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Regroupement Communiste
Bulletin de l'Association des Amis du Manifeste
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En finir avec l’électoralisme et le complexe
du vote utile
Les notions politiques de Droite et de Gauche sont une décision de comptage qui nous vient d’un vote historique de 1789 « Faut-il un droit de veto pour le Roi dans la nouvelle Assemblée Constituante ? ».
Les partisans du Roi se sont rangés à droite de l’assemblée, les Républicains se rangeant à gauche, chacun a pu ainsi compter son camp.
Ces divisions ont correspondu à des clivages sur des votes précis à des moments précis ; Séparation de l’église et de L’état (loi de 1905) ou Affaire Dreyfus.
Elles sont tombées largement, lorsque Droite et Gauche ont associé leurs voix dans des décisions peu avouables :
Les masques sont tombés plusieurs fois comme avec les gouvernements d’Union Nationale à partir de 1945, lorsqu’il était demandé aux travailleurs de retrousser les manches et de produire, produire, produire encore…(Thorez)
Il n’est jamais inutile de s’immuniser à nouveau par des piqûres de rappel.
C’est à ce rappel que nous invite l’ampleur de l’abstention lors des derniers scrutins.
En 2002 nous écrivions dans notre communiqué appelant à l'abstention pour le 2e tour de l'élection présidentielle: "Cet effritement du rôle mystificateur de la notion de "gauche" est le point positif et de grande importance de cette élection qui traduit la décomposition du système politique et de la cinquième République". L'élimination de cette notion mystificatrice, dont le rôle essentiel est de masquer les oppositions de classes, d'empêcher des regroupements sur des bases anticapitalistes, est en effet essentielle pour aller vers la prise de conscience de la nécessité de la révolution.
Dans un temps, dans les années 1920, le PCF (SFIC) a représenté l'alternative révolutionnaire face au PS réformisme et gérant du capitalisme. Il rejetait de façon absolue d'être un "parti de gauche". Il ne défendait pas des solutions dans le système, mais se situait au-dessus, proposant des solutions révolutionnaires. Puis vers 1934, le PCF est devenu un parti de gauche, un parti du système, jusqu'à ce que G.Marchais décide, en 1972, qu'il voulait être "un parti comme les autres", marquant ainsi l'étape finale de sa décomposition.
La frénésie avec laquelle le PCF s'est jeté en 2002 dans la campagne anti-le Pen est fonction de son vide politique. Refusant de modifier son mode de fonctionnement monolithique, il compense depuis son absence de débat politique de démocratie interne par une politique erratique mené par sa direction sous influence de ses élus municipaux. Ainsi dans ces années où il flirte avec les courants Altermondialistes, il demeure incapable de mobiliser les travailleurs pour la défense de leur niveau et conditions de vie, il ne parvient plus à les mobiliser y compris électoralement. Il continua donc d'agiter l'épouvantail le Pen pour éviter de parler des mauvais coups qui se préparaient contre les retraites. Le PCF perdit son influence électorale principalement dans les banlieues ouvrières (c'est là l'explication de la "progression" de le Pen, en pourcentage, mais en réalité souvent avec un recul en voix) sans gagner sur les classes moyennes qui demeurent acquises au PS et aux écologistes.
Une nouvelle dynamique de luttes défensives a pris forme à partir de 2005 avec la campagne victorieuse pour le NON au traité constitutionnel et le mouvement anti-CPE, les comités locaux tentèrent de fédérer les « avec » et les « sans-parti » dans une coordination nationale de la gauche antilibérale. De nombreux militants politiques, associatifs ou syndicaux s’y sont investis, mais l’initiative a vite capoté sur le programme et échéances électorales, les intérêts de boutiques ont alors vite repris le dessus. Le PCF, qui se voulait toujours hégémonique sur le mouvement social, ne pouvait envisager un candidat autre que le sien, il y eu donc 3 candidats pour cette gauche antilibérale avec l’implosion de celle-ci et le score que l’on sait pour le PCF : les 1,93% de Marie-Georges Buffet. (certaines voix PCF s’étant portées sur la candidature Bové)
Depuis plusieurs années, les résultats électoraux significatifs (5,30% en 1995, 10% en 2002 et encore 5,75% en 2007) des groupes dits d'"extrême gauche" sont la preuve qu'il aurait été possible, à condition qu'il ne soit pas gangrené par le réformisme et l'électoralisme, à un Parti Communiste de continuer à se maintenir sur des bases de lutte de classe et internationalistes. À conditions de mener une longue lutte à contre-courant, d'accepter de perdre un nombre important de voix, d’élus, et de ne pas en conserver sur des positions fausses.
Maintenant s'ouvrent les conditions de la constitution d'un authentique Parti Communiste, dont l'une des caractéristiques essentielles sera le rejet total de la notion de gauche comme effacement des positions de classe.
Mais il faut détromper tous ceux qui, tout en rejetant les conditions actuelles, veulent toujours continuer dans ce système dans la perspective d'une illusoire amélioration.
Dans cette logique, nous dénonçons Le Front de GAUCHE, nouveau promoteur de l’illusion de « gauche », ce regroupement électoraliste par en haut n’est qu’une opération de recyclage du PCF avec une partie du PS, plus quelques égarés de la gauche antilibérale.
Si la gauche classique, principalement le PS et le PCF, est disqualifiée par la gestion des affaires, la relève peut paraître toute prête. Elle pourrait être constituée par ces groupes dits d'extrême gauche, qui occupent la place tenue auparavant par le PCF rallié à la stratégie de front populaire. Mais qui sont-ils et que font-ils ?
Le Nouveau Parti Anticapitaliste (ex LCR)
L’initiative politique (courageuse) de la LCR d’appel à son propre dépassement par la création d’un nouveau parti correspondait à une analyse juste de la situation. Schématiquement : Fin de l’illusion social-démocrate (les années Mitterrand) avec l’effondrement du PS en 2002, Entrée dans une économie capitaliste mondialisée et dérégulée mettant les peuples en concurrences à l’échelle de la planète; Gouvernements européens parmi des plus réactionnaires depuis la période des fascismes (Sarkozy, Berlusconi…) ; Réveil relatif du monde du travail, retrouvant en quelque sorte sa conscience de classe, puis finalement crise sans précédent du capitalisme « financier ».
Les contestations précédentes du système grenouillaient autour de notions floues : antilibéralisme, écolo, alter mondialisme…., qui faisaient consensus parmi la frange militante et correspondaient au niveau d’analyse de la période, mais qui évitaient une caractérisation nette du système : le Capitalisme.
L’initiative de la LCR, de proposer la création d’un Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA), remettait quelque part les pendules à l’heure. Le problème, notre problème, c’est bien le capitalisme et non plus ou moins de libéralisme, plus ou moins de mondialisation. D’autant plus qu’il y a le vide de la représentation politique du monde du travail, un boulevard pour la construction du parti du travail (en opposition au capital).
La période de construction et sa médiatisation (en la personne d’Olivier Besancenot) a vu arriver de nombreuses personnes qui s’étaient éloignées de la politique ou la découvraient, ce qui validait l’hypothèse de départ. Malheureusement, ces nouveaux venus n’avaient que peu ou pas de formation politique et militante. La proposition était juste, mais elle a surtout souffert d’un vide de contenu (ou de contenus trop différents) que n’ont pas pu trancher les 2 premiers congrès. Réformisme « radical » ou révolution le NPA reste un parti centriste dont les troupes ont fondu quand le soufflet est retombé. Par son manque de clarification, il a aussi souffert de la concurrence de Mélenchon et de son Parti de Gauche. La question principalement débattue au fil des élections devenant faut-il s’allier au Front de Gauche, maintenant ou plus tard
Le Parti Ouvrier Indépendant (POI), ex OCI-PCI, ex Parti des travailleurs
Le POI s’est choisi comme devise « Pour le socialisme, la République et la Démocratie » ce qui n’est pas en soi un programme révolutionnaire. Il affirme sa volonté de sortir de la Ve République, pour une Vième république basée sur le programme du CNR de 1945, avec le mot d'ordre d'"Assemblée Constituante". Dans le contexte de la crise, ce mot d'ordre peut aussi être repris par les partis de la bourgeoisie, afin de mettre en place une VIe République dont de nombreux éditorialistes commencent à parler, et qui serait un moyen de mettre en place un Etat plus adapté à la mondialisation et à la répression contre les actions revendicatives qui s'y opposent. Une Assemblée Constituante révolutionnaire ne peut venir que d'un mouvement insurrectionnel comme la Commune de Paris, et non d'élections dans le cadre du système parlementaire actuel. Le fait qu'il fixe au mouvement de masse l'objectif de "reconquérir la démocratie" fait place aux plus grandes inquiétudes quant à ses perspectives finales!
Le POI est un parti de fonctionnaires (enseignement, collectivités locales, impôts, assurances sociales…) et d’employés qui occupe des places dans l’appareil syndical de la CGT-FO, sans forcement y développer un courant révolutionnaire lutte de classe. Son positionnement et quasi exclusivement en défense des services publics et des valeurs républicaines, ce qui le pose en concurrent ou en proche parent des courants de type républicains souverainistes (Chevènementiste).
Malgré une indéniable force militante, il n’a pas contrairement au NPA ou à LO de base électorale et encore moins de base ouvrière.
Les deux précédente formations ont été des pépinières de cadres de la social-démocratie et des médias: JOSPIN, WEBER, CAMBADELIS, MELENCHON, DRAY, ASSOULINE…PLENEL, FIELD, STORA….
Lutte Ouvrière
Comme l’ex LCR devenue NPA, Lutte Ouvrière a engrangé ces dernières années des résultats électoraux significatifs qui l’ont fait songer à son propre dépassement et à la construction du parti dont les travailleurs ont besoin ; c’était le sens de l’appel lancé en 1995. Mais cet appel n’est resté qu’un vœux pieux et l’organisation s’est vite repliée sur son fonctionnement habituel.
Sa principale activité consiste en l’organisation des travailleurs dans les entreprises, notamment autour de « bulletins d’entreprises » qui dénoncent l’exploitation et les injustices. Mais l’analyse n’est pas poussée beaucoup plus loin que la critique du patron et du patronat pour ne pas effrayer la classe ouvrière. C’est une organisation « ouvriériste-syndicaliste » qui pour faire son nid et tenir des positions ménage les bureaucraties syndicales.
Si en 2002, LO n'est pas tombée dans le piège du Front Républicain et du vote anti-le Pen en appelant au vote "blanc ou nul" pour le second tour ; cette organisation a une position critique ambiguë du PS et du PCF, puisqu’elle les dénonce en tant que gérants et serviteurs du capitalisme tout en appelant à voter pour eux, comme au second tour de la présidentielle de 2007 ou en faisant listes communes aux municipales. Le "programme" de LO reste une recherche d'adaptation du système, c'est ainsi qu'il entretient pour le moins une grave confusion sur le rôle de l'Etat qui, "sous le contrôle réel de la collectivité, pourrait intervenir beaucoup plus dans l'économie pour régulariser la production". L'état, intervenant pour régulariser la production sous le pouvoir capitaliste, cela ne peut être que dans l'intérêt du capital. Imaginer autre chose, même sous le contrôle ouvrier que réclame LO, c'est une dangereuse rêverie. Cette perspective d'amélioration du capitalisme se confirme dans cette affirmation: "Et aujourd'hui on ne pourrait pas sacrifier les intérêts de quelques-uns à la défense du monde du travail… aux intérêts de la majorité de la population? Mais si, on le pourrait et surtout on le devrait car c'est absolument indispensable pour éviter pire!" (le pire : une révolution ?)
Cette position est illustrée par le mot d'ordre: "il faut prendre l'argent là où il est", comme si le problème du socialisme, qui commence à s’imposer, n'était qu'une question de répartition des revenus!
Enfin, le programme de L.O. fait peu de cas de la politique internationale. L'Union Européenne n'y est même pas évoquée. Comment donc pourra-t-on "gérer par l'Etat (français!), mais sous le contrôle des travailleurs", des sociétés de dimension mondiale. Pas un mot de la domination l'impérialisme US sur toute la planète, ni de la politique de guerre que, sous la pression de la crise, il instaure dans les relations internationales.
Le sens de cette progression de l’"extrême gauche",
En réalité ces votes pour l'"extrême gauche", ne sont pas, dans la majorité des cas, un vote révolutionnaire. C'est un vote pour la « gauche de la gauche" (dont certains se revendiquent), c'est-à-dire un vote pour l'amélioration, mais le maintien du système. Pour une grande part, il s'agit d'une expression populiste, qui se contente de fausses solutions. C'est le niveau actuel de leurs électeurs et pour une large mesure de leurs militants. Ils pourront pour une bonne part évoluer vers des positions révolutionnaires, mettant en cause l'ordre capitaliste établi, mais qui n'en sont pas encore là.
Le sens du vote Front National
Par contre, le vote protestataire pour l'extrême droite, exprime le désir de solutions, d'améliorations par un renforcement de l'ordre établi, assurant leur "sécurité". Ce qui fait sa faiblesse politique, c'est que ce camp attend des solutions d'un "sauveur", qui assurera leur tranquillité sans qu'ils aient à intervenir, à se manifester. C'est là la différence fondamentale avec le fascisme et le nazisme, qui étaient des mouvements de masse authentiques, dont l'expression dépassait de loin le terrain électoral, et qui ont eu le soutien de l'industrie lourde et du complexe militaro-industriel. Rien à voir entre les corps francs des nazis, (formés dans l'écrasement de la révolution en Allemagne), les milices fascistes et les quatre millions et demi d'électeurs d’un Front National qui rassemble péniblement quelques milliers de participants à ses manifestations nationales (meetings, 1er mai..)
Ensuite, le problème est de savoir à quel niveau commencera l'action décisive.
Dans la conjoncture actuelle, il semble bien que l'action de masse sera en avance sur la conscience et l'organisation politique. Un grand mouvement de refus, type mai 68, mais bien plus avancé à tout point de vue, fera surgir les solutions politiques en faisant prendre conscience révolutionnaire de l'impossibilité des solutions dans ce système, recherche sur lesquelles restent bloqués irrémédiablement tous les actuels courants, en particulier le Front de gauche, mais aussi le NPA, comme LO et le POI. Un mouvement de masse qui fera sentir le caractère dépassé de toutes les structures actuelles et la nécessité d'autre chose. Bien entendu, dans ce contexte, surgiront, agiront, prendront la tête du mouvement, des directions politiques qui devront se rejoindre et s'unir. Pensons à la Commune.
Alors se retrouveront tous ceux qui auront réglé définitivement son compte, à la notion de gauche et qui rejettent la collaboration de classe. Ceux qui auront compris que la lutte pour le pouvoir, la lutte contre la misère, est inséparable de la lutte contre l’Etat, contre l'impérialisme et la guerre. Ceux qui rejetteront toute référence anachronique au passé. Nous ne sommes plus en 1917, nous sommes confrontés à un capitalisme centralisé mondialement, et il faut s'organiser à ce niveau. Ceux qui inscriront leur lutte dans le contexte international, la lutte contre les sociétés transnationales qui dominent le monde devra rassembler au moins les prolétariats des principaux pays de l'Union Européenne, qui devront coordonner leur action avec les mouvements révolutionnaires d’Amérique Latine, d’Asie et d’Afrique, sans oublier les forces anti-impérialistes des USA.
AAM janvier 2012
* À l’origine de cet article, il y a un éditorial de Maurice Lionnet commentant les élections en 2002 qui nous a amplement servi de trame et que nous avons simplement actualisé des données récentes de la vie politique. Son analyse reste pertinente et nous l’avons conservée comme telle.