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Regroupement Communiste      Association des Amis du Manifeste

Halte au diktat de l’UE et de l’OMC à l’égard des pays pauvres !

16 Mai 2008 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Nos analyses

La bourgeoisie aux commandes de ses instances internationales ne cesse de s’approprier toujours plus de richesses des pays assujettis avec l’appui des bourgeoisies compradores locales. Ces dernières, au passage, valorisent leurs avoirs sur les places boursières européennes ou américaines et permettent aux transnationales de s’octroyer les meilleurs marchés.  

L’UE, forte de son euro, regroupe les impérialismes de second rang et tente d’accroître la soumission des pays pauvres (baptisés hypocritement PED –pays en voie de développement) à ses exigences expansionnistes. Il lui faut abaisser le coût de production des matières premières, des ressources agricoles africaines et augmenter le taux d’exploitation pour en extraire une masse de plus-value absolue. Les paysans autrefois libres sont transformés en salariés travaillant sur d’immenses plantations pour un salaire d’à peine un  dollar par jour.

La productivité s’élève et le capital obtenu est rapatrié vers les centres décisionnels (les capitales des pays impérialistes). Les Etats africains empruntent et s’endettent pour moderniser leur économie. Ils font payer à leur peuple les intérêts fabuleux que les banquiers des puissances dominantes leur imposent. 

C’est le moyen que ce système s’est donné pour vaincre ses contradictions internes.

 

Comment écouler les marchandises  en surproduction qui ne trouvent nulle part de débouchés ?

 

Pour éviter d’accroître les frais de gestion des stocks (c’est du capital qui dort, qui ne se valorise pas) L’UE paye des centaines de milliards de dollars de subventions à l’exportation et à la production pour ses produits agricoles et, de ce fait, inonde les marchés  des capitales africaines de fruits et de légumes européens vendus à moitié de leur prix de production.

L’OMC en relaie les directives et contraint les 78 pays de la zone ACP (Afrique, Caraïbes et Pacifique)  à démanteler leurs barrières douanières.

Ils pratiquent déjà le système de la « préférence communautaire » dans leurs échanges avec l’UE (leur marché est ouvert à 97%). Depuis des années ils soumettent leur agriculture aux intérêts des multinationales qui détruisent progressivement les productions vivrières (dont les capitaux sont plus faibles) ce qui a pour conséquence de les rendre dépendants des technologies et des produits occidentaux.  Il s’agit donc de renforcer leurs dépendances, sur tous les plans. 

Le déficit alimentaire de l’Afrique de l’Ouest hors échange de produits tropicaux à augmenté de 55% entre 1995 et 2003 passant de 2,9 à 4,3 milliards de dollars alors que pour la plupart de ces produits, les pays disposent du potentiel et des capacités pour les produire en quantité et qualité suffisante dans la région.

Les produits des 27 pays de l’UE, largement subventionnés, entrent en concurrence avec les produits locaux. Ainsi, 15% des recettes des pays de la communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDAO) proviennent des droits de douane. La disparition des barrières douanières envisagée, leur ferait perdre entre 5 et 10% de leurs recettes budgétaires (+ de 20% pour la Gambie et le Cap Vert – sources : Le Monde du 6/11/07). Les producteurs de lait, de poulet, et les unités de production de conserves de tomates notamment, seront mis à mal.

Les exportations agricoles européennes augmenteront de 35% en cas d’accord signés par les ACP.

L’UE parle de représailles en cas de désaccord, appliquant une hausse des tarifs douaniers sur les exportations des pays ACP vers l’UE. Le Sénégal ne produit que 8 quintaux de maïs à l’hectare, comparé aux 150 quintaux à l’hectare produits par l’UE. Mais ce qui est en cause c’est bien l’entrée en force des excédents des produits européens, car avec les progrès scientifiques et technique obtenus par un développement sans précédent des forces productives, il y a surproduction de marchandises et de capitaux en Europe et l’entrée de la Turquie, pauvre parmi les pauvres, alimentera le déséquilibre.

Les prix européens sont fonction des subventions distribuées à toute la chaîne de l’agro-alimentaire mais également des quantités produites qui sont énormes au regard des méthodes intensives de production.

Par exemple le lait en poudre importé en Afrique coûtera deux fois moins cher que le lait frais produit sur place. Les importations néerlandaises vont laminer les productions d’oignons et de tomates.

 

Le protectionnisme ravageur

 

L’agriculture des pays d’Afrique de l’Ouest procure 15,3% des recettes d’exportation ; elle emploie 70% de la population active. C’est une agriculture essentiellement orientée vers la consommation et les marchés domestiques quand bien même, elle est connectée au marché international à travers un certain nombre de cultures (café, coton, cacao, etc.).

Alors que l’UE consacre 40% de son budget à l’agriculture, l’Afrique croule sous des famines à répétition et sous le joug de la dette (1) entretenue par les pays impérialistes. Pour les africains, le commerce n’est pas un but en soi.

L’OMC dans cette affaire agit dans le sens exclusif des  intérêts impérialistes en organisant le pillage des ressources et en accroissant la concurrence destructrice de forces productives jugées non rentable pour le marché. Parmi les pays ACP figurent 39 des 42 pays les plus pauvres du monde, l’UE fait avec eux un raisonnement très simple : si vous ne signez pas nous vous  supprimons notre coopération technique.

On estime que la suppression des droits de douanes envisagée par l’UE amputerait les recettes d’un Etat comme le Sénégal de 100 milliards de Francs CFA (152 000 euros). Le pays sera touché deux fois : par la disparition des aides à la production et par la suppression des protections commerciales.

Cet « accord commercial » est du même tonneau que le traité de libre-échange états-unien.

En Haïti ce projet occasionnera le chômage de 250 000 producteurs de café, de plusieurs milliers de producteurs de mangues et de 300 000 planteurs et producteurs de riz.

Il va accroître la concentration des parcelles au bénéfice exclusif des gros propriétaires. C’est la prolétarisation galopante des milliers de petits producteurs. A cela s’ajoute la spéculation liée à la valorisation promise des biocarburants. Sous prétexte de lutter contre la pollution, les puissances impérialistes contraignent les pays pauvres à produire sur des grandes surfaces du maïs. L’UE veut ainsi qu’en 2020, 10% de son essence soit remplacée par des biocombustibles, ce qui  voudrait dire que plus de 70% des terres cultivables européennes devraient changer de culture. Ce qui n’arrivera pas ; nous devrons importer, ce qui veut dire qu’en Afrique et en Amérique Latine on réduit les terres  qui apportent leur subsistance à la population  pour produire le biocarburant  dont nous, nous avons besoin.

Les grands groupes affameront davantage les populations les plus pauvres de la planète.

 

Les affamés fuient le continent africain

 

Chaque jour des milliers de personnes cherchent à rejoindre l’Europe depuis les côtes de la Mauritanie et du Sénégal, de la Libye et de la Tunisie. Un exode continu qui  produit des morts à un rythme de 1.000 réfugiés de la faim par mois. Tous les trois mois le Pam ( Programme alimentaire mondial de l’Onu)  trace la carte des zones de la planète où il est impossible de survivre.

 L’Europe réagit à cet exode par une stratégie militaire avec Frontex (l’Agence pour le contrôle des frontières externes de l’UE), avec des navires de guerre, des avions, des hélicoptères alors que c’est cette même Europe qui, avec son dumping agricole, est largement responsable de la faim qui tenaille l’Afrique. On tue de cette façon  l’agriculture africaine et on condamne des milliers de gens à la faim. La situation est catastrophique.

De la savane sèche à la forêt humide, la logique est la même, la situation aussi.

 L’agriculture s’affaiblit, les crises alimentaires, se  multiplient et s’aggravent ; les paysans s’appauvrissent et les ressources se dégradent. On ne jure que par le libre échange, la compétition, la course au « moins cher ».

Il faut changer ce système si nous voulons changer la situation des 250 millions d’affamés que compte l’Afrique, il faut plus de justice et d’égalité. Pour les africains, le premier grand problème, c’est de nourrir comme il le faut une population affamée et de surcroît en croissance rapide. La croissance démographique est exponentielle et la production régionale descendante.

Le vrai crime contre l’homme se nomme profit capitaliste parce que générateur de tous les maux dont souffre et continuera à souffrir le continent africain.

Les peuples africains dépossédés de leurs terres, de leurs usines et de tout ce qui réduit leur vie à peu de choses ne resteront pas éternellement sans réactions.

Ils voudront réclamer leur dû, ce qui leur appartient et les richesses qu’ils produisent. Ils voudront décider eux-mêmes de leur avenir et ne plus assurer celui des multinationales qui leur font payer leur politique aveugle et anarchique.

C’est dans les pays pauvres que se situe la « zone des tempêtes ». En septembre 10 000 travailleurs agricoles des plantations de thé ont riposté à l’exploitation éhontée dont ils sont victimes en faisant grève pour leurs salaires : ils s’en sont pris aux dirigeants en incendiant les camions des compagnies exploitantes.

Au Nigéria des groupes clandestins mènent la vie dure aux compagnies pétrolières qui ne se soucient aucunement de l’environnement et des populations locales. En Egypte l’Etat doit faire face à des grèves imposantes.

Quoiqu’il en coûte, les peuples se dresseront de plus en plus nombreux contre les guerres que leur imposent les impérialistes. Ils ont besoin dans leurs luttes du soutien actif des peuples des pays impérialistes qui pour le moment vivent dans le fétichisme de l’Etat-providence.

L’aggravation de la crise du capitalisme va faire émerger un peu plus les racines du système capitaliste, du fait de la mondialisation des rapports d’exploitation.

L’action résolue des communistes, la fraction la plus avancée du prolétariat, devra permettre de l’organiser au sein d’un Parti sinon elle affrontera dans le désordre des forces qui sont fédérées par des ensembles bourgeois égoïstes, nationalistes et destructeurs.

L’intérêt général du prolétariat se trouve donc dans ce besoin de se libérer de l’exploitation capitaliste.

Alors les révoltés qui n’ont plus de miettes à défendre chercheront à regrouper leurs forces aussi bien dans les pays développés que dans les plus pauvres pour être plus efficaces.

 

Pierre Lehoux – décembre 2007

 

1) La situation des pays d’Afrique Subsaharienne a continué à se détériorer. Leur dette représente en moyenne 170% de leurs exportations (1000% au Mozambique, 600% en Côte d’Ivoire). Selon les tables de la dette publiées par la Banque Mondiale, sur les quarante pays lourdement endettés, trente-trois sont en Afrique Subsaharienne. Ces chiffres, tristement éloquents, démontrent sans ambiguïté que la dette, plus qu’une source de profit, est une arme politique sophistiquée entre les mains des grandes puissances financières et politiques. Cette arme permet d’imposer aux gouvernements africains les plans d’ajustement structurel, c’est-à-dire de contrôler leurs orientations politiques, économiques et sociales : austérité pour le social et privatisation des richesses.

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