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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Les peuples des DOM-TOM s’en prennent à l’exploitation capitaliste.

30 Mars 2009 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Luttes sociales

Ces poussières d’empire français se rebellent contre l’accroissement de l’exploitation capitaliste quelle que soit sa forme (inflation, bas salaires, chômage).

L’Etat français, principal organisateur maintient sous son joug les peuples meurtris par des siècles d’esclavage puis par le salariat sous le commandement des « békés » (descendants d’esclavagistes) qui possèdent aujourd’hui les principales entreprises.

Le pouvoir ébranlé par six semaines de grève générale, par la révolte de la jeunesse guadeloupéenne, fait preuve d’hésitation dans sa volonté d’en finir avec les grévistes. Il manie la carotte (accord du 8 février) en envoyant son ministre-médiateur sur place et le bâton des CRS pour démanteler les barrages mis en place par la population.Cette grève a deux faces : d’un côté une grève pour vivre, «pour le pain», pour l’amélioration du pouvoir d’achat, une grève suivie massivement par toute la population, contre la vie chère. Et derrière ce premier niveau apparaît la lutte politique contre le colonialisme, économique, politique et sociale. Le scandale des prix (et profits !) pétroliers (la SARA) n’est qu’un triste exemple... La bourgeoisie peut déclarer, la main sur le cœur que c’est anormal quelque part, qu’il faut faire quelque chose quand même. Le peuple guadeloupéen et ses organisations (UGTG en tête) le criaient depuis belle lurette, et c’est seulement aujourd’hui qu’on les entend ?

Aujourd’hui, le gouvernement fait mine « d’entendre » les préoccupations de la population pour mieux l’assujettir à coup de RSA, de primes et de zones franches où l’exploitation sera encore plus terrible.

Les peuples esclaves du capitalisme ne demandent que la liberté de décider de leur avenir.

 
Le représentant du LKP : «les Guadeloupéens sont-ils des sous-hommes pour être traités ainsi ?»

 La lutte contre la vie chère, contre la hausse des prix et contre la corruption est en train de prendre une nouvelle tournure. La grève générale a été engagée, à l’initiative de « Liyannaj kont pwofitasyon » (Union contre le surprofit, LKP) le 20 janvier.

Le 30 janvier, ils partirent à quelques milliers de l’immeuble de la Fédération de la Mutualité et par les multiples renforts, ils se virent 65 000 en arrivant au centre-ville. Personne n’a le souvenir d’une telle mobilisation dans l’histoire mouvementée de la Guadeloupe. A l’exception des partis de gouvernement de droite et de gauche, le LKP rassemble dans un seul collectif les représentants désignés de 48 organisations regroupées sur une plate-forme commune comprenant 146 revendications, notamment contre la vie chère (1). Ils s’expriment par la voix d’Elie Domota, qui est le populaire porte-parole de LKP, également secrétaire général du syndicat majoritaire de l’île : l’UGTG (Union générale des travailleurs de Guadeloupe).

Ce regroupement des forces découle d’une prise de conscience que l’Etat est à l’origine de leur misère .

 
L’ampleur de ce qui se passe en Guadeloupe est sans précédent.

 
Pour comprendre ce qu’est le LKP, il faut prendre en compte la spécificité du mouvement populaire et syndical en Guadeloupe. Depuis la répression sanglante de 1967, qui constitue le limon du mouvement actuel, des groupes politiques minoritaires, successifs et divers se sont réclamés de l’autonomie ou de l’indépendance, quels que soient les aléas statutaires envisagés depuis la départementalisation. Pour sa part, dès sa création le 2 décembre 1973, l’UGTG s’est prononcée, dans le prolongement de cette orientation «patriotique» pour l’indépendance «de ce pays-là».

L’UGTG, reprenant la méthode de l’encerclement des villes par les campagnes, s’est d’abord implantée dans le milieu des ouvriers agricoles. Quittant le confort de la protestation politique, ses cadres se sont établis dans le mouvement des travailleurs pour développer l’UGTG, à la base, dans les différents secteurs d’activité industrielle, commerciale, de service aux entreprises et dans l’administration. Syndicat alors minoritaire, il s’est fait connaître par la radicalité de ses revendications et par la fermeté des actions de grève de longue durée, en s’imposant par des piquets dissuasifs. Nombre de ses cadres et militants ont été licenciés. D’autres ont été condamnés à des peines de prison sans que la ligne générale de l’organisation en soit modifiée.

Pour autant, malgré les critiques de tous les pouvoirs établis dans l’île, sur ses méthodes qui s’en prenaient aux exploiteurs, l’UGTG a acquis une popularité dans les luttes gagnantes qu’elle a engagées. C’est dans le contexte qui précéda le déclenchement de la grève générale que l’UGTG avec d’autres mouvements culturels associatifs et politiques a créé le collectif LKP autour d’une plate-forme unitaire de la lutte contre la vie chère et la dénonciation de la surexploitation dont les grands groupes de distribution et d’importation sont les bénéficiaires exclusifs (2).

Cette large mobilisation culturelle, sociale et identitaire fait que le patronat et ses organisations, ainsi que les autorités territoriales et l’Etat, ne se retrouvent pas dans un face-à-face avec une seule organisation syndicale mais avec tout un peuple qui affirme sa dignité. Cette unité populaire s’adosse à la lutte contre la vie chère, pour la baisse du prix du carburant, pour l’augmentation immédiate de 200 euros pour les bas salaires ; mais elle va bien au-delà.


Par leur lutte, de grande ampleur, les guadeloupéens mettent à jour les racines de l’exploitation

 


Le 12 février le LKP déclare : « La mobilisation du Peuple Guadeloupéen contre les « pwofitasyon » ne faiblit pas. Le Ministre JEGO a pris la fuite dimanche 8 février et a provoqué la rupture des négociations alors que nous étions sur le point de signer un accord sur les 200 € d’augmentation de salaire réclamés par LIYANNAJ KONT PWOFITASYON...A l’appel du L.K.P, plus de 100 000 guadeloupéens ont défilé le lundi 9 février à Pointe à Pitre, à Basse Terre et à Marie Galante dans la dignité et la détermination pour crier leur indignation et dénoncer l’irresponsabilité du représentant du Gouvernement français.»

 

 

Le 18 février, la colère est montée d’un cran

 

 : « Trop souvent dans les discours, l’on stigmatise les jeunes. Mais nous nous disons simplement que si aujourd’hui il y a autant de révoltes à Baie-Mahault, Pointe-à-Pitre, Port-Louis, Pointe Noire, Bouillante Deshaies, partout dans le péyi GWADLOUP, c’est véritablement parce que le malaise est total et général. Et que si ce conflit n’est pas réglé, si l’on ne prend pas les décisions qu’il faut pour le régler immédiatement, cela signifie que l’on est proche du chaos social. Aujourd’hui, le taux de chômage des jeunes de moins de 25 ans est de 60% ! Et depuis ce matin nous entendons un certain nombre de personnes et notamment un certain nombre d’élus qui ne font rien qui n’utilisent pas leur mandat pour régler les problèmes et aider les gens dire que c’est la faute du LKP.

Comment alors expliquer qu’il y ait autant de monde dans la rue, en même temps ?! Comment alors expliquer que c’est toute la Guadeloupe qui est mobilisée et concernée ?!

Eh bien c’est tout simplement parce que la désespérance est totale et générale ! Il faut donc des réponses, et la répression n’est pas une réponse ! »


Dans cet affrontement avec le pouvoir, les manifestants découvrent que l’Etat n’est pas neutre dans cette affaire, qu’il a toujours soutenu et attribué des moyens importants au patronat (exonération de charges, exonération de taxes, subventions diverses…) pour leur permettre de perpétuer le profit capitaliste sur les travailleurs et le Peuple Guadeloupéen et surtout qu’il « n’oblige » pas le patronat à faire des propositions pour satisfaire les revendications du Peuple Guadeloupéen.

Ils se rendent compte que les vrais maîtres de la Guadeloupe (HAYOT, DESPOINTES, AUBERY, LORET, BARBOTTEAU, VIVIES, LE METAYER, le groupe REYNOIR, les Ciments LAFARGES, la SARA, les Banques …) se cachent derrière les petits patrons en utilisant quelques supplétifs de service qui ne sont patrons de rien du tout, qu’ils s’accrochent à l’Etat et qu’ils sont responsables de la situation et du pourrissement de la grève. Quant aux collectivités, elles ont toujours accompagné l’Etat dans son soutien au patronat. Elles savent très bien que l’argent public versé aux patrons ne profite pas à la Guadeloupe mais participe à l’enrichissement d’un patronat véreux. Ce qui explique la paralysie totale du fonctionnement de toutes les institutions (mairies, Conseil Général, Conseil Régional, Etablissements publics etc..) sous forme de barrages

Preuve est faite que l’argent n’est jamais « utile » (contrairement aux élucubrations d’un PCF) mais reproduit à l’infini un système d’exploitation qui n’a de sens que dans l’accumulation et la concentration capitaliste.

 
La réponse du pouvoir

 


Après de vagues promesses lâchées dès les premières manifestations avec l’espoir de les voir disparaître dans un attentisme stérile, c’est une répression féroce qui s’abat sur les syndicalistes et les jeunes. Comme lors des émeutes des banlieues, la présence massive de la police et de la gendarmerie révèle aux yeux du monde qu’elles sont plus que jamais l’un des piliers de la « démocratie » bourgeoise, qui n’entend pas qu’un peuple puisse défier son système barbare.

Avec le meurtre d’un syndicaliste, le pouvoir tente d’éviter la propaga

tion de la colère à tous les DOM-TOM. C’est sans compter sur la détermination des grévistes qui s’en tiennent à la satisfaction de l’accord du 8 février et qui refusent de se laisser intimider par les exactions d’Alliot-Marie.

Les rues de Pointe-à-Pitre et des autres localités de l’île entendent les voix de ceux qui défilent les uns après les autres autour du refrain d’une même chanson qui est devenue l’hymne de tout un pays. Accompagnés par le rythme du Ka (les tambours), les manifestants dans la rue, dans les «déboulés», sur les piquets de grève, vont entonner le refrain de cette même et unique chanson (composée par un syndicaliste guadeloupéen, cadre de banque, dans la nuit du 15 décembre 2008).

En moins de deux mois, elle a rythmé toutes les manifestations. Chaque groupe de quartier la reprend jour après jour. Elle dit l’affirmation d’un peuple qui se veut «Doubout» : «La Gwadeloup sé tannou,/ la Gwadeloup a patayo/Yo péké fé sa yo vlé/Adan péyi annou.» [La Guadeloupe est à nous/La Guadeloupe n’est pas à vous/Vous ne pourrez plus faire ce que voulez/Dans ce pays qui est le nôtre.]

Le déclenchement de la grève générale en Martinique sur la base de revendications similaires à celles de la Guadeloupe le démontre. Déjà dans les rues de Fort-de- France, on chante : «Matinik sé tannou, Matinik sé patayo !» Les syndicalistes de la Guyane peuvent aussi rejoindre à tout moment un mouvement d’ensemble qui risque ainsi de se propager dans les «départements français d’Amérique» comme la haute administration s’entête à les désigner dans une nomenclature bureaucratique qui écrase les spécificités de chacun des trois pays.

On ne peut que saluer l’attitude des  militants guadeloupéens à l’égard de la révolte des jeunes. L’évolution de la situation en Guadeloupe  montre que cette grève générale est l’accumulation d’une multitude de révoltes sur des motivations économiques (la vie chère), politiques, sociales qui se renforcent les unes les autres pour déboucher sur un contenu unique, la situation coloniale de cette île.

Trop souvent, le parallèle est fait avec la situation en France, alors qu’il s’agit dans un cas d’une métropole coloniale, dans l’autre d’une colonie. Si l’apparence des choses (la vie chère et la grève générale) peuvent laisser penser qu’il y a des communautés d’intérêt - ce qui est évident - on ne peut surtout pas réduire la lutte aux Antilles à une simple grève générale métropolitaine. Ce serait faire une grave erreur, et escamoter la domination coloniale, parfaitement illustrée par un reportage sur les békés en Martinique.

Mais il semble que rares sont les syndicats en France qui soulignent cet aspect des choses, et défendent les indépendantistes/autonomistes. Les centrales syndicales sont devenues des appendices de la bourgeoisie.

Entachées de nationalisme car attachées à l’Etat qui les nourrit, comme le chien qui ne mord jamais la main de celui qui lui donne sa pitance, ils sont parfaitement incapables de remettre en cause la domination de la classe bourgeoise.

Alors que Jacques Bino, syndicaliste guadeloupéen est mort victime de la répression de l’Etat, que le silence prévaut dans les médias sur les conditions de vie et d’esclavage dans ces DOM-TOM, il est du devoir des communistes d’alerter l’ensemble du prolétariat français pour qu’il se démarque des positions réformistes de la gauche et de son ultra gauche, pour qu’il entame à son tour une démarche pour créer un front uni contre le capitalisme et contre l’impérialisme. Mais également qu’il puisse nouer des liens de solidarité mondiaux sans l’apport desquels toute lutte peut être vouée à l’échec. La lutte exemplaire du peuple guadeloupéen est un modèle à suivre pour construire partout l’union des forces populaires.

C’est le sens que nous donnerons à notre participation aux manifestations dans toutes les villes de France...Arrêtons la répression, le pillage des ressources de ces pays, faisons respecter la dignité et exigeons le respect à l’autodétermination pour en finir avec cet esclavage, pour que tous les peuples puissent décider eux-mêmes de leur avenir.

Soutenons nos camarades guadeloupéens, martiniquais, guyanais et réunionnais, participons à toutes les manifestations ici en France.


PLUS QUE JAMAIS LA LUTTE DOIT CONTINUER ET S’AMPLIFIER. Les peuples des DOM-TOM en lutte ont besoin de notre solidarité POUR VIVRE ET RESISTER.


Vive la lutte anti-coloniale des peuples des colonies, Antilles, Guyane et Réunion !

 

Pierre Lehoux – 22 février 2009

 

 

1) Dans les quinze dernières années, les idées et méthodes de l’UGTG se sont propagées dans de nombreux milieux, en dehors même de la sphère syndicale. De très nombreuses associations se sont organisées autour de la défense de la langue créole, de la musique locale, du théâtre, des arts plastiques, de l’écologie et de l’économie locale durable, de l’artisanat, des toutes petites entreprises, etc.ADIM - AFOC – AGPIHM - AKIYO – AN BOUT’AY - ANG - ANKA – ASSE - ASS.AGRICULTEURS DU NORD BASSE-TERRE – ASS.LIBERTE EGALITE JUSTICE - CFTC - CGTG – CNL - COMBAT OUVRIER – COMITE DE L’EAU - CONVENTION POUR UNE GUADELOUPE NOUVELLE – COPAGUA – CSFG - CTU – ESPERANCE ENVIRONNEMENT – FAEN SNCL - FO – FSU – GIE SBT - KAMODJAKA - KAP Gwadloup - LES VERTS - MADICE – MAS KA KLE - MOUVMAN NONM - PCG – SGEP/SNEC/CFTC - SOS B/Terre ENVIRONNEMENT - SPEG - SUD PTT GWA – SUNICAG - SYMPA CFDT - TRAVAYE é PEYIZAN - UDCLCV - UIR CFDT – UNSA - UGTG - UPG - UPLG - UMPG – VOukoum-SNUIPP-ADEIC

 

 

 

2)Ce sont ces mêmes groupes qui dirigent le commerce, la distribution, l’importation automobile (Hayot et Despointes Lauret, Blandin), l’hôtellerie (Vion) ; la presse quotidienne (Hersant). Ces groupes ont jusqu’à présent bénéficié du turbulent silence d’une administration complice. Ils sont dirigés par une toute petite caste, d’origine béké. Ils ont retissé un pacte colonial implicite qui leur permet de bénéficier de marges bénéficiaire d’avantages fiscaux et sociaux exorbitants.

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