Samedi 12 novembre 2011 6 12 /11 /Nov /2011 15:41

Par Association des Amis du Manifeste

 

vn.JPG En août 2008, des milliers de travailleurs se sont mis en grève au Vietnam pour réclamer une revalorisation des salaires afin de faire face à l’augmentation du coût de la vie, alors que l’inflation  bondissait de 27% en juillet sur un an dans le pays.
Un exemple parmi d’autres, dans une usine du fabricant de chaussures Kingmaker Footwear, située dans une zone industrielle de la province de Binh Duong, au sud du Vietnam, près de Ho Chi Minh-Ville, 5000 travailleurs réclamaient une hausse des salaires (alors qu’ils gagnent 60 dollars par mois), et une amélioration de la qualité des repas servis à la cantine. Contre un salaire mensuel de 1.200.000 dongs (50 euros), ils travaillent dans d’immenses hangars blancs – les usines Panasonic, Mitsubishi ou encore Canon.

Les salariés asiatiques en concurrence

Dans le mode de production capitaliste, l’exploitation est cachée, masquée par le salaire. Le travailleur croît être payé pour son travail. En réalité le capitaliste lui verse de quoi renouveler sa force de travail (du moins tant qu’il en a encore besoin pour produire et suivant le coût du travail fixé par le marché). C’est le capitaliste qui est propriétaire du travail (des moyens de production, hommes et machines, comme des marchandises produites et le profit, qui permet au capital de s’accumuler, n’est effectif qu’au cours de la vente).
Ce que beaucoup de travailleurs ne savent pas c’est que la capitaliste tire son profit de la plus-value réalisée au cours du travail. Elle est constituée de cette part de « surtravail », de temps de travail non payé sans laquelle le capital engagé ne pourra se compléter d’un capital additionnel lui permettant de regagner bien vite le cycle de la production pour s’accumuler à nouveau. Tel est le seul objectif que suit le capitaliste s’il veut le demeurer en l’état.

L’expansion mondiale capitaliste a largement contribué à extorquer  la plus-value de la manière la plus brutale qui soit dans les PED (« pays en voie de développement »)  qui ne sont pas propriétaires de la technologie moderne dont disposent les pays du Centre (USA, Europe).
L’automatisation n’est pas développée comme en Europe et aux USA et la plupart des travailleurs triment comme des bêtes de somme dans d’immenses usines.

Les capitalistes usent alors d’une main-d’œuvre bon marché composée de paysans chassés de leur village par la famine, venus s’entasser dans les bidons-villes des quartiers périphériques des grandes villes.

La loi de la concurrence

Le salaire d’un ouvrier vietnamien d’une entreprise étrangère équivaut en moyenne aux deux tiers de celui de son homologue chinois.
Au moment où le coût du travail augmente en Chine, suite à d’importantes grèves, le Vietnam y voit un atout pour attirer les investisseurs.
« Pour les multinationales, il représente plus que jamais une alternative à la Chine », assure Shinji Onishi, directeur de Thanh Long I, où travaillent 50.000 employés.
Depuis mai, et le début de la vague de contestations sociales chinoises, le groupe japonais Sumitomo, qui gère Thanh Long I, a accueilli quatre nouvelles firmes. Trois autres suivront en juillet. A la fin de l’année, l’allemand Bosch investira 55 millions de dollars dans une usine de composants automobiles. Et en 2011, Nippon Steel, le deuxième producteur mondial d’acier, s’implante aussi dans le sud.
Mais le coût de la vie quotidienne augmente encore plus vite. Les petits salaires - 85% de la population active - en souffrent. Ouvriers et employés de service ne peuvent pas vivre avec un seul salaire. Ils doivent, presque tous, recourir à un deuxième, voire un troisième, emploi dans la même journée. Dans le secteur privé - hôtellerie, restauration, commerce, etc. grands pourvoyeurs d’emploi, la durée journalière du travail est environ 11 heures avec un jour de repos par mois (Source : AFP).
Le pays, comme la Chine, connaît des grèves à répétition. En 2008, 20.000 ouvriers d’une usine de chaussures Nike avaient cessé le travail pour réclamer une augmentation de 20 %. Cette année-là – marquée par une inflation de 23 % – douze entreprises du parc industriel de Thanh Long I avaient affronté des conflits(1).
Le régime de Hanoi interdit les organisations indépendantes du Parti communiste (2). Le gouvernement vietnamien favorise certaines  rémunérations (+28 % en 2010 pour les employés des entreprises étrangères).
  Pour le moment, le Vietnam manque d’une main-d’œuvre relativement qualifiée. Les firmes conservent encore leurs activités de haute technicité en Chine tout en développant leurs productions low-cost au Vietnam.
Selon des audits internationaux et indépendants, en octobre 2008, le SMIC (réellement payé) est environ 50 USD pour entre 48 et 70 heures de travail par semaine et 6 jours de congé officiel par an.   
Dans les entreprises importantes, notamment du secteur de service, le congé payé s’élève en moyenne de 12 jours.
En 2009, le SMIC officiel appliqué dans les entreprises à capitaux étrangers au Vietnam est de 55 à 71 USD selon les zones (au nombre de 4 : grandes villes, ports, etc.)
Il est supérieur au SMIC appliqué dans les entreprises vietnamiennes.
Quelles sont les orientations politiques actuelles ?
Le 11e congrès du Parti communiste vietnamien (PCV) au pouvoir, qui s’est tenu du 10 au 19 janvier 2011 à Hanoi, a décidé d’autoriser officiellement les propriétaires d’entreprises privées à adhérer au PCV.
Ce changement vise à renforcer l’image du Vietnam comme un pays propice aux affaires, dans la lignée de la réforme similaire adoptée par le Parti communiste chinois en 2002.
Pour éviter les manifestations avant le congrès, le régime du PCV a lancé une campagne de répression des bloggeurs et des activistes humanitaires, emprisonnant 17 d’entre eux depuis octobre 2009. L’an dernier, Hanoi avait également bloqué les sites des réseaux sociaux tels que Facebook, de crainte qu’ils ne soient utilisés pour « transmettre des informations » qui iraient à l’encontre de l’Etat.
Le congrès du PCV a établi un objectif de croissance annuelle de 7 à 7,5 pour cent pour 2011-15, en augmentation par rapport aux 6,78 pour cent de l’année dernière. Cependant, en dépit de son rôle d’économie orientée majoritairement à l’export, le Vietnam a enregistré un déficit commercial de 13,24 milliards de dollars sur la dernière année.
Cela a sérieusement entaché la confiance dans la monnaie vietnamienne. Hanoi a déjà dévalué le Dong trois fois depuis novembre 2009 pour réduire l’effet de la crise économique mondiale sur son secteur exportateur.

Ce déficit commercial croissant a entraîné un déclin des réserves de monnaies étrangères de 24,2 milliards de dollars en 2008 à 16,8 milliards en 2009. Le déficit budgétaire annuel est monté à 7,4 pour cent du PIB en 2010, enfreignant l’objectif gouvernemental de 6,2 pour cent. La tâche que s’est fixé le PCV de réduire ce déficit à 4,5 pour cent pour 2015 impliquera des destructions supplémentaires des industries d’Etat et des services publics.
La dette publique totale du Vietnam a été estimée à 56,7 pour cent du PIB en 2010, en augmentation de 6,78 pour cent en une seule année.
Le Vietnam est devenu de plus en plus dépendant des investissements étrangers. En 2008, les investisseurs étrangers avaient placé 11,5 milliards de dollars au Vietnam, un record. Mais dans la foulée de la récession mondiale, les investissements directs étrangers se sont effondrés de 70 pour cent au premier trimestre 2009 comparé à celui de 2008.
Comme ailleurs dans le monde, les prix en augmentation risquent maintenant de déclencher des luttes des ouvriers et des paysans au Vietnam, et ont également ajouté à la pression des banques centrales pour augmenter les taux d’intérêts, une évolution qui va ralentir la croissance économique. En janvier, l’indice officiel des prix était de 12,17 pour cent plus élevé qu’au même mois de l’année précédente, dépassant le taux d’inflation de 11,75 pour cent enregistré en décembre.

En autorisant ouvertement les capitalistes à rejoindre le parti, le PCV s’ancre, plus que jamais, sur sa ligne révisionniste.
En 1986, une petite dizaine d’années après la victoire militaire contre l’impérialisme américain en 1975, le PCV suivit l’exemple des successeurs de Mao en Chine en adoptant une politique de « réformes du marché » pour transformer le pays en une source de travail à bas coût pour les grands groupes mondiaux, et notamment les Américains.
Les dirigeants du PCV ont normalisé les relations avec Washington en 1995. Ils se sont rapprochés encore plus des États-Unis ces dernières années, devenant l’allié de Washington dans sa rivalité avec la Chine, en particulier en Mer de Chine du Sud.
En août dernier, le Vietnam a participé à des rencontres militaires de haut niveau avec les États-Unis pour la première fois et a invité le porte-avions nucléaire géant USSGeorges Washington dans ses eaux.
À peine plus de 35 ans après la guerre du Vietnam, le pays se trouve à nouveau dans le rôle d’un pion dans une lutte entre grandes puissances. La résolution du congrès du PCV annonce des troubles dans les relations entre les « nations puissantes » pour la période à venir.
 « La compétition économico-commerciale et le combat pour les ressources naturelles, les énergies, les marchés, les technologies, les capitaux, et la main d’œuvre qualifiée entre les pays deviendront encore plus sévère. » prévient-il.
 En particulier, les rivalités entre les grandes puissances en Asie du Sud-Est contiennent « de nombreux facteurs pouvant entraîner des instabilités.
Des conflits territoriaux, maritimes et insulaires plus nombreuses auront lieu.
De nouvelles forces et des intérêts enchevêtrés prendront forme. »

Le congrès a réélu le Premier ministre Nguyen Tan Dung, en dépit de sa mauvaise gestion d’une grande entreprise publique de constructions navales, qui a failli faire faillite avec des dettes équivalentes à 5 pour cent du PIB vietnamien. L’approbation donnée par Dung à l’ouverture d’une grande mine de bauxite par les Chinois l’an dernier a également été critiquée par l’Assemblée nationale pour avoir « vendu » le pays.
Pourtant, il va probablement travailler en bonne intelligence avec le nouveau secrétaire général, Nguyen Phu Trong, 67 ans, qui est considéré comme prochinois.
Le secrétaire précédent, Truong Tan Sang, 61 ans, qui a remplacé le vieillissant Nguyen Minh Triet au poste de président, a quant à lui développé des relations étroites avec le rival de la Chine, le Japon. De plus, le ministre de la défense Phung Quang Than est resté en place. Il avait soutenu activement un achat d’armes russes, comprenant notamment six sous-marins d’attaque de classe Kilo pour protéger les îles contrôlées par le Vietnam en Mer de Chine du Sud contre la Chine.
Afin de préparer le régime à réprimer l’opposition ouvrière, la représentation de la police dans le bureau politique suprême est passée de 1 à 2 membres, sur 14. L’ouverture du parti à l’élite capitaliste, loin d’annoncer un nouvel âge de stabilité pour la strate dirigeante vietnamienne, ne fera qu’approfondir les tensions sociales et politiques du pays.
(Sources  parues  le 10 février 2011 dans le « World socialiste Web site »)

                                                                    RC-ns – octobre 2011

 

(1)    En moyenne, le revenu d’un ouvrier vietnamien est un tiers moins élevé que celui de son homologue chinois. Les multinationales sont aussi séduites par une main d’œuvre jeune et réputée plus docile qu’en Chine. Dans les zones d’entreprises étrangères comme Thang Long, les ouvriers vietnamiens – majoritairement des ouvrières – travaillent 52 heures par semaine en moyenne … soit quatre heures de plus que la durée légale. Chaque année, des milliers d’ouvrières quittent leur poste au moment du Têt, le nouvel an lunaire, quand elles rentrent dans leur village d’origine. Certaines y ouvrent un petit commerce avec l’argent gagné à la ville, d’autres en profitent pour chercher une nouvelle place, moins bien payée, mais plus près de leur famille. Pour François Roubaud, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), ce système n’est pas durable : « Si le Vietnam cherche à attirer des industries à plus forte valeur ajoutée, il faudra que les travailleurs soient mieux formés, à la fois par l’Etat et par les entreprises, donc il faudra les retenir plus longtemps à leur poste. »Ces dernières années le gouvernement vietnamien fait la cour aux entreprises de haute technologie. Avec des succès : Mitsubishi a installé là, en 2009, une usine d’assemblage de sa filiale aérospatiale. Mais pour transformer l’essai, et dépasser son statut d’usine low-cost, le Vietnam devra encore améliorer son réseau routier et ses ports. Et fournir suffisamment d’électricité à ses investisseurs. Cet été, des pannes à répétition ont ralenti l’économie.
 
(2)L’année dernière, les autorités vietnamiennes ont condamné trois personnes à des peines allant jusqu’à 9 ans de prison pour avoir distribué des tracts similaires. CPVW craint des représailles similaires.
Selon les statistiques officielles, Pou Yuen emploie quelques 65 000 ouvriers, mais certains affirme que la réalité est proche de 90 000.
civil, alors que des gens circulent avec des masques anti-poussières.
Les travailleurs estiment que des policiers en civil ont infiltré la manifestation pour identifier les leaders de la grève.
Les médias au Vietnam - tous gérés par l’Etat - ont évité de rapporter cette grève.

 

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Publié dans : Regroupement Communiste nouvelle série
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