie politique !
Les bolcheviks ne se sont pas contentés de la chute de la monarchie et du féodalisme comme les mencheviks le souhaitaient, ils sont allés plus loin. Les maoïstes du Népal se sont comportés en mencheviks.
A chaque fois que la situation locale et les conditions le permettent les peuples doivent faire leur révolution sans attendre, le capitalisme n’aura aucune pitié si on lui laisse une porte de sortie et le loisir de se retourner.
Pour moi la discussion avec les camarades de l’OCML-VP a mis en lumière les limites d’un dogmatisme maoïste qui les oblige à soutenir des positions réformistes très limites. Pour construire une stratégie révolutionnaire digne de ce nom, il faut se libérer des dogmatismes.
Une dernière chose l’OCML-VP est une organisation qui milite pour la construction d’un nouveau Parti Communiste. Nous aussi. Mais ce mouvement comptant plus de membres que le notre, les militants invités ont clairement précisé qu’une collaboration entre nos 2 organisations aboutirait à notre adhésion à VP. Je ne me verrais pas défen dre le maoïsme, ni certaines positions réformistes.
JM A
(*) Partisan N° 217, janvier 2008.
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