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Regroupement Communiste
Bulletin de l'Association des Amis du Manifeste
BP 60005 / 17101 Saintes cédex
email : communiste17@free.fr
Chers camarades,
Nous souhaitons apporter quelques précisions sur le sens de notre démarche. Notre publication « Regroupement Communiste, nouvelle série » essaie, dans la mesure du possible, d’apporter, de manière régulière, des éclaircissements ainsi que des explications sur la situation politique et économique (ce qui est la même chose pour des marxistes) que nous vivons actuellement. Nous nous référons sans cesse à Marx que nous avons toujours jugé en avance sur son temps puisque l’analyse qu’il nous a fourni s’applique parfaitement à la crise actuelle du capitalisme.
Ceci étant, nous voyons deux raisons principales qui motivent notre appel au regroupement des forces communistes et révolutionnaires.
La première est de nature objective. C’est le développement même de la crise du capitalisme, son « autodestruction » qui, si aucune révolution ne survient, détruit aussi les conditions qui pourraient présider à des changements de mode de production et qui déjà existent en germe dans le système capitaliste.
En effet, il existe une arme qu’à développé la bourgeoisie ces trente dernières années et qui est à l’origine de la crise : il s’agit de la productivité, c’est-à dire la puissance des sciences et de leurs applications dans la production.
Son haut niveau actuel va de pair avec l’exclusion massive des prolétaires de la société.
Les sciences (et avec elles les puissances intellectuelles qui sont chargées d’organiser le travail dans ce sens) dépouillent totalement les individus de leur savoir-faire. C’est sous la forme d’un capital fixe devenu puissant (et très coûteux) qu’elles font désormais face aux ouvriers qui subissent l’enfer de conditions de travail inhumaines.
Contradictoirement c’est cette même productivité qui dévalorise le capital.
La puissance de production démultipliée par les sciences et la technologie, expulse de la société et de la vie même des millions d’individus qui, deviennent chômeurs et glissent progressivement vers les bas-fonds de notre société.
Le capital domine réellement les travailleurs dépouillés de leur savoir-faire dans la production, Ils sont devenus un simple appendice de la machine qui les soumet et les transforme en presse-boutons. Le travail est réduit à des gestes simples et répétitifs. Le travail ouvrier, sans grand intérêt, devient de plus en plus répugnant. La lutte de classe y trouve une accélération (lutte pour augmenter les salaires et diminuer le temps de travail notamment).
La bourgeoisie s’est bien rendu compte que l’augmentation du chômage représentait une perte importante (et irréversible) de plus-value car si la productivité augmente la masse de profits et la quantité de marchandise produite, elle réduit considérablement la production de plus-value et sa réalisation dans le cycle de reproduction du capital (plus-value, vente, profits et capital additionnel).
Alors pour ne pas interrompre le cycle et tenter de relancer le cercle vertueux de l’accumulation (ce qu’elle a de plus en plus de mal à réaliser, le faible taux de croissance en témoigne, le capital intensifie le rythme de travail (avec la chasse aux temps morts, les machines qui tournent 24/24h sans discontinuer pour réduire la perte que représente leur immobilisation) ce qui donne un coup d’accélérateur supplémentaire à la lutte de classe, avec l’aggravation de la situation des prolétaires (la bourgeoisie développant la précarité sous toutes ses formes : intérim, CDD, CDI intermittent à temps partiel, RSA etc…).
L’Etat garant des intérêts du capital
Ce système aveugle est aussi anarchique. Il ne peut se valoriser sans l’Etat, cette superstructure qui l’organise dans le sens des intérêts de la bourgeoisie. Quand celle-ci se réfugie derrière « l’intérêt général », arguant du nécessaire « redressement de la situation économique…d’économies à réaliser…. » c’est pour mieux paupériser les prolétaires, les écraser sous les impôts et les taxes pour siphonner leurs faibles revenus (dans le but d’abaisser le coût de la main-d’œuvre, l’inflation jouant aussi ce rôle) et mieux requinquer le capital de diverses manières (aides nombreuses aux entreprises, primes de l’Etat, exonérations de charges sociales, bouclier fiscal, démantèlement de la protection sociale des travailleurs, de l’école et de la santé…).
Mais c’est aussi par l’intermédiaire de la dette publique (qui est présentée aux prolétaires comme celle de tout le monde) que l’Etat valorise le capital en difficulté notoire. L’Etat est devenu une entreprise à part entière qui prend en charge ce que les capitalistes privés sont incapables de gérer (l’Education, la Santé mais aussi la précarité sous forme de contrats aidés, indemnisation des chômeurs, le RSA, la CMU etc…).
L’Etat est devenu la cible première pour une masse de prolétaires qui en dépendent. Et lorsque celui-ci restreint un peu plus l’accès aux diverses aides (qui constituent le salaire « indirect » des travailleurs) il attise un peu plus la colère et accentue la lutte de classe.
La bourgeoisie ne peut régner (et faire perdurer ce système) qu’en contrôlant toute la vie des prolétaires, en allant même jusqu’à « les nourrir au lieu d’être nourrie par eux. »
Ce qui montre bien que cette classe sociale a de plus en plus de mal à imposer son mode de production et qu’il est temps pour le prolétariat de s’affirmer en tant que classe sociale indépendante, loin des partis de gauche qui ne sont que des partis bourgeois qui se cachent derrière un discours « d’opposants ».
Dans ce cadre où ne subsiste qu’une liberté formelle pour l’individu privé (celle des capitaux demeurant la seule aux yeux de la bourgeoisie), l’alternance politique ne se situe qu’entre démocratie et fascisme. La bourgeoisie n’a plus que son idéologie et son armée pour se maintenir au pouvoir, étant donné l’état de délabrement de l’économie capitaliste.
En conclusion, ce qui sape objectivement les bases du capitalisme, c’est l’étiolement de la masse des profits et les mesures qu’il prend pour tenter d’y échapper qui ne peuvent que déclencher un apocalypse de crises violentes, de guerres et d’épuisement de la nature.
C’est également la fin de la domination des individus par le travail contraint grâce à la mécanisation et à l’automatisation et le fait que le capital ne peut s’accumuler sans créer de valeur nouvelle alors même que cette valeur (calculée sur une quantité de travail) tend à disparaître en même temps que le travail et qui de ce fait ne peut lui fournir la plus-value nécessaire à son renouvellement.
Mais d'autre part le capitalisme ne se détruira pas de lui-même. C’est le prolétariat, uni, qui, prenant le pouvoir, pourra utiliser l’arme de la productivité pour libérer du temps nécessaire à l’appropriation des moyens de production, des connaissances, des conditions de sa domination sur la production de la vie.
Alors qu’aujourd’hui ce temps est chômé, que les individus sont en quelque sorte éjectés de la société bourgeoise, ils ne pourront se libérer du travail contraint qu’en le partageant entre tous, qu’en travaillant moins et autrement. Et c’est le contexte actuel du capitalisme (sa crise systémique) qui nous fournit tous les éléments qui permettent cette libération.
C’est dans ce sens que nous disons qu’il s’agit d’une « situation historique inédite qui nécessite de la part des communistes une attention toute particulière ».
Il ne s’agit pas pour nous de retomber dans des schémas de pensée anciens qui, au lieu de poser le problème du chômage, de la précarité, de l’exclusion des prolétaires dans le contexte de la diminution inexorable du travail contraint (en montrant les immenses potentiels pour le peuple), réclament plus de « croissance » pour plus de travail ! Sur cette question, certains partis qui se réclament du communisme ne font que développer le nationalisme, le chauvinisme, la mise en concurrence des travailleurs (en alliance avec les bourgeoisies qui utilisent le nationalisme pour asseoir leur domination sur leur peuple et étouffer la lutte de classe).Ils ne sont pas de notre camp.
Le problème actuel pour les communistes, n’est pas de constituer et de proclamer aujourd’hui le Parti mais plutôt de s’entendre sur des objectifs immédiats de construction commune.
Il s’agit plutôt pour les communistes d’aider les prolétaires à prendre conscience que pour y parvenir il faut d’abord renverser et détruire l’Etat bourgeois et puis s’approprier par des luttes intenses, les moyens matériels et intellectuels de la répartition du travail nécessaire entre tous (aussi bien dans un souci d’économiser du travail que dans celui de lutter contre les gâchis, alors que le capitalisme produit tout et n’importe quoi !).
Car actuellement l’immense puissance sociale que le capitalisme a développé, il l’a concentré entre les mains d’une petite couche de ses agents qui en ont la propriété. Elle est accaparée par la bourgeoisie et en face d’elle a formé une classe sociale, devenue universelle, celle des prolétaires qui n’ont rien à perdre. Au contraire, ils ont tout à gagner en s’emparant de cette immense puissance et en l’utilisant pour leur propre compte.
En élevant leurs luttes au niveau supérieur (dépassant le simple rapport ouvrier patron, lutte pour de meilleurs salaires etc…), les prolétaires posent l’exigence de diminuer le travail qui les abrutit, les remplacent par des machines. Ils luttent alors pour du temps libre autre que celui qu’offre le capitalisme avec ses loisirs aliénés par l’argent, par différentes formes idéologiques d’intoxication qui brouillent la perception réelle de leur exploitation.
Pourquoi nous regrouper maintenant ?
L’action que nous prônons va dans le sens du développement de cette conscience. Pour cela il faut se regrouper. La dispersion actuelle des forces communistes nuit considérablement à cette dynamique politique. L’idéologie bourgeoise décrite comme facteur de division de la classe ouvrière est bien une réalité mais elle ne peut masquer éternellement la crise qui dévoile le pourrissement de la base « économique » du système capitaliste.
Il suffit de constater que la crise offre de moins en moins de perspectives d’améliorations (même pour le maintien de la bourgeoisie, petite et moyenne, qui descendent « l’échelle sociale ») pour se fixer sur le terrain du combat révolutionnaire.
Il suffit de condamner le recours constant à l’Etat. Chaque fraction de la bourgeoisie en attend qu’il organise les conditions de la valorisation du capital et la reproduction de cette société dont elle est la base.
Il suffit de prendre conscience du peu de différence entre droite et gauche qui cherchent les moyens d’augmenter l’exploitation des prolétaires, chacune à leur manière.
Bref, l’idéologie qui présente l’Etat comme pouvoir démocratique de la société sur « l’économie », alors qu’il est le pouvoir du capital sur la société est une mystification.
Le plus important pour éliminer l’idéologie, en tant qu’elle est une arme puissante de la bourgeoisie, c’est d’avoir compris que ses racines sont celles de l’appropriation privée.
On ne peut la combattre par sa seule critique (la propagande socialiste même la plus juste, diffusée par des groupuscules par exemple) mais bien surtout par la lutte révolutionnaire qui éduque les masses.
Cette lutte révolutionnaire est déterminée par des besoins radicaux, non aliénés. Il est vrai que dans leur immense majorité, les prolétaires sont dominés par des besoins superficiels. Ils se contentent bien souvent de revendiquer un juste partage des revenus. Mais dans le cours de leurs luttes, ils découvrent que leurs besoins vitaux (leur travail, leurs revenus) ne peuvent être partagés que s’ils font une révolution politique et qu’il faut abolir la division capitaliste pour y parvenir.
La lutte transforme les hommes et les circonstances et développe chez eux la conscience des besoins radicaux.
Il leur faut donc une organisation, à ce stade, qui leur montre le chemin à parcourir, qui les forment en tant que classe indépendante de la bourgeoisie.
Le Parti Communiste est au prolétariat ce que l’Etat est à la bourgeoisie. Le moyen de son organisation.
Il ne peut se décréter mais il est l’émanation du prolétariat, l’éveil de sa conscience et le moyen d’achever la révolution jusqu’à la disparation des classes sociales qui sera aussi celle de sa propre disparition.
En attendant, il nous semble utile de poursuivre l’œuvre engagée en appelant au regroupement le plus large des forces communistes et révolutionnaires du monde sur les bases les plus claires possibles.
A vous de voir, en tant que communistes, quelle part vous entendez apporter à cet édifice.
Salutations communistes.
AAM