Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Vietnam : les raisons de la colère

16 Mai 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #International

Quelques 20 000 ouvriers de l’usine de Ching Luh (travaillant pour Nike), principalement des femmes, étaient en grève pour réclamer des hausses de salaires face à l’inflation galopante. Ils réclamaient une augmentation de 20% de leur salaire mensuel (200 000 dôngs - environ 13 francs suisses).

Près de 10.000 employés d’une usine vietnamienne de jouets appartenant à un groupe de Hong Kong se sont également mis en grève pour protester contre les difficultés engendrées par une inflation à deux chiffres.

Les ouvriers de l’usine Keyhinge Toy, stiuée à Danang (centre) ont cessé le travail demandant une hausse de leur bonus et des vacances plus longues à l’occasion du Nouvel An lunaire du Têt, selon le journal Lao Dong.

D’autres grèves ont été déclenchées récemment, au chantier naval de Hyundai dans la province de Khanh Hoa (sud). Un précédent, mais la direction n’a accepté de leur verser que 100 000 dôngs de plus.

Il s’agissait de «la plus importante grève survenue à Long An jusqu’à présent.

En décembre, Nike avait dû faire face à une grève de plus de 10 000 personnes dans l’une des usines qui fabriquent ses chaussures dans ce pays.

Le salaire plancher a été augmenté en début d'année, à entre 800.000 et 1.000.000 de dongs (entre un peu plus de 33 et 41 euros) suivant les régions.

Les mouvements sociaux se sont multipliés ces dernières années au Vietnam, où la main-d’oeuvre, à bon marché pour les capitalistes, réclame des revalorisations salariales et de meilleures conditions de travail. Le phénomène s’est encore renforcé avec la flambée des prix à la consommation, qui alimente depuis plusieurs mois le mécontentement des foyers les plus modestes. Au premier trimestre par rapport à la même période de 2007, le pays a enregistré une inflation de plus de 16%, pour une croissance du produit intérieur brut (PIB) de 7,4%. Il faut s’attendre à ce que ces concessions patronales s’accompagnent de nouveaux désastres pour la classe ouvrière.

Les capitalistes voudront économiser sur la main d’œuvre en automatisant le plus possible les chaînes de fabrication et iront chercher plus loin (dans des régions encore plus pauvres) les moyens d’extraire la plus-value qui leur fait défaut car seul le travail humain en produit.

 

La mondialisation de la production de plus-value


Nike ne fait travailler que des sous-traitants et ne possède aucune usine sous sa marque. C’est l’exemple même du capitalisme qui rêve de se débarrasser du boulet que représente la gestion du capital fixe (les machines, les usines…). Dans leur jargon, les patrons externalisent c’est-à dire qu’ils confient les fabrications à des sous-traitants. Les métropoles impérialistes conservent les fonctions intellectuelles décisionnelles (le véritable pouvoir associé au capital financier).

 

Nike concentrent les activités de conception et de vente mais, si elle ne produit pas, gagne néanmoins beaucoup d’argent. Environ 500 000 travailleurs asiatiques produisent les célèbres modèles de chaussures (1).

Le capital à la recherche des coûts salariaux les plus bas, prolétarise une immense armée de réserve des peuples les plus démunis en délocalisant les productions et en reportant sur les pays dominés le poids et les risques du capital fixe, ce que sont réellement les externalisations.

Avec la mondialisation actuelle le capital se fragmente (capital productif d’un côté, intellectuel de l’autre –science, gestion, commerce – lui-même séparé du capital financier).

Seulement quelques centaines d’oligopoles dominent le marché mondial.

Les Etats dominés organisent la reproduction et l’accumulation des profits et des connaissances pour les impérialistes qui dirigent le pillage de la planète.

Ils  attirent les investissements et les commandes dont le pays a besoin, du fait de la segmentation mondiale de la production et de la concurrence et se sont spécialisés dans les productions qui conviennent aux oligopoles.

Les bases de l’exploitation au Vietnam

 

Dès 1945 la gestion colonialisme était devenue trop lourde pour les Etats belligérants sortis exsangues du conflit inter impérialiste.

 D’une manière générale, la reconstruction fournit l’occasion aux capitalistes d’extraire à nouveau de la plus-value donc de poursuivre le cycle de l’accumulation en s’appuyant sur les bourgeoisies locales, formées dans les écoles occidentales aux lois capitalistes liées à l’expansion mondiale.

 Les impérialistes, véritables possesseurs des sciences et des techniques, ont dépouillé le prolétariat de ses capacités de résistances (notamment de ses savoir-faires - voir nos analyses sur ce sujet dans les précédents numéros de RC-ns).

Le capital qui a toujours besoin d’institutions étatiques s’est constitué en un réseau mondial et complexe d’appareils hiérarchisés.

Ce réseau est formé d’Etats et d’institutions supra nationales qui rivalisent entre elles (ASEAN, OMC, FMI etc…) et assurent l’ordre mondial capitaliste.

La révolution vietnamienne a amené le pays dans le camp soviétique et c’est la planification étatique qui, avec les nationalisations et la réforme agraire étaient sensées répondre aux besoins du peuple (par le développement des moyens de production, des matières premières et de l’agriculture). Mais comme en URSS et en Chine, la valeur d’échange (sous forme d’argent et de marchandises – la force de travail comprise) a perduré.

 C’est le maintien de l’inégalité la plus totale dans les rapports de production (une élite face à un prolétariat dépouillé de son pouvoir de décision).

 La gestion par l’Etat, sans l’intervention directe du peuple, a entraîné comme dans tous ces pays, des gaspillages, une bureaucratie sclérosante et une vaste pénurie.

Le CAEM (marché commun des pays de l’Est) n’était ni plus ni moins qu’un vaste réseau de prélèvement de  plus-value, centralisé au niveau des Etats (et non pas répartis comme en occident entre les différents oligopoles).

Le prolétariat toujours soumis à des tâches contraignantes (l’Etat étant chargé par ses multiples interventions, de reproduire la classe des prolétaires) et les rapports sociaux n’ont pas été abolis d’autant que les cadres du Parti (qui prenaient la place de l’ancien régime fantoche français et américain) devenaient les nouveaux propriétaires des moyens de production et conservaient les rapports sociaux hérités du capitalisme (la division du travail entre puissances intellectuelles et manuelles).

Selon la formule de Staline : « Les cadres décident de tout ». Les prolétaires demeuraient propriétaires de leur seule force de travail et trimaient comme des stakhanovistes.

 

L’échec  du  capitalisme d’Etat

 

30 ans de guerres ont épuisé le peuple vietnamien qui s’est malgré tout forgé, dans la résistance une haute idée de son indépendance nationale.

Le pays, ravagé par les bombes et les massacres perpétrés par les USA, a traversé une période de transition dominé par les pénuries.

L’énergie créatrice des masses a permis des avancées spectaculaires et la reconstruction s’est effectuée dans une situation où les rapports capitalistes ne pouvaient pas être éliminés rapidement. Marx disait : « Le comble du malheur, c’est lorsque les révolutionnaires doivent se soucier du pain des gens…le développement des forces productives est une condition pratique indispensable, car, sans lui, c’est la pénurie qui deviendrait générale, et, avec le besoin, c’est la lutte pour le nécessaire qui recommencerait et l’on retomberait dans la même vielle gadoue. »

La propriété nationale des moyens de production ne signifie pas la propriété commune du procès de production contrôlé par le prolétariat.

Observons d’ailleurs que tant que l’Etat existe, c’est que les classes existent et donc le prolétariat dominé par les moyens de production et par leurs possesseurs, les classes intellectuelles qui détiennent la science et ses applications.

L’Etat a donc concentré les fonctions financières et intellectuelles. Il se proclamait prolétarien car le Plan fixait les directives sensées œuvrer dans le sens des prolétaires.

L’existence d’un Etat, extérieur aux individus, qui centralise tout le produit, qui le redistribue sous forme de moyens de production à la place du peuple qui en a été désapproprié et qui conserve le mode de production (argent, salariat, valeur d’échange, Etat-Providence) propre à une économie fondé sur la séparation entre producteurs et propriétaires de richesses n’assure pas la transparence des rapports de production et une réelle unité du système productif. 

S’il s’était agit d’un Etat de type Commune de Paris, chacun serait partie prenante de ces décisions, de ces choix. Cette organisation ne doit être que celle du collectif de travailleurs associés. 

 

L’absence d’actions directes du peuple

 

On ne peut comprendre le désarroi d’un peuple qui a cru dans la Révolution et qui poursuit la lutte de classe à la fois contre l’Etat (en se mettant en grève) et contre les capitalistes privés (en réclamant des augmentations de salaires) sans avoir analysé les rapports de production qui président à son organisation sociale.

 La classe ouvrière du Vietnam et la paysannerie se sont développées avec l’aide soviétique et chinoise, attendant tout de cet Etat-Providence qui prenait en charge l’Education (transformant l’enseignement pour l’ouvrir au peuple), la Santé mais aussi l’ensemble de la production du pays en collectivisant et en développant la coopération basée sur la lutte des paysans pauvres.

Si le PCV s’est emparé de l’Etat pour abolir la propriété juridique de la bourgeoisie, s’emparant par la même occasion du pouvoir politique et  militaire, il n’a pas aboli le rapport de production capitaliste qui domine les prolétaires.

Le « socialisme » vietnamien ne pouvait pas en être un (le PCV s’en réclame toujours y ajoutant le marché comme la vertu suprême d’un capitalisme d’Etat « régulé »…) dans l’étroitesse des rapports engendrés par la domination des forces productives (des sciences et des techniques) sur les travailleurs.

Les rapports de séparation de classe (la bourgeoisie dominant le prolétariat) ont perduré, ouvrant aujourd’hui la possibilité aux capitalistes privés de s’approprier l’Etat.

Les anciens « rouges » ont rangé leur idéal révolutionnaire au placard pour mieux servir les intérêts capitalistes, prétextant « l’avènement du socialisme de marché » comme moyen de lutter contre la pénurie.

Mais si échec il y a, c’est celui du capitalisme d’Etat, principalement. 

Il révèle son impuissance aux yeux d’un prolétariat qui voit sa situation se dégrader au fur et à mesure que l’Etat agit dans le sens de l’intérêt privé d’une nouvelle classe dominante et non dans le sens de l’intérêt du prolétariat.

En Chine Mao tenta, au cours de la Révolution Culturelle, de s’en prendre aux fonctionnaires corrompus mais ne supprima jamais la fonction de cadres.

Le peuple dessaisi par l’Etat de son pouvoir ne pu t établir le sien et mettre fin à l’exploitation.

Ces grèves, comme celles que la France ou l’Europe a pu connaître au cours des années 60, 70, ne peuvent que déboucher sur des compromis pour la vente de la force de travail au meilleur prix.

 L’UE, comme les USA, d’une certaine manière uniformisent les conditions de travail. Les salariés,  ne sont pas libres, comme au XIX ème siècle, de négocier leur contrat de travail, à une époque où l’Etat ne se mêlait pas encore de tout et où l’employé conservait une certaine maîtrise de ses conditions d’existence.

Aujourd’hui, la mondialisation libérale a étendu le salariat sur l’ensemble de la planète. Entièrement dépouillés de leur habileté propre, de leur « métier », passés dans les machines, du côté du capital par des oligopoles (2), les salariés vivent leur situation dans la croyance que leur salaire représente le prix de leur travail (et non le prix de la force de travail, le coût de la production).

De là les grèves pour obtenir un juste salaire. Mais pour les patrons, seule compte la force de travail, marchandise qui se mesure en fonction du temps de travail social nécessaire à la production et qui s’échange comme n’importe quelle autre marchandise.

La continuation de la lutte de classe ne peut, dans une période de transition au communisme, que déboucher sur une appropriation progressive par le prolétariat des conditions organiques, matérielles, intellectuelles et sociales de la vie.

Ce qui compte, c’est que la possession des diverses activités sociales, notamment de la production, soit entre les mains des travailleurs, c’est la socialisation des moyens de production. Et ce n’est qu’alors que l’Etat « s’éteint », suivant l’expression d’Engels.

 

Pierre Lehoux (pour l’ AAM)

 avril 2007

 

(1) Une étude intéressante, quoique ancienne (1992), donne l’analyse de la répartition du produit financier.

Pour une paire de chaussures valant 400FF, 239,8 FF vont aux divers frais commerciaux, 15,50 FF reviennent à Nike pour la conception, et encore 11,20 FF pour les investissements nouveaux, tout cela étant de la plus-value pour Nike. Pour le reste, 11,60 FF vont aux banques, aux dividendes et au Trésor US, 117,40 FF sont des frais d’amortissement de machines, de matières premières, de stockage, 3,80 FF des taxes versées hors USA et enfin 0,70 FF sont les salaires des ouvriers.

 En gros sur les 400 FF de cette paire de chaussures, il y a 266,5 FF de plus-value qu’empoche Nike, rémunérant très grassement toutes sortes d’improductifs, américains surtout.

Les taxes et dividendes ajoutés cela représente quelques 70% de plus-value qui s’accumulent aux USA..

 

(2) Ils socialisent les moyens de production en désappropriant les capitalistes privés, en concentrant le capital entre les mains d’actionnaires anonymes. La révolution prolétarienne renforcera cette socialisation en expropriant les capitalistes et en se donnant les moyens de s’occuper elle-même de la gestion de la production.

Publicité

Partager cet article

Commenter cet article