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Terrorisme et état d'exception, le cas français.

15 Septembre 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste

Terrorisme et état d'exception, le cas français.

Terrorisme et état d'exception, le cas français.

Avec un certain nombre d’autres pays européens (Belgique, Allemagne…), la France vit depuis plusieurs mois au rythme des attentats « terroristes ».

Comme résidents de ce pays, nous sommes abreuvés de discours politiques et médiatiques à propos de la menace  permanente d’un terrorisme islamiste avec lequel nous serions en guerre.

Face à un tel matraquage idéologique, il est salutaire de faire une pause dans ce flot d’informations et de désinformations et de rechercher sur quelles bases nous pouvons tenter d’analyser ce qui se passe dans notre société.

Un premier constat est nécessaire : le terrorisme, la menace terroriste permanente n’est absolument pas en France une donnée spécifique des années 2010. Depuis la fin des années 50, il n’y a pas une année sans que soient perpétués un ou des actes terroristes. Ces actes sont le fait de groupes d’extrême droite (OAS, Charles Martel, Honneur de la Police…), d’extrême gauche (GARI, NAPAP, AD…), de mouvements nationalistes (FLNC, ARB, IPARETARAK..) ou religieux (catholiques intégristes, islamistes…) de mouvements de libération nationale (FLN, OLP, FARL, ASALA, …), d’état, qui viennent régler leur compte à des opposants réfugiés (Maroc, Israël, Afrique du Sud, Algérie, Iran…)      (https://fr.wikipedia.org/wiki/Terrorisme_en_France)

Dans ce catalogue d’actions terroristes deux moments sont un peu particuliers, celui de la guerre d’Algérie et celui des attentats du GIA (1994-1996), la seconde guerre d’Algérie, mais nous y reviendrons plus après.

Second constat : pendant ces 65 dernières années d’actions terroristes variées, l’état n’a pris des mesures d’exception qu’à certains moments particuliers seulement.

Etat d’urgence pendant la guerre d’Algérie (1954-1962)

Etat d’urgence Outre Mer : en Nouvelle Calédonie (1985), Wallis et Futuna (1986), Polynésie (1987) face à des mouvements de contestation du fait colonial

Plan Vigipirate depuis 1995 et les attentats du GIA sur le RER B. Ce plan Vigipirate a été maintenu et renforcé jusqu’à ce jour. Aujourd’hui « Vigipirate Attentats »

Etat d’urgence (limité géographiquement et dans le temps) en 2005 pendant les émeutes des banlieues.

Etat d’urgence depuis les attentats islamistes du 13/11/2015

Troisième constat : ces mesures d’exception ont entraîné des modifications de notre vie quotidienne.

Vigipirate : protection spécifique de certains lieux (écoles, bâtiments publics, lieux de culte…), par la présence de forces de sécurité et la mise en place de plots en ciment anti-véhicules (piégés ou béliers), développement de la vidéosurveillance sur les lieux publics et surtout quadrillage policiers et utilisation de l’armée à des missions de police.

Jusqu’à la mise en place dans les écoles du plan « vigilance attentats renforcé », une éducation  de nos enfants à la politique sécuritaire. Sans doute pour les habituer à vivre en état d’urgence permanent.

http://cache.media.education.gouv.fr/file/08-aout/10/0/2016_Guide_SGDSN_MEN_616100.pdf

Etat d’urgence : dont l’application permet sans saisir la justice d’effectuer des perquisitions de jour comme de nuit, l’assignation à résidence de personnes déclarées suspectes, la fermeture de certains lieux, des restrictions à la circulation et l’interdiction de certaines manifestations, le tout selon le pouvoir discrétionnaires des préfets.

Si l’on examine les situations où l’état a eu recours aux mesures sécuritaires d’exceptions, on s’aperçoit qu’il s’agit de répondre à une menace venant de peuples colonisés et/ou en liaison avec le passé colonial de la France. C’est également en partie vrai pour les émeutes de 2005, puisque politiques et médias nous ont présenté  les « sauvageons » comme jeunes étrangers et/ou issus de l’immigration.

En faisant abstraction de la répression coloniale des années 80 dans les DOM-TOM, l’état nous sert  donc une équation de type : terroristes = Arabes (Algériens) + islamistes (Algériens, Tunisiens, Marocains…) + jeunes de banlieues (étrangers ou issus de l’immigration).

 

Terrorisme et état d'exception, le cas français.

Voilà une première instrumentalisation du terrorisme qui reprise dans les discours politiques et orchestré par les médias, nous donnes en pâture quatre niveaux de dangereux suspects :

  • Les intégristes musulmans (salafistes, wahabites) , hommes barbus (en qamis ou en sarouel) et femmes voilées (en abaya ou en burkini).
  • Les jeunes « de banlieues » qui partent, sont partis, ou reviennent du djihad (Afghanistan, Irak, Syrie…)
  • Les hordes de migrants où s’infiltrent les terroristes (faux passeports syriens = faux réfugiés)
  • Les musulmans lambdas ou supposés tels (par délit de faciès)

Examinons maintenant ce terrorisme islamiste qui représente une menace  permanente et avec lequel nous serions en guerre.

Depuis les attentats du 11 septembre 2001, l’impérialisme français, comme supplétif des Etats-Unis, est en guerre contre les Talibans et Al QAÏDA en Afghanistan (jusqu’au retrait des troupes 2013).

Depuis mai 2013 et jusqu’à ce jour, de sa propre initiative, l’impérialisme français est en guerre contre les groupes islamistes et AQMI au MALI (et accessoirement contre les autonomistes Touaregs). L’état français est donc bien en guerre depuis 2001 contre des groupes islamiques djihadistes sur les deux fronts que nous venons de citer.

Dans le même temps, l’impérialisme français est allé, en 2011, défaire le régime Libyen en appuyant (raids aériens, armements, engagement des forces spéciales…) les combattants « révolutionnaires » libyens dont bon nombres étaient des djihadistes de retour d’Irak.

De la même façon, l’état français s’est engagé politiquement et logistiquement (armements, engagement des forces spéciales …) en soutien aux combattants « révolutionnaires » Syriens qui sont en grande partie des combattants islamistes. En décembre 2012, Mr FABIUS alors ministre français des Affaires étrangères déclarant que le Front Al-Nosra (Al QAÏDA en Syrie) fait du bon boulot.

Voir nos articles :

http://rcpc.over-blog.com/article-syrie-progresser-dans-la-comprehension-d-114827535.html

(et suivants)

Revirement d’alliance, depuis septembre 2014 pour l’Irak et septembre 2015 pour la Syrie, dans le cadre de l’OTAN l’impérialisme français bombarde des positions tenues par l’Etat Islamique.

Comme les Etats-Unis au temps de l’invasion soviétique de l’Afghanistan, l’impérialisme français pour maintenir ses intérêts, joue avec les islamistes djihadistes qu’il a largement contribué à renforcer. Il n’est donc pas très étonnant qu’à un certain moment ceux-ci se rebiffent.

La période du nouveau « terrorisme islamiste » en France s’ouvre en 2012 avec Mohamed Merah qui abat trois militaires français et ouvre le feu dans une école confessionnelle juive. Jeune « de banlieue », l’individu est trouble, il connaît bien et est bien connu des services de sécurité français. Ses actes peuvent être décryptés en référence aux engagements militaires français et au conflit israélo-palestinien. Les faits sont fortement médiatisés par les chaînes d’informations en continu, notamment l’assaut du RAID à son domicile.

Décembre 2014, voit plusieurs attaques d’individus isolés: au couteau contre un commissariat à Joué les Tours, Voiture bélier à Dijon et camionnette à Nantes. Si politiques et médias montent en épingle un terrorisme islamiste, il semble plutôt qu’il s’agit de personnes psychologiquement  perturbées, inspirées par des attaques similaires perpétrées par des jeunes palestiniens en Israël.

Janvier 2015 : l’attaque contre la rédaction du magasine Charlie Hebdo est le fait d’un commando organisé, le journal faisant l’objet d’une « fatwa », il était aussi protégé par la police car ses locaux avaient déjà été incendiés en 2011. L’objectif politique ne fait pas de doute, d’autant que le rédacteur en chef était le compagnon d’une ministre du gouvernement Sarkozy-Fillon (Jeannette Bougrab).

Après Charlie hebdo, les actions perpétuées par Coulibaly, semblent plutôt opportunistes, ( il n’y a pas de lien entre les deux groupes), alors qu’il circule en voiture (et armé) à Montrouge, il est confronté à un incident sur la voie publique où interviennent la police municipale et des agents de la voirie, il tire (pour se dégager ?) puis s’enfuit, ses premières victimes sont donc de circonstance. Sa cible suivante, l’Hyper Casher, s’apparente de l’amalgame juifs=israéliens en relation probable avec le conflit israélo-palestinien. Coulibaly a vraisemblablement voulu bénéficier de l’effet de pub initié par la couverture médiatique sur Charlie.

C’est aussi probablement ce qui détermine quelques passages à l’acte d’individus au cours de l’année 2015, attaque au couteau contre des militaires de Vigipirate à Nice (février 2015), meurtre  d’une conductrice pour lui voler son véhicule, le voleur « terroriste » se blesse par balle avec sa propre arme (avril 2015), fusillade du train Thalys dont l’auteur est désarmé par des passagers. Sans parler de l’employer déséquilibré qui décapita son patron,… tous ces actes montés en épingle comme terrorisme islamiste, même s’ils font de regrettables victimes, ne sont pas très crédibles comme menace  permanente et semble plus relever de la psychiatrie que de l’antiterrorisme.

Les attaques du 13 novembre 2015 sont d’une autre nature : il s’agit à nouveau de commandos organisés en attaques synchronisées, les victimes le seront par balles dans la rue ou dans la salle de concert du BATACLAN, les bombes destinées au Stade de France, défectueuses ne tueront que les terroristes et un malheureux passant.

Le 13 juin 2016, un forcené « djihadiste » tue à l’arme blanche un policier à son domicile et sa compagne également policière. Il avait eu affaire au policier dans le cadre de ses fonctions, ce qui laisse plutôt planer un soupçon de vengeance.

Le 14 juillet 2016, un poids lourd fonce sur la foule rassemblée sur la promenade des anglais à Nice. L’acte, avant toute enquête, est présenté comme terroriste et l’auteur comme islamiste radicalisé, ce que son passé y compris récent dément. Le ministère de l’intérieur développe alors le concept de radicalisation immédiate.

Août 2016, assassinat d’un curé dans son église

Jusqu’au 9 septembre 2016, avec à Paris, la voiture aux bonbonnes de gaz et le gang des femmes voilées qui voulaient commettre un attentat.

S’il n’y avait pas de malheureuses victimes tout ceci ne serait que rocambolesque.

Après chacune de ces attaques terroristes, l’enquête progresse de façon spectaculaire et met en évidence que les auteurs étaient bien connus des services de police, s’étaient radicalisés, faisaient l’objet de la fameuse fiche S, ou avaient un parent, un ami, un conjoint qui en avait une à son nom ou était parti en Syrie ou avait voulu partir…bref un refrain bien connu.

Il y a indéniablement des attentats terroristes organisés (Charlie, le 13 novembre 2015…) mais aussi des attentats improvisés (ce qui n’empêche pas leur réussite), l’état et les médias qui exploitent largement le filon, nous servent une version complotiste : « la France est attaquée par DAECH », qui avec les mesures d’exception vise plus à terroriser la population que le terrorisme lui-même.

On peut légitimement se demander, comme le font  certains éditorialistes, si sans le battage et la publicité médiatiques, certaines de ces actions terroristes « opportunistes » auraient bien eu lieu ?

 

Terrorisme et état d'exception, le cas français.

Examinons maintenant, les questions que soulèvent ces actes terroristes et les mesures sécuritaires qu’ils légitiment :

Les revendications : Contrairement à d’autres périodes où les groupes terroristes adressaient à certains journaux des communiqués  pouvant être authentifiés, aujourd’hui, c’est l’état qui nous indique la revendication des actes terroristes, selon des réseaux du www qu’il aurait identifiés. Selon ces déclarations Merah et Charlie seraient revendiqués par AL QAÏDA, les autres actions par DAECH ou par allégeance des auteurs à cette organisation.

Pour rappel, le Front Al-Nosra (Al QAÏDA en Syrie) et  DAECH sont deux organisations islamistes djihadistes concurrentes qui se combattent en Syrie.

Ces islamistes, comme tous les courants religieux ont une vision du monde Obscurantiste, Rétrograde et Totalitaire. Comme tous les intégristes ( musulmans, chrétiens, juifs, hindouistes, bouddhistes…) ils ont un projet global de société (une théocratie) qu’ils veulent imposer au reste du monde, y compris par la force.

Par exemple, avant DAECH, il y avait déjà un Etat Islamique comparable et revendiqué comme tel : l’Arabie Saoudite. (le grand allié des Etat-Unis et de l’Europe)

La responsabilité des musulmans : Des représentants de l’état, de la classe politique et des médias, ont à plusieurs reprises demandé aux représentants du culte musulman de faire des déclarations de condamnation des actes « terroristes islamistes ».

Drôles de musulman(e)s que ces « islamistes radicalisés » petits délinquants, toxicomanes, buvant de l’alcool, sortant en boites …. Alors, face à ces révélations,  le Ministère de l’Intérieur a dû inventer le concept de la radicalisation instantanée ! Quels rapports entre les pratiquants d’un culte et ces usurpateurs ?

Autre curiosité, Mayotte département français (d’outre-mer) a une population à 95% de tradition ou de culture musulmane mais aussi un taux immigrés illégaux proche de 40% et pourtant pas de terrorisme islamiste, ni d’islamistes radicalisés. Les seuls troubles sérieux connus (2011) sont liés au coût de la vie et à des revendications économiques.

La responsabilité affirmée des musulmans s’inscrit dans la théorie états-unienne  du choc des civilisations, il est affligeant mais pas surprenant que l’état français en fidèle vassal, la reprenne à son compte.

L’état d’urgence : Cette disposition d’exception est sensée permettre de nous protéger d’une menace imminente.

Mais pas d’état d’urgence  pour les attentats de Merah ou de Charlie ? Pas d’état d’urgence en Corse en 1998 où pourtant le représentant de l’état est exécuté ?

L’état d’urgence n’est déclaré qu’à partir des attentats du 13 novembre 2015, sa lecture est assez chaotique, certaines manifestations sont interdites, d’autres non. Militants écologiques et syndicaux  arrêtés et assignés à résidence, menace sur les manifestations contre la loi travail.

Terrorisme et état d'exception, le cas français.

Cet état d’urgence est plutôt la parade d’un pouvoir politique aux abois, face à la montée des mécontentements. Le président du MEDEF nous en donne par inadvertance la clé de décryptage quand il déclare que les grévistes qui bloquent  leur lieu de travail et par la même l’économie sont  aussi des terroristes.

Cet état d’urgence, toujours reconduit, est légitimé par la menace  permanente d’un terrorisme islamiste avec lequel nous sommes en guerre.

Osons une comparaison : L’état d’urgence  a été déclaré pendant la guerre d’Algérie (1954-1962). Durant cette période, le FLN ne constituait pas une menace réelle à l’intégrité de l’état français certes il y eu des attentats FLN, y compris quelques-uns en « métropole », mais la véritable menace à l’intégrité de l’état français avait pour origine l’OAS, qui a perpétué de nombreux attentats, y compris contre des personnalités et le chef de l’état.

Cette organisation issue d’un putsch militaire raté et dont de nombreux membres appartenaient à l’armée a tué entre 2000 et 2500 personnes entre 1961 et 1963.

Que croyez-vous qu’il advint, alors que le pays n’était pas en guerre et qu’il s’agissait simplement d’opérations de maintien de l’ordre selon les gouvernements de l’époque ?

Avec la même constitution et le même état d’urgence, l’OAS a été éradiquée en trois ans, ses membres qui n’avaient pas été tués ou n’avaient fuit en exil (dans des pays sans accord d’extradition avec la France comme l’Espagne de Franco), ont été arrêtés et condamnés.

Il est étrange qu’un terrorisme islamiste (avec lequel nous sommes en guerre), qui ne détient pas la même logistique que l’OAS en son temps, mais dont nous connaissons la base arrière, tienne tête à l’armée d’un état comme la France ?

En dehors des victimes directes, qu’elles sont les conséquences de ces attentats terroristes « islamistes » ? Principalement les mesures d’exception prisent par l’état et maintenues au quotidien :

  • Depuis Vigipirate une présence policière et militaire permanente dans les rues de nos villes. L’armée est utilisée comme force de police contre l’ennemi intérieur, aujourd’hui l’islamiste, mais demain qui sait ?
  • Avec l’état d’urgence, restrictions des libertés publiques telles que couvre feu, fouilles des bagages et des véhicules, perquisition de domiciles de jour comme de nuit, assignations à résidence, dissolution d’associations, blocage de sites Internet..
  • Le gouvernement Hollande a dû renoncer au projet de loi sur la déchéance de nationalité et à l’inclusion de l’état d’urgence dans la constitution.
  • Dans le cadre de la police contre l’ennemi intérieur, renforcement de la réserve opérationnelle (militaire) et création d’une garde nationale.
Terrorisme et état d'exception, le cas français.

L’ensemble de ces mesures policières associé au matraquage médiatique, accrédite la thèse du danger imminent et crée dans la société une ambiance de suspicion généralisée.

Les représentants de l’état, la classe politique et médiatique, sur les attentats, mais aussi pratiquant l’amalgame, sur des faits-divers, ou des  sujets de société désignent sciemment  à la vindicte populaire, une partie de la population, les musulmans ou supposé tels, les personnes issues de l’immigration du Maghreb, les migrants…selon le  diviser pour mieux régner.

C’est une reprise éhontée et banalisée des thèmes de l’extrême droite.

C’est une tactique éprouvée contre l’extension des mouvements sociaux à l’heure où les préoccupations réelles sont le travail-chômage (loi travail) et le pouvoir d’achat qui en découle (logement, santé, éducation, retraite…).

Dans cette période de crise systémique du capitalisme, les tensions sociales s’exacerbent, la lutte de classe s’intensifie. En prévision des confrontations à venir, l’état français comme outil garant des intérêts de la bourgeoisie, en se servant du terrorisme, a  d’ores et déjà avancé ses pions.

Sa défense s’oriente autour de deux options non exclusives l’une de l’autre :

  • la mise en place progressive d’un état totalitaire de type fasciste.
  • La préparation des conditions d’un climat de guerre civile, jusqu’à son déclanchement même.

Comme communistes, nous devons avoir une lecture claire des faits, pour pouvoir expliquer, éduquer.

Nous devons nous opposer aux communautarismes et au nationalisme.

Expliquer que la classe ouvrière est Une, au sein de l’état français mais aussi de par le monde

Dénoncer le rôle  et la responsabilité de notre propre impérialisme dans les conflits armés en Afrique et au Moyen-Orient. 

 

                                                             Jean-Michel NICOLAS    14 septembre 2016

Terrorisme et état d'exception, le cas français.
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BREXIT, un non événement

23 Août 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste, #Nos analyses

BREXIT, un non événement

Le Royaume-Uni quitte l’Union Européenne !

 

Pour les communistes, c’est un non événement. 

 

Tout d’abord sur le plan économique, car cela ne changera rien, le Royaume-Uni avait déjà un pied dedans et un pied dehors, il a maintenant les deux pieds dehors. Il s’affranchit des décisions communes de l’Union Européenne, mais cette dernière entretient déjà des relations économiques privilégier avec d’autres états qui n’en sont pas membres. Accords de libre-échange ou d’association avec des dizaines d’autres pays parmi lesquels la Norvège, la Suisse, l’Afrique du Sud la Turquie, Israël…bientôt le Canada et les USA, pour nombre d’entre eux, il n’est pas exigé non plus de visa à leur ressortissant qu’il veulent venir sur le territoire de l’UE.

 

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne sont toujours parfaitement intégrés au mode de production capitaliste mondialisé et inféodé à l’impérialisme US aujourd’hui encore 1ère puissance dominante. Il n’y a donc rien de changé pour les prolétaires du Royaume-Uni, ni pour ceux de l’Union Européenne.

 

C’est un désaveu et un camouflet politiques pour les dirigeants des pays membres de l’Union Européenne, qui s’est traduit par une effervescence médiatique et des fluctuations sur la Livre Sterling et les marchés, spéculation oblige.

 

Comme communistes nous n’avons ni à nous féliciter, ni à nous plaindre de cette décision du Royaume-Uni mais nous devons nous opposer résolument à toutes les fausses solutions nationalistes qui ne manqueront pas d’être avancées en cette période de décadence du capitalisme comme  la solution à la crise.

                                                                    Jean-Michel NICOLAS

 

« On accuse les communistes de vouloir abolir la patrie, la nationalité ; les ouvriers n’ont pas de patrie. On ne peut leur ravir ce qu’ils n’ont pas. Comme le prolétariat de chaque pays doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe maîtresse de la nation, il est par là encore national lui-même, quoique nullement dans le sens bourgeois. » 

Marx-Engels (Manifeste communiste)

 

BREXIT, un non événement

BREXIT : les prolétaires unis finiront par  rejeter l’Europe capitaliste.

 

Le Royaume-Uni, pays impérialiste dirigé par le capital financier, a rejoint la Communauté européenne en 1973. Ce sont les capitalistes britanniques qui, dès les années 1960, ont violemment restructuré l’économie du pays, laminant son industrie, générant un chômage massif, plongeant des millions d’ouvrières et ouvriers dans la pauvreté, pour réinvestir leurs capitaux ailleurs ou sous forme de placements financiers... ils n’ont pas attendu les directives de l’Union européenne pour cela.

 

Au Royaume-Uni comme ailleurs, l’Union européenne (UE) ne fait qu’accompagner ce mouvement de restructuration. L’UE est en quelque sorte le syndicat des puissances européennes, comme la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni, réunies pour trois raisons : défendre leurs intérêts communs face aux autres grandes puissances, fixer des règles communes pour faciliter la circulation du Capital sur le continent, et organiser leur domination sur les petits pays dominés d’Europe du Sud et de l’Est.

 

Le Royaume-Uni occupe historiquement une place particulière dans l’UE, car le pays est très lié économiquement et politiquement aux États-Unis : c’est pour cela que le pays est moins intégré à l’Union que ne le sont la France ou l’Allemagne. 

Les capitaux britanniques et étasuniens veulent pouvoir circuler librement en Europe, mais en même temps le Royaume-Uni ne peut pas trop s’investir dans un projet qui menacerait la suprématie des USA. 

Les gouvernements britanniques ont souvent attisé le sentiment anti-européen, sous prétexte qu’il serait soucieux des intérêts du peuple britannique: il s’agit juste, à chaque fois, de défendre les intérêts particuliers du Capital britannique et de la bourgeoisie qui le possède.

On nous dira qu’il n’y a rien de neuf sous le soleil . Pourquoi ce référendum mené par Cameron, un pion politique du capital britannique, pour soi-disant sortir son pays de l’Union européenne ?  

 

Le capital financier du Royaume-Uni est intimement lié au capital financier étatsunien via la City de Londres que Wall Street accrédite comme deuxième place financière mondiale. 

Le Royaume-Uni répond aux ordres de ses alliés de Washington dont il a toujours été le Cheval de Troie au sein de l’Union européenne, au service de ses vis-à-vis de Wall Street.  

BREXIT, un non événement

David Cameron a reçu mission de ses patrons de rassembler le grand capital européen en prévision du grand affrontement qui se prépare entre l’Alliance atlantique (OTAN) en débâcle, et l’alliance montante russo-chinoise. 

Évidemment, cet affrontement en préparation exigera des sacrifices – telles une énergie plus coûteuse pour l’Allemagne qui s’approvisionne en Russie – la perte de certains contrats militaires pour la France – la perte de contrats d’investissements pour l’Italie –, etc. mais la mise au pas de l’ogre Russe avant le repli du dragon chinoissera à ce prix.

 

Le « BREXIT » vise à faire monter les enchères pour le maintien de l’Union, sachant que le retrait du Royaume-Uni entraînerait d’autres replis, la Grèce est à deux doigts de suivre ses pas et combien d’autres ? 

Dans cette guerre économique et politique préparatoire à la guerre militaire qui suivra, il semble que la gauche et la droite nationaliste ainsi que leurs extrêmes, ont pris fait et cause en faveur de la faction capitaliste favorable à l’âpre renégociation de l’Union en opposition à la faction capitaliste monopoliste favorable au maintien du marché commun et de l’Euro en l’état.

 

 Ce sont surtout les capitalistes moins fortunés qui sont dans le camp du « BREXIT » – et de l’âpre renégociation de l’Union –  alors que les plus grosses fortunes d’Europe – les capitalistes monopolistes transatlantiques – sont eux dans le camp de l’Union. 

C’est que l’idéologie bourgeoise de la Nation protectrice, mystifie ainsi la classe prolétarienne.

Une grande partie des prolétaires, inscrit de fait dans le cadre de la concurrence sauvage entre les capitalistes joue les thuriféraires du capital.

 

Comme Marx nous l’a enseigné la mondialisation de l’économie est inscrite dans les gènes du capital. 

Le choix pour la classe ouvrière ne se pose pas dans les termes de « pour ou contre l’Europe », mais bien en termes de « Quelle Europe voulons-nous ? » L’Europe du capital ou l’Europe du prolétariat international ? Une certaine gauche bourgeoise présente l’alternative dans ces mots, sauf qu’elle laisse entendre que l’Europe du prolétariat peut s’ériger par la conquête électoraliste des parlements capitalistes à grand renfort de bulletins de votes et de plébiscites. RIDICULE.

 

 L’Europe prolétarienne nécessite de détruire de fond en comble l’Europe capitaliste, ses parlements, et ses États bourgeois et de socialiser la totalité des moyens de production, d’échanges et de communication.

BREXIT, un non événement

Les prolétaires britanniques doivent refuser de se ranger derrière la clique des capitalistes financiers de la City pour obtenir une renégociation douce des clauses de l’alliance avec la bourgeoisie européenne, ou de se ranger derrière la clique des capitalistes manufacturiers afin de renégocier âprement les clauses de l’Union. 

Ils n’ont rien à faire dans cette galère entre les deux factions moribondes du capital et ils doivent rejeter ce référendum sans intérêt pour ses intérêts… de classe.

 

La concurrence entre les USA et l‘UE pour s ‘emparer des richesses mondiales a franchi une étape.

La crise du système, les difficultés grandissantes qu’a le capital aussi bien à produire de la plus-value qu‘à la réaliser (la transformer en profit et donc en capital additionnel) le contraint à agir sur deux plans.

L‘UE s ‘est constituée pour exercer une pression plus grande sur la classe ouvrière qui au sortir de la guerre mondiale acceptait difficilement les efforts de reconstructions exigés par le capital (cf les grandes grèves ).

La nouvelle organisation du travail (le fordisme) prenait son essor et parcellisait le travail, détruisant du même coup les savoir faites et les anciennes catégories de travailleurs qui avaient résisté à cette phase de la mondialisation capitaliste. 

Il fallait donc accroître l'exploitation en augmentant la productivité. Celle ci s’est avérée très efficace jusqu’à la fin des années 70 qui vit les limites de cette augmentation avec un accroissement à la fois du crédit, une concentration accélérée du capital crédit et du même coup du capital productif entre des mains de moins en moins nombreuses.

C'est le début de la décroissance c‘est à dire des rendements décroissants des gains de productivité qui aujourd’hui plombent le capital dans son ensemble et freinent l‘augmentation du taux de profit jusqu'à le diminuer.

 

Sur un second plan, il s‘agit de s’ emparer à moindre coût des ressources.

C'est la décolonisation car entretenir des colonies devenait un fardeau pour les États capitalistes.

C'est la phase d'expansion moderne avec des Etats centraux qui dominent des Etats compradore.

Les ressources sont pillées mais à moindre coût en terme de capital investi. 

Ce qui est la situation actuelle avec comme conséquence un rétrécissement des marchés du fait de la ruine consécutive à ce pillage et de la guerre économique et militaire qu'engendre la concurrence.

 

Je pense que la montée du nationalisme est irrémédiable dans ce contexte de concurrence exacerbée.

 

Il s‘agit à la fois de procurer une main d‘œuvre à bas coût dans tous les pays qui aspirent à figurer dans le palmarès des Etats impérialistes (avec au sein même de ces pays des zones franches livrées au marché sans aucuns « garde-fous », ce qui a pour conséquence d ‘ accroître l ‘ exploitation et la disparition des maigres « acquis sociaux  » dans les pays voisins).

Pour les Etats dominants il s‘ agit d‘être celui qui aura les meilleures parts de marché d ‘ être le plus grand pilleur de la planète devant tous les autres.

Voilà pourquoi aussi bien le FN que le FG réclament un État fort, capable de « développer l‘ économie  » n‘hésitant pas à tenir un discours volontariste et musclé à l ‘ égard des concurrents.

BREXIT, un non événement

«Le capitalisme c‘est la guerre» écrivait notre regretté Maurice Lionnet, directeur du journal «Regroupement Communiste» dans les années 80.

Il ne peut se survivre qu'en écrasant ceux qui lui résistent.

 

Mais unis, les prolétaires peuvent profiter de la maladie structurelle du capitalisme qu'est la crise liée à la baisse du taux de profit (du fait de la dévalorisation brutale et irréversible de la valeur d'échange – monnaie, capital productif et financier, tout ce qui exprime le blocage de ces échanges sur le marché ) en lui  donnant le coup de grâce qui pourra l'achever après une révolution politique puis sociale indispensable pour s'emparer de tous les moyens de production de la vie.

 

Pierre Lehoux

 

(sources : Robert Bibeau,  «Les 7 du Québec»)

 

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De quelle violence parle t'on ?

30 Juin 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste, #Luttes sociales

De quelle violence parle t'on ?

Comme travailleurs, chômeurs, précaires, jeunes, retraités, femmes, immigrés avec ou sans papiers, la violence que nous subissons tous les jours, c’est la violence institutionnelle de l’état capitaliste, celle là n’est que rarement dénoncée par les médias encore moins sanctionnée (et pour cause). Combien de vies cassées….!

Nous relayons ci-dessous un article de Saïd BOUAMAMA sur le traitement médiatique des mouvements sociaux.

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Le traitement médiatique du mouvement social : Casseurs et prises d’otage

Publié le 4 juin 2016

Par Saïd Bouamama

Le mouvement de contestation de la loi El Khomri fait la Une des médias lourds depuis plusieurs semaines. L’inscription dans la durée lui donne une dimension d’analyseur de ces  médias qui plus que jamais apparaissent comme remplissant une fonction sociale précise, celle que Serge Halimi a dénommé « nouveaux chiens de garde[1] » par paraphrase de Paul Nizan[2] qui attribuait cette fonction aux « philosophes » au service des classes dominantes. Sans être exhaustif, l’analyse de trois leitmotivs médiatiques permet d’interroger la production quotidienne d’une vision dominante qui en dépit de son vernis d’objectivité participe des luttes sociales en cours.

Une violence de casseurs et de la CGT

Le discours sur les « casseurs » est le premier leitmotiv se déployant à longueur d’antennes. Il s’inscrit dans un discours plus général sur la « montée de la violence » irrationnelle et/ou illégitime qui depuis des décennies est mis en avant pour justifier un tournant sécuritaire. Il s’agit de produire de la peur pour susciter une demande de « sécurité ». Pour que ce processus d’émergence d’une demande sécuritaire puisse se déployer, il est nécessaire de construire la violence constatée comme étant une « violence sans cause » c’est-à-dire comme une violence pathologique et/ou résultante de la stratégie d’une minorité invisible.

La violence est ainsi mise en scène médiatiquement comme étant le fait d’une minorité de marginaux. Selon les circonstances, cette minorité est soit dépolitisée, c’est-à-dire que les faits de violences qu’on lui impute sont renvoyés au déclassement, à la décomposition ou à la pathologie mentale ; soit surpolitisée la violence est alors attribuée à une minorité politique occulte déployant une stratégie de déstabilisation. Des révoltes des quartiers populaires aux manifestations actuelles en passant par la chemise du directeur des ressources humaines d’Air France, la violence est systématiquement l’objet de réductionnismes médiatiques dont le point commun est de nier les bases matérielles légitimes à la colère sociale.

L’effet des réductionnismes médiatiques est donc le masquage des causes de cette violence. Celles-ci se cumulent pourtant depuis des décennies. Comprendre l’émergence d’une violence sociale nécessite la prise en compte de ces causes et de ne pas les confondre avec les « déclencheurs ». Ces derniers ne sont qu’un canal d’expression qui prend telle ou telle forme selon les circonstances et les canaux disponibles. La révolte des quartiers populaires de novembre 2005 (et la violence des jeunes insurgés qui la caractérise) qui a touchée 400 quartiers pendant 21 jours a comme déclencheur l’assassinat de Zyed et Bouna mais à comme cause les processus massif de paupérisation, de précarisation, de discrimination et de contrôle social policier qui touchent les habitants de ces quartiers. Le mouvement social actuel (et la violence qui caractérise une partie des manifestants) a comme déclencheur la loi El Khomri mais a comme cause la destruction systématique depuis quatre décennies ultralibérales de toutes les sécurités sociales conquises par le passé et la hausse de l’écart social entre la classe qui s’enrichie et celles qui se paupérisent.

De quelle violence parle t'on ?

La confusion entre « déclencheur » et « cause » est partie intégrante des processus de domination en participant à l’invisibilisation des causes structurelles. Elle permet en outre de légitimer la violence répressive.   Il n’est pas inutile de rappeler ce que disait l’évêque brésilien Helder Camara à ce propos :

« Il y a trois sortes de violence. La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d’hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d’abolir la première. La troisième est la violence répressive, qui a pour objet d’étouffer la seconde en se faisant l’auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n’y a pas de pire hypocrisie de n’appeler violence que la seconde, en feignant d’oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue[3].»

La négation de la violence institutionnelle dont parle Helder Camara passe par la réduction de la violence à sa seule forme externalisée. Elle suppose la négation de la première réaction des victimes qui est généralement de retourner la violence contre soi ou contre ses proches. La violence institutionnelle fonctionne en effet sur la base de l’invisibilisation de l’agresseur par son inscription dans des mesures en apparence non violentes, mais qui ont des effets destructeurs sur l’existence des personnes qui les subissent.  Ce n’est que lorsque la victime est en mesure de faire des liens, de repérer la source de cette violence invisible, de disposer d’une cible, etc., que sa réaction tend à  s’orienter vers d’autres réponses et entre-autres vers une violence externalisée envers un DRH, un policier ou un ministre.

Que la colère des manifestants soit virulente, qu’une partie d’entre eux  l’exprime de manière plus radicale, qu’une autre partie cherche l’affrontement, etc., ces constats sont des évidences. Mais ces constats portent sur des conséquences dont les causes sont antérieures. Comme le souligne la sociologue Isabelle Sommier : « La loi El Khomri n’a été qu’un catalyseur, la « goutte d’eau qui a fait déborder le vase » du cumul de griefs et d’indignations contre l’état d’urgence, le sort et les discours sur les migrants, la précarisation continue du travail, ou encore le climat général d’un quinquennat calamiteux[4]. » La négation des causes est ainsi un premier procédé des média-mensonges sur le mouvement social.

De quelle violence parle t'on ?

Une stratégie de la tension

Aux causes structurelles provenant des violences institutionnelles s’en ajoute d’autres conjoncturelles consciemment mises en action par les pouvoirs publics. Nous sommes en présence d’un choix de doctrine dans le rapport aux manifestants. «On glisse d’une conception où l’on maintenait à distance des manifestants à une conception où l’on vise c’est manifestants. C’est flagrant avec le Flash Ball[5] » fait remarquer  la juriste Aline Daillère responsable des programmes police-prison-justice pour la France de l’ONG « Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture » (ACAT).

Un autre aspect de la nouvelle doctrine est la surprésence policière. Le déploiement d’un nombre disproportionné de policiers habillés et armés comme pour une scène de guerre s’inscrit dans une stratégie de la tension dans l’objectif d’isoler un mouvement que l’on sait populaire. Il en est de même de la tactique consistant à couper les cortèges dont le résultat est l’enfermement dans une nasse d’une partie des manifestants qui ne peut que susciter un regain de tension. Même le plus pacifique des manifestants voit sa colère monter d’un cran lorsque qu’il se retrouve ainsi pris en étau. L’affrontement est tout simplement recherché. S’il ne faut pas exclure la présence de provocations sous la forme de policiers déguisés, cette manœuvre n’est qu’un outil parmi d’autres d’une stratégie globale de la tension.

Le discours médiatique pour sa part commente ces faits de manière militaire inversant une nouvelle fois les causes et les conséquences. L’habitude de se faire gazer par exemple conduit à la généralisation des foulards et celle de se faire matraquer à l’utilisation de casques par une partie des manifestants. Ces conséquences sont doctement analysées par les médias lourds comme la preuve d’une « militarisation » d’une partie des manifestants. Cette militarisation supposée apparaît dès lors comme justification de la surprésence policière. De cause, la surprésence policière se transforme en conséquence.

Le but de ce choix de doctrine est de contrecarrer la possible massification du mouvement social. Dissuader les opposants à la loi de venir en famille crier leur refus est le véritable objectif de la nouvelle doctrine.  La couverture médiatique sans investigation, construite à partir des déclarations officielles des seuls préfets, se déployant sur une base sensationnaliste contribue à cet objectif.  En témoigne aujourd’hui des couvertures de manifestations quantitativement importantes avec comme seules images des affrontements. Le bruit des grenades couvre celui des slogans revendicatifs.

De quelle violence parle t'on ?

La prise d’otage

Le discours sur la « prise d’otage » des citoyens est le second leitmotiv médiatique et politique concernant le mouvement social actuel. « Prendre ainsi en otage les consommateurs, notre économie, notre industrie, continuer des actions qui visent à faire retirer le texte, ce n’est pas démocratique» clame Valls le 23 mai.  « J’ai du mal à accepter que des Français soient pris en otage » lui répond en écho Myriam El Khomri le lendemain. « Pas un jour sans qu’il y ait une grève, un mouvement de contestation, que des gens prennent en otage des citoyens français” enchaîne Nicolas Sarkozy le même jour. Le discours est le même du gouvernement à la droite, du patronat aux différents experts et consultants médiatiques qui pullulent sur les plateaux.

Ce discours n’est pas nouveau. Le principe même d’un mouvement social est de se faire entendre et pour cela de se visibiliser. Cela suppose d’entraver le fonctionnement habituel de la vie sociale. Ces formes d’action sont aussi anciennes que les mouvements collectifs et leurs formes sont si ce n’est similaires du moins comparables : blocage des axes de transport, paralysie d’équipements stratégiques, etc.  La couverture médiatique et politique à partir de l’expression « prise d’otage » n’est pas non plus neuve, quoique plus récente. Elle naît du contexte idéologique ultralibéral négateur de toute légitimité du collectif au profit de la seule approche individuelle. Sa fréquence médiatique est un indicateur de la prégnance de l’idéologie ultralibérale dans nos médias. Les routiers de 1992 et 1996 comme les cheminots de décembre 1995 ont également été transformés médiatiquement en preneurs d’otages [6].

En choisissant une telle expression pour couvrir des actions collectives le discours médiatique dominant prend (consciemment ou non le résultat est identique) position contre le mouvement social. L’attention sur les enjeux et les causes du conflit est détournée vers une attention sur les conséquences du conflit. Les « blocages » n’apparaissent plus comme un moyen pour se faire entendre mais comme une stratégie égoïste ne prenant pas en compte le citoyen moyen transformé en victime impuissante. La scène du voyageur sur un quai de gare lors d’une grève est ainsi devenue un incontournable des journaux télévisés. Il ne s’agit plus d’interroger un citoyen sur son avis sur la loi El Khomri mais de le questionner un individu réduit à la seule dimension de consommateur sur les entraves à l’accès à un bien ou un service.  Le citoyen cédant la place au consommateur c’est bien là, l’idéal des classes dominantes contemporaines que construisent les médias dominants.

Le discours dominant sur la prise d’otage est lourd d’effets. Il active l’imaginaire du terrorisme et de la nécessaire intervention musclée des forces de l’ordre. Il ouvre et encourage une logique de « montée des enchères ». La droite dénonce le laxisme supposée du gouvernement avec un Sarkozy appelant le gouvernement à « remettre de l’ordre et de l’autorité dans le pays ». Le Front National par la bouche de Marion Maréchal Le Pen lui fait écho en considérant que « face aux casseurs comme à la CGT qui prend en otage les Français, la seule réponse de l’Etat doit être la fermeté ». Quant à Pierre Gattaz il appelle le gouvernement « à ne pas céder au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur », de « minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes ».

De quelle violence parle t'on ?

On ne peut clore cette partie sans aborder nos chers experts, consultants et éditorialistes divers. Leurs explications à prétention savante se réduisent à une seule causalité que résume comme suit Nathalie Saint-Cricq au JT de 20 heures du 23 mai sur France 2 : « cette stratégie est justifiée par un score en chute libre à la CGT [7] ». Le ton est donné et la même grille explicative se retrouve le lendemain au Figaro sous la plume de Gaëtan de Capèle et à Libération sous celle de Laurent Joffrin, avant de s’étendre à une grande partie de la presse régionale. Il n’a a donc aucune base matérielle à la colère sociale et à la violence qu’elle suscite. Tout se réduirait à la manipulation par la minorité agissante que serait la CGT.

Il n’y a pas besoin de recourir à une quelconque théorie du complot pour expliquer la production d’un tel discours réducteur. Les causalités ont été mises en évidences depuis longtemps : « difficulté à se libérer des sources institutionnelles, à développer un journalisme d’investigation et d’explication de dossiers complexes. Difficulté à surmonter l’ethnocentrisme professionnel et à rendre compte, non avec complaisance, mais avec compréhension, de mobilisations de milieux sociaux très éloignés de celui des élites journalistiques [8]. » Si nous ajoutons la recherche de sensationnalisme à des fins d’audimat, la ligne éditoriale pouvant être imposée, l’entre soi avec les puissants, etc., nous sommes bien en présence de « chiens de garde ».

De quelle violence parle t'on ?

Terminons en faisant un pas de côté vers les quartiers populaires. Les médias-mensonges suscités par le mouvement social actuel ne sont, en effet pas sans rappeler ceux se déployant de manière quasi-permanente depuis quatre décennies à l’encontre des quartiers populaires et de leurs habitants. Pour eux aussi, les discours médiatiques nient les causes structurelles pour ne se centrer que sur les déclencheurs et/ou sur les conséquences. Pour eux également, se déploient les deux images de la violence pathologique et de la violence d’une minorité invisible. A leur endroit également la surprésence policière est construite médiatiquement et systématiquement comme étant une conséquence et jamais comme étant une des causes des violences relatées. Les stratégies d’intervention des forces de l’ordre et la doctrine implicite qu’elles portent ne sont pas plus interrogées que pour le mouvement social actuel. Il existe cependant une différence et elle est de taille : l’isolement des quartiers populaires en général et de leurs habitants issus de l’immigration en particulier. Alors que désormais il faut compter par centaines les morts de jeunes issus de l’immigration tués par des policiers, les constructions médiatiques des faits sont parvenues pour l’instant à isoler les luttes contre les violences policières des quartiers populaires. L’indifférence vis-à-vis des quartiers populaires prépare la généralisation des procédés qui y sont expérimentés à l’ensemble des contestations sociales.

 

Notes:

[1] Serge Halimi, Les nouveaux chiens de garde, Raison d’agir, Paris, 2005.

[2] Paul Nizan, Les chiens de garde, Agone, Paris, 2012.

[3]  Dom Helder Camara, Spirale de violence, Desclée de Brouwer, Paris, 1970.

[4] Isabelle Sommier, Qui sont vraiment les casseurs ?, http://www.lesinrocks.com/2016/05/21/actualite/qui-sont-vraiment-les-casseurs-11829657/, consulté le 2 juin à 14 heures.

[5] Aline Daillère, Violences policières : un rapport dénonce un risque d’impunité des forces de l’ordre, Le Monde du 14 mars 2016, http://www.lemonde.fr/police-justice/article/2016/03/14/violences-policieres-un-rapport-denonce-un-risque-d-impunite-des-forces-de-l-ordre_4882121_1653578.html, consulté le 2 juin à 15 h 20.

[6] Thomas Chenevier et Laurent Ladouari, Prise en otage, prise à témoin : de la médiatisation des conflits sociaux, Annales des mines, novembre 2000, p.36.

[7] Daniel Schneidermann, Nathalie Saint-Cricq et ses deux amies, face aux dynamiteurs CGT, http://rue89.nouvelobs.com/2016/05/24/nathalie-saint-cricq-deux-amies-264118, consulté le 2 juin à 18 h 30

[8] Erik Neveu, Sociologie des mouvements sociaux, La Découverte, Paris, 1996, p. 109.

 

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Nuit Debout, quelle espérance ?

2 Mai 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste, #Nos analyses

Nuit Debout, quelle espérance ?

Nuit Debout, quelle espérance ?

 

Certains d’entre nous militent depuis longtemps dans de petites organisations révolutionnaires et des associations. D’autres sont éparpillés, sans parti, comme orphelins de la politique. N’importe quel militant anticapitaliste qui a la tête sur les épaules sait que ce n’est pas à travers les vieux partis corrompus et réformistes que se fera le changement de société tant attendu par les exclus, les travailleurs pauvres, les exploités, les chômeurs, les progressistes….

 

Ce n’est pas le PCF par exemple, qui depuis longtemps a décidé de jouer au gestionnaire et d’accepter la société de marché comme une évidence, qui mènera le combat de mise à mort du capitalisme. Ni le Front de Gauche ou le NPA, trop pénétrés par le réformisme. Le réformisme, c’est ce mot magique que toute la bourgeoisie a dans la bouche pour prôner le progrès, sous-entendu le progrès comme il la sert, déconstruction en règle de toute la pensée politique marxiste et de tous les acquis sociaux.

 

Nous ne sommes pas nous-mêmes, communistes sincères, réfractaires à toute réforme. Il faut savoir s’adapter et le monde d’aujourd’hui est différent de celui de la Commune ou de la première guerre mondiale. Mais nous pensons que céder idéologiquement du terrain à la bourgeoisie est tomber dans le piège qui nous a été tendu tout au long du XXe siècle et en ce début de millénaire par la propagande capitaliste. Ce piège de la culpabilisation de notre bord en nous assimilant à l’échec des tentatives avortées qu’ont menées certains peuples de construire le socialisme, de la ringardise de notre combat… 

Nuit Debout, quelle espérance ?

Pourtant qu’avons-nous constaté ? Un affaiblissement constant du camp communiste. Le PCF, auréolé de son rôle dans la résistance, était le premier parti de France en 1945. Mais la propagande bourgeoise externe d’un côté et le réformisme interne de l’autre (imprégné par cette propagande) l’ont pulvérisé. Face à cette débandade beaucoup de militants ont rejoints des groupuscules avec le besoin de se retrouver entre gens de combat, sur des positions communes. Mais la disparition du grand frère n’a fait qu’atomiser la famille, si l’union fait la force, notre division a fait notre faiblesse.

 

Aujourd’hui nous sommes face à un écueil persistant et un grave problème, notre incapacité à reconstruire un parti révolutionnaire de masse, capable de réunir le prolétariat et de contrecarrer les attaques des élites. Cependant nous percevons autour de nous, dans le peuple, dans la jeunesse, chez les travailleurs un besoin de plus en plus fort de se réunir et d’agir. Tel le slogan crié dans les manifs : « tous ensemble ». N’assisterions-nous pas à cela avec le phénomène Nuit Debout ?

 

Nuit Debout est partie de plusieurs facteurs. Contrairement à ce que des idéalistes voudraient faire croire elle n’est pas spontanée. Elle a été préparée par un groupe de réflexion issu des débats autour du film « Merci Patron » réalisé par François Ruffin. Film qui a connu un grand succès populaire. Ces militants de la première heure ont investi en nombre la commission « convergence des luttes » du mouvement. La volonté de départ était de faire les choses dans la légalité et de déposer des autorisations de rassemblement sur la place de la République afin de ne pas donner aux pouvoirs publics une bonne raison de faire intervenir la police. Ce groupe de départ s’est fait aider d’autres associations comme Droit au logement qui a déposé en même temps une demande d’occupation, rejoint par ATTAC et Solidaires. Rien n’est spontané dans ce processus.

 

Mais un petit groupe d’activistes, aussi déterminé soit-il, ne suffit pas à lancer un mouvement populaire de protestation. Ce serait trop beau ! Encore faut-il coïncider avec des luttes sociales, répondre à un besoin, avoir un catalyseur, un déclenchement. La lutte contre la loi El Khomri de réforme du Code du Travail a été ce catalyseur. Le premier rassemblement Nuit Debout a fait suite à la grande manifestation du 31 mars portée par les syndicats et les étudiants et lycéens. Sans cela Nuit Debout n’aurait jamais vu le jour.

Nuit Debout, quelle espérance ?

Alors qu’est-ce Nuit Debout ? 

Si l’on peut rencontrer sur place des militants dits de la gauche radicale, on peut également s’apercevoir que beaucoup (la majorité) sont des nouveaux venus affiliés à aucune organisation. Des jeunes, en grand nombre, qui n’ont jamais eu d’autres parcours militants avant de se retrouver tous les soirs Place de la République. Si la volonté de départ affichée de convergences des luttes est bien le socle de ce mouvement, il était normal que des militants issus de groupuscules révolutionnaires dont il était question plus haut s’y retrouvent, ainsi que des syndicalistes.

 

Quant aux partis traditionnels de gauche ils ne pouvaient se permettre d’abonder dans le sens d’une division par rapport à leurs propres structures, face à la naissance d’un mouvement qui pourrait les vampiriser voire les balayer. De toute façon, la sauce ne pouvait prendre qu’en dehors d’eux, les partis traditionnels ont failli et sont puissamment déconsidérés !

C’est d’ailleurs l’un des problèmes que rencontre Nuit Debout, cette défiance envers les partis. Car créer quelque chose de neuf, hors des structures jusqu’ici éprouvées, c’est ce qui est envisagé et désiré, est-ce possible ?

 

Nous avons vu que les tentatives récentes de création de mouvement horizontaux tels que les Indignés, Occupy Wall Street, Syrisa ou encore Podemos se sont heurtés à la réalité du fonctionnement en société. Point de lutte sans organisation, et pas d’organisation sans leaders. De plus, sans perspective claire, sans un but affiché, revendiqué, il est plus difficile d’arriver. On entend souvent dire que l’on ne sait pas où mèneront les Nuits Debout, que la dynamique se crée en agissant. 

Nuit Debout, quelle espérance ?

Beaucoup de militants de la Nuit Debout balayent le passé, s’opposent aux leaders, leur position part d’un bon sentiment : tout le pouvoir au peuple, personne au-dessus des autres, tous égaux. En cela se fonde l’exigence démocratique prônée dans tout le mouvement. Car de démocratie il est continuellement question, toutes les décisions sont votées en AG (assemblées générales). Les propositions proviennent la plupart du temps de commissions : commission féministe, commission convergence des luttes, commission communication, commission grève générale, commission économie, commission accueil et sérénité (SO), etc. Cette exigence égalitaire produit parfois des effets inattendus comme l’opposition aux meneurs et idéologues, à tous ceux qui pourraient être suspectés de tirer la couverture à eux tels François Ruffin ou Frédéric Lordon et qui se voient critiqués quand ils gardent la parole trop longtemps ou quand ils sont trop en avant.

 

Mais les critiques les plus violentes proviennent bien sûr du camp d’en face, des médias bourgeois, des intellectuels réactionnaires, des politiciens de la classe dominante. Tant que le mouvement semble démocratique, citoyen, il est difficile de taper dessus. Et difficile de récupérer un mouvement où les leaders comme les partis traditionnels sont exclus. L’extrême-droite essaye bien depuis le début de s’infiltrer mais se heurte à la vigilance des militants dont l’antifascisme est un point sur lequel il n’y a pas à tergiverser. Alors il faut trouver des failles, envoyer des provocateurs, tel Finkielkraut qui ne pouvait que se faire houspiller, ou des agents du Système tel Yánis Varoufákis, ex-ministre de l’économie du gouvernement Syrisa en Grèce qui le lendemain de sa visite place de la République allait visiter notre ministre Emmanuel Macron et dire du bien de lui ! 

 

Si Nuit Debout ne sait pas où sa mobilisation l’emmènera, nous le savons encore moins. Est-ce un nouvel élan révolutionnaire ? Un nouveau parti en gestation ? Ou au contraire une organisation moderne de lutte ? Un mouvement d’autogestion ? Un rassemblement de petits bourgeois ? Un mouvement nocturne coupé du monde du travail où les gens qui se lèvent ne veillent pas la nuit ? Un nouveau mai 68 en puissance ?

Ce mouvement est fragile, même s’il a essaimé dans des dizaines d’autres villes françaises.

Qu’en sera-t-il si sa revendication initiale, le refus de la « loi travail », échoue ? Ou au contraire s’il ya victoire ? Peut-on espérer un embrasement, une contestation globale des « institutions » politiques et du système économique ? Personne ne peut le dire.

Nuit Debout, quelle espérance ?

Nous, militants communistes, croyons qu’il faut une organisation solide, structurée, pour en faire l’outil de renversement du capitalisme. Et que cette organisation pour devenir un parti révolutionnaire, doit avoir des bases d’actions sans équivoques et un programme. Ce qui manque encore à Nuit Debout.

 

Alors peut-être que ce mouvement n’est qu’un soufflet qui va se dégonfler, mais de voir tous ces jeunes prendre la parole publiquement, de se confronter, de s’emparer des questions sociales, de leur avenir, c’est vivifiant. De les voir rejeter les organisations passées et de les voir petit à petit s’organiser à leur tour c’est un plaisir. Et par-dessus tout, de voir ce monde là se politiser et reprendre la voie de la lutte c’est une joie. 

 

                                                                              Jean-Marc A.

 

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LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

14 Avril 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste

LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

 

A quand la triple journée ? Je m’ennuie !

Publié le 8 avril 2016

https://paris-luttes.info/a-quand-la-triple-journee-je-m-5303

Les conséquences de la loi Travail sur les femmes

LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

Depuis quelques semaines, lycéen.es, étudiant.es et salarié.es se mobilisent contre le projet de loi travail dont les principales mesures visent à rallonger le temps de travail et à précariser les travailleurs et travailleuses. Cette loi n’est pas spécifiquement une attaque contre les femmes, comme la loi Rebsamen de juin 2015, qui supprimait les négociations collectives dans l’entreprise consacrées à l’égalité hommes-femmes au travail. Cependant, étant donné la place particulièrement précaire qu’occupent les femmes sur le marché du travail (elles représentent la majorité des travailleurs pauvres), la loi Travail aurait un impact d’autant plus grave sur leurs conditions de travail.

LA PLACE DES FEMMES SUR LE MARCHÉ DU TRAVAIL EST LE PRODUIT D’INÉGALITÉS STRUCTURELLES

Les inégalités de genre structurent le marché du travail.

Les femmes continuent de gagner en moyenne un quart de moins que les hommes. À des conditions identiques (poste occupé, niveau d’études, qualification), les écarts de salaires persistent entre hommes et femmes. 80 % des temps partiels sont occupés par des femmes. Une femme sur trois travaille à temps partiel. Les contrats courts et les CDD touchent plus fortement les femmes : 3 CDD sur 5 sont occupés par des femmes. Ces inégalités persistent, malgré un niveau d’études égal désormais.

Pour des millions de femmes prolétaires, la réalité concrète du travail, c’est d’être assignées aux tâches les plus dévalorisées (ménage, aide à la personne) dans des conditions de précarité extrême. Elles sont touchées de manière plus importante par le chômage, les temps partiels et la flexibilité imposée. Il n’est pas rare qu’une femme cumule plusieurs emplois à temps partiel, réalisant des amplitudes horaires énormes pour à peine 25 heures rémunérées par semaine (nettoyage dans les bureaux avant l’arrivée des employées, puis 3 heures dans la journée dans un hôtel et/ou un magasin, enfin 2 heures dans une école après sa fermeture), le tout assorti de temps de transports faramineux. Ce sont souvent des femmes racisées, avec ou sans papiers, qui sont encore plus touchées par le travail non déclaré et le chômage.

L’assignation au travail domestique et à la reproduction de la force de travail explique les entraves structurelles des femmes sur le marché du travail.

Les femmes effectuent toujours 80% des tâches ménagères. Elles continuent d’assumer la plus grande partie des tâches liées à l’éducation des enfants. Dans 85 % des cas de familles monoparentales, le parent est une femme. Les femmes qui travaillent effectuent donc une double journée : travail salarié et travail reproductif non payé. Mais cette assignation au travail domestique déborde largement le cadre du foyer. Les secteurs qui concentrent l’emploi féminin correspondent à une prolongation du travail domestique. Pour le dire simplement : on effectue les mêmes tâches qu’à la maison mais pour d’autres et en échange d’argent.

Dans le public avec les crèches, les écoles, les hôpitaux, mais aussi dans le secteur privé en tant que femme de ménage, nourrice, caissière, vendeuse, serveuse, secrétaire, infirmière, aide soignante...

LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

 

Dans ces secteurs « féminins », souvent sous-traités, il est plus difficile de faire grève, de s’organiser collectivement. Les dernières grandes grèves majoritairement féminines illustrent cette spécificité de la lutte des classes pour les femmes : quatre mois de grève en 2015 chez OMS, société de nettoyage, sous-traitant de Paris Habitat, pour des augmentations de salaire et une baisse des cadences ; grève d’un an en 2002 des femmes de chambre de la société LCS (qui assurent l’entretien des chambres dans les hôtels du groupe Accor ou Formule1) qui portait sur la question des salaires et des cadences, mais aussi sur la question de la qualification au travail ; grèves dans la grande distribution de 2008.

Ces grèves longues et combatives ont eu lieu malgré la difficulté de s’organiser. Avec les horaires individualisés, les plannings changent constamment et souvent, et on ne croise que très rarement les mêmes collègues. Dans le système de la sous-traitance, le lieu de travail ne permet d’être en contact ni avec ses collègues ni avec son patron. Employeurs et hôteliers se sont pendant plusieurs mois renvoyé la responsabilité et les grévistes ont dû faire face à cet imbroglio patronal.

LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

Quand les femmes ne peuvent pas lutter dans le cadre du travail, elles luttent pour des salaires indirects (par exemple pour rétablir la CAF) ou pour obtenir des HLM. Les collectifs de mal-logés sont souvent largement féminins. Ces grèves illustrent la lutte de classe des couches les plus précaires du salariat. Un salariat flexible, segmenté, et où il est moins facile de se défendre dans le cadre formel de la loi (prud’hommes, représentations syndicales). Ces conditions que la loi El Khomri va généraliser.

LA LOI EL KHOMRI VA DAVANTAGE PRÉCARISER LES FEMMES

Cette nouvelle loi Travail continue dans la logique des lois précédentes (l’ANI sur la mobilité des travailleurs, la loi Macron) qui sont toutes des attaques contre les travailleur-se-s, et qui ont des conséquences particulièrement néfastes et dangereuses pour les femmes. La loi Macron donnait la possibilité de travailler jusqu’à 12 dimanches par an (au lieu de 5), mesure qui touchait plus les femmes que les hommes car les emplois concernés (vendeurs, vendeuses) sont majoritairement féminins.
Voici un aperçu de quelques mesures contenues dans la loi et de la manière dont elles vont frapper les femmes.

L’allongement du temps de travail

C’est le cœur de la loi Travail. Le temps de travail pourra être étendu à 44 h sur 16 semaines au lieu de 44 h sur 12 semaines aujourd’hui, et le temps de travail de nuit à 40 h sur 4 mois au lieu de 40 h sur 3 mois.

Par ailleurs, les heures supplémentaires seront moins payées, et pourront être rémunérées jusqu’à trois ans après si un accord de branche le permet ; ceux qui n’ont pas le choix doivent les accepter.

Résultat : Cela va durement frapper les femmes. Largement employées en temps partiel subi, n’ayant pas accès à un temps plein payé décemment, elles seront contraintes d’accepter ces heures supplémentaires moins bien rémunérées qu’avant, ou d’abandonner certains emplois, soit parce que l’allongement des durées de travail ne leur permettra pas de concilier travail domestique et travail salarié, soit parce que la diminution de la rémunération globale rendra l’emploi non “rentable” au regard des coûts de transport, de garde d’enfants nécessaire pour l’exercer.

LOI TRAVAIL, UN GRAND COUP SUR LE DOS DES FEMMES !

L’inversion de la hiérarchie des normes

La loi El Khomri prévoit l’inversion de la hiérarchie des normes et l’annulation du principe de faveur. La hiérarchie des normes correspond au fait que le Code du Travail prime sur les accords de branche et les accords d’entreprise ; c’est théoriquement le minimum garanti à tous les salariés. Le principe de faveur fait primer un accord de branche quand il est plus favorable que le Code du Travail (résultats de luttes victorieuses par exemple). Avec la nouvelle loi, ce sont les accords d’entreprise qui vont primer même si ils sont défavorables.

Résultat : L’inversion de la hiérarchie des normes a de multiples conséquences :

• Le temps minimum pour un travail à temps partiel n’est plus garanti. De fait, de multiples dérogations existent déjà malgré un temps de travail minimum fixé à 24 h/semaine en 2013. La loi El Khomri va aggraver le morcellement du travail féminin en facilitant le recours à de tout petits contrats (1 ou 2 h hebdomadaires)

• Les femmes travaillent massivement dans des TPE et des PME. Les syndicats y étant moins représentés (ou inexistants), il est plus difficile pour les femmes de défendre leurs droits à de meilleures conditions de travail. C’est dans ces entreprises qu’il sera le plus facile au patronat d’imposer des accords défavorables aux salariés.

• L’inversion de la hiérarchie des normes constitue également une nouvelle entrave, voire une remise en cause de l’égalité professionnelle entre hommes et femmes. L’égalité hommes-femmes n’a avancé que partiellement dans la loi grâce aux luttes féministes. Ces petites avancées sont inscrites dans le Code du Travail et non dans les accords d’entreprise ou de branche. Dans les grosses boîtes, les négociations annuelles examinent obligatoirement les salaires et l’égalité salariale hommes-femmes. Désormais, ces négociations pourront n’avoir lieu que tous les trois ans. C’est une possibilité d’augmenter des salaires féminins déjà très bas qui disparaît. Avec comme conséquence une individualisation du rapport salarial. Le travailleur se retrouve isolé face à son travail et encore plus affaibli qu’il ne l’était déjà.

La suppression de l’examen médical d’embauche

Avec la loi El Khomri, le suivi médical des travailleurs-ses n’est plus obligatoire pendant la période d’essai et sera appliqué en fonction des conditions de travail, de l’état de santé et de l’âge du travailleur ainsi que des risques professionnels auxquels le travailleur est soumis.

Résultat : Les risques au travail sont largement sous- estimés, surtout pour les emplois féminins. Par exemple : une caissière porte environ 15 tonnes par jour. Même si le temps de travail en caisse d’une caissière est limité à un mi-temps, le risque de se blesser et la pénibilité du travail ne sont pas pris en compte par un suivi médical. On peut aussi citer les femmes de ménage exposées à l’amiante.

  • Travail domestique. Ce n’est pas seulement les tâches ménagères. On veut nous faire croire que les femmes font ces tâches car elles relèveraient de qualités naturellement féminines (douceur, précision, patience, capacité à fermer sa gueule) et découleraient de l’amour qu’elles portent à leurs proches. Alors que c’est l’assignation des femmes à ces tâches qui fait exister le groupe femmes comme groupe « naturel ». Le travail domestique est donc le travail gratuit, sans limites temporelles, qui incombe aux femmes... le jour comme la nuit. Mais on est pas femme que dans la famille, on l’est aussi dans l’espace public (la rue, les espaces politiques) et dans le cadre du salariat (il faut être disponible et souriante, faire le café, etc.). Pour exemple : la direction d’Europe 1, interpellée par les syndicats sur les inégalités salariales hommes- femmes, a proposé des formations pour « décupler sa confiance en soi grâce aux coiffeurs et maquilleurs de L’Oréal », et « faire face à ses émotions au travail » !
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  • Reproduction de la force de travail. Le salaire n’est pas le prix de notre travail mais le prix d’achat de notre force de travail. Sur quoi est basé ce prix ? Comme pour toutes les autres marchandises, sur son coût de production et d’entretien. C’est ce qu’on appelle la reproduction de la force de travail, c’est-à-dire tout ce qui est nécessaire au travailleur pour continuer à travailler. Pour tout prolétaire, elle comprend nourriture, logement, biens de consommation courante mais aussi la santé. Au sens élargi, c’est la reproduction de « la race des travailleurs ». C’est-à-dire, le fait de faire des enfants, de les élever, mais aussi la formation de la future main-d’œuvre. Cette reproduction a d’abord lieu dans le cadre de la famille mais aussi par le biais de l’État. Dans la sphère privée comme dans la sphère publique, la reproduction de la force de travail repose essentiellement sur les femmes.

UNE ATTAQUE DE PLUS CONTRE LES FEMMES ET LES PROLÉTAIRES La loi El Khomri fait partie d’une série d’attaques contre les femmes et les prolétaires en général. Les conditions qui sont actuellement celles des couches les plus précarisées du prolétariat vont toucher tout le monde. On veut généraliser à la société entière la précarité que subissent déjà les femmes !

La situation des femmes sur le marché du travail, toujours moins bonne que celles des hommes, fait intégralement partie des moyens de coercition pour que les femmes continuent d’effectuer le travail domestique. Ce n’est ni un vieux reste d’une société en pleine évolution ni un moyen de « concilier vie professionnelle et vie familiale », mais un levier d’action qui profite aux capitalistes, et aux hommes en général. Le travail domestique effectué au profit des hommes est aussi un cadeau pour les capitalistes, qui paient moins cher la force de travail.

Les femmes subissent de plein fouet la crise. Depuis des décennies, elles ont absorbé une bonne part de la flexibilisation du marché du travail. Elles sont la variable d’ajustement des entreprises avec le temps partiel subi et légalisé. De plus, elles sont les premières touchées par les mesures d’austérité, les coupes budgétaires. Souvent précaires, chefs de famille monoparentale et responsables du foyer, les femmes sont plus dépendantes de l’État social et les premières touchées par les coupes budgétaires imposées par les politiques d’austérité (école, crèche, CAF, santé, chômage). La crise exacerbe aussi les rapports hommes- femmes puisque la précarisation entraîne une intensification de la double journée de travail, une augmentation de la part des tâches reproductives assumées par les femmes dans la famille, avec les conflits et les violences qui vont avec. Nous voulons que ces questions spécifiques soient discutées, élaborées dans le mouvement en cours, qu’elles permettent à toujours plus de femmes d’entrer dans la lutte !

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LES QUESTIONS QUE POSENT LA SITUATION DES FEMMES FACE AU TRAVAIL SONT CENTRALES DANS CETTE OFFENSIVE GÉNÉRALISÉE CONTRE TOUTES ET TOUS. LA LUTTE EN COURS DOIT LES DISCUTER LARGEMENT !!!

« LA LUTTE DES FEMMES EST AU COEUR DE LA LUTTE DES CLASSES ! »

 

Signé le Glfm : Nous somme un groupe de féministes issues des luttes du syndicalisme de précaires ou des mouvements sociaux. Pour nous il s’agit de mettre en avant le féminisme dans la lutte des classes, et d’intensifier la lutte des classes dans les espaces féministes.

Contact : aquandlatriplejournee@gmail.com

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Se libérer du capitalisme…

19 Mars 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Nos analyses, #point de vue communiste

Se libérer du capitalisme…

Les « élites » dirigeantes, la nomenklatura des politiciens et idéologues médiatisés, ont déversé, et déversent quotidiennement, par tous les canaux d’informations en leur possession, leurs explications sur les causes de la crise et les remèdes qui selon eux en découlent.

 

Les dernières élections, par l’ampleur de l’abstention et du désarroi des prolétaires qui s’exprime aussi par le vote FN, sont l’occasion pour ces élites de nous faire avaler des couleuvres autrement plus grosses que les précédentes.

Ainsi, l’espace des idées est saturé de leurs paroles qui promettent de « contrôler » la finance, de supprimer ses « excès », de châtier les spéculateurs, voire, suprême audace verbale, de « refonder le capitalisme » sur des bases nouvelles, « éthiques ».

Et là on entend aussi bien le discours nationaliste du FdG que du FN nous vanter les mérites du « contrôle des frontières »…soit pour y contrôler, soi-disant, les capitaux ou bien les pauvres qui refusent de mourir dans leur pays en guerre ou dévasté par les catastrophes de toutes sortes.

C’est dire si tous ces suppôts du capital sont prêts à n’importe quelles promesses pour essayer de rendre acceptable les milliers de milliards d’euros qu’ils font passer des poches des travailleurs dans celles du capital, et de faire croire à un avenir capitaliste meilleur.

Ils sont incapables de maîtriser les forces qu’ils déchaînent

Se libérer du capitalisme…

L’analyse du capitalisme contemporain permet de comprendre que l’hypertrophie du capital financier n’est pas un choix qui aurait pu être évité, mais est inhérente au capitalisme moderne, lui est absolument nécessaire, et qu’elle ne peut nullement être jugulée par l’Etat bourgeois. C’est pourquoi, le « remède » bourgeois est, et sera toujours, davantage, au delà du sauvetage des banques par les fonds publics, dans une exploitation accrue des prolétaires, seuls producteurs des profits « réels » dont la masse détermine la santé et la croissance du capital, y compris financier.

Les bourgeois ne peuvent en effet ni concevoir, ni accepter une analyse qui aboutit à la critique radicale de ce système, à la conclusion de la négation inéluctable de cette réalité sociale, et de surcroît à la démonstration que leurs idées ne sont rien d’autre que de simples reflets des conditions de la reproduction du système capitaliste, une soumission à « l’économie » et non pas l’inverse.

La réalité sociale est mouvement

La question reste cependant ouverte de savoir si la négation du capitalisme sera en même temps celle de l’humanité, ou si elle sera le produit de la lutte révolutionnaire transcendant cette négation dans l’affirmation d’une société communiste.

A cette question, la théorie marxiste ne répond pas, mais elle est néanmoins nécessaire au développement d’une activité révolutionnaire qui puisse y répondre humainement.

Il s’agit pour les communistes révolutionnaires que nous sommes de nous dégager de toutes les conceptions « libertaires » ou « ouvriéristes » qui imputent à la théorie d’être un viol de la conscience de classe autonome du prolétariat parce qu’elle serait produite par des intellectuels extérieurs à la classe et qui prétendraient la diriger autoritairement, ne la considérant que comme une masse ignorante et infantile.

C’est pourquoi, au moment où la crise du capitalisme s’aggrave au point de devoir entraîner de grands bouleversements sociaux, il importe de combattre ces conceptions erronées, comme étant elles-mêmes le fait de théories qui s’opposent à ce que les prolétaires développent et s’approprient une compréhension de plus en plus complète et précise, au-delà des seules apparences, de la réalité sociale et des conditions de leur lutte

Se libérer du capitalisme…

Tous les idéologues s’entendent à merveille pour occulter le matérialisme dialectique qu’a défini Marx et qui pose comme condition à la société humaine : qu’elle est le produit de sa propre activité (autoproduction de l’homme), et non pas d’un Dieu, d’un Destin, d’une Idée, d’une Histoire prédéterminée, ou de quoi que ce soit d’autre que lui-même dans son rapport à la nature qu’il transforme et qui le transforme.

Dans les activités de production, organisation politique, luttes de classes, idéologies, sciences, etc., le capitalisme a, par le développement des sciences et du machinisme, augmenté considérablement la quantité et la variété des marchandises produites, en même que, par celui concomitant de la productivité, beaucoup diminué la quantité de travail contraint nécessaire à leur production.

Mais cette diminution a été augmentation de la quantité de chômeurs et semi-chômeurs, du nombre de personnes employées dans des conditions inhumaines, et ainsi tôt ou tard de la masse des révoltés. Et s’il a développé les sciences et leurs applications dans la production, c’est en les enrôlant du côté du capital comme forces destructrices des hommes et de la nature.

Le capital développe les éléments de sa propre disparition

En développant ainsi ces éléments qui le nient, il développe aussi du même coup ce qui permettra d’affirmer une société communiste, comme notamment, le temps libre pour se développer, l’appropriation collective de la science afin qu’elle soit un moyen de ce développement et possibilité d’une autoproduction maîtrisée et consciente des hommes par eux-mêmes

Le prolétariat lui-même, en se faisant l’acteur vivant de la négation jusqu’au bout du capital, se fait en même temps celui de sa propre négation et de l’affirmation du communisme.

En effet, par son activité révolutionnaire, le prolétariat ne fait pas que « renverser la classe dominante », mais il se transforme aussi lui-même faisant en sorte de «… balayer toute la pourriture du vieux monde qui lui colle à la peau et de devenir apte à fonder la société sur des bases nouvelles » (1). Il s’affirme comme individus sociaux, négation des individus privés du monde bourgeois. Son affirmation comme prolétariat n’est que le début du procès révolutionnaire, la révolution politique. 

Se libérer du capitalisme…

Ce n’est pas du nihilisme puisque la négation du capitalisme c’est l’affirmation du nouveau.

Il y a que c’est dans la lutte contre le capital, dans l’antagonisme, que peut se construire le dépassement, la conscience et la réalisation du nouveau (et c’est pourquoi, cela est le fait du prolétariat, en tant qu’il est par essence la classe qui est niée, qui est placée de fait dans une situation de négation).

Plus le prolétariat rejette le capital, pas seulement comme inégalité, iniquité, pouvoir excessif d’une classe, pas seulement comme propriété juridique (financière), mais jusque dans toutes les formes réelles de l’appropriation privée des conditions matérielles et intellectuelles de la production, et plus s’affirme la conscience communiste et le communisme. « Qu’importe ce qui meurt au prix de ce qui naît »(2).

Il est vital pour l’humanité que les prolétaires acquièrent la conscience de cette situation

Sans avoir l’intelligence des causes de la crise, on ne peut évidemment pas proposer une voie pour en sortir. Chaque crise est issue d’un enchevêtrement de divers facteurs et phénomènes qui concourent au blocage de la valorisation, donc de la reproduction élargie, du capital.

Mais c’est toujours de ce blocage qu’il s’agit. Donc, c’est toujours dans le procès de production et de réalisation de la plus-value qu’il faut en rechercher les causes profondes, essentielles.

Et comme dans le capitalisme moderne cette plus-value est surtout extraite sous sa forme relative, c’est-à-dire grâce aux progrès de la productivité générale, c’est dans les effets de ce mécanisme que se situe le cœur des difficultés (contradictions) qui finissent par le provoquer.

C’est que, s’ils savent qu’il faut détruire pour construire, les communistes révolutionnaires ne préconisent évidemment pas n’importe quelle destruction à l’aveuglette. Ils travaillent à déceler les cibles réelles, à alerter sur les leurres et les impasses, les fausses solutions comme les faux amis, et à faire de toute action immédiate un progrès vers l’abolition des classes, c’est-à-dire vers la réalisation de ses conditions, qui leur sont connues grâce à l’analyse théorique. 

Se libérer du capitalisme…

Il y a les cibles les plus immédiates, par exemple, la destruction des pouvoirs politiques et médiatiques bourgeois, de la propriété privée juridique, etc.

Ces cibles nécessitent une très solide organisation de combat pour être atteintes. Mais elles sont néanmoins bien visibles. Aussi les communistes s’attachent-ils plus particulièrement à développer la conscience que cette efficacité de la puissance productive, qui mine la valorisation du capital et le pousse aux destructions les plus inouïes, est aussi une arme qu’ils ont la possibilité et le devoir d’utiliser s’ils veulent s’autodétruire comme classe exploitée et s’auto-développer comme humains.

Il n’y a que dans le capitalisme que les progrès dans l’efficacité productive, dans la production de richesses en plus grand nombre et qualités, absorbant de moins en moins de travail répulsif, pénible (de travail prolétaire), aboutissent à la misère des masses, à d’innombrables catastrophes, et jusqu’à la ruine de ce système par lui-même.

Le haut niveau de la productivité, c’est-à-dire la puissance des sciences et de leurs applications dans la production (la « machinerie », l’ensemble des moyens et processus mécaniques) peut devenir une arme dans les mains des prolétaires.

Soit ces sciences ci sont aux mains du capital, et alors leur puissance « expulse » massivement les prolétaires de la société et même de la vie. Mais c’est alors aussi finalement la destruction de la bourgeoisie puisque la masse des profits tend nécessairement par là même à s’étioler. Destruction à laquelle les mesures qu’elle prend pour tenter d’y échapper ne peuvent alors que déclencher une apocalypse de crises violentes, de guerres, et d’épuisement de la nature.

Soit le prolétariat, prenant le pouvoir, utilise cette arme pour faire du temps libéré par la « machinerie », non pas un temps de chômage et de mort, mais un temps pour accroître la liberté, pour s’approprier les connaissances lui permettant de devenir réellement possesseur réel des moyens de la production et maître de l’organisation sociale: 

Se libérer du capitalisme…

mais alors, cela réalisé, c’est qu’il n’y a plus de prolétaires! Il n’y a plus qu’une activité riche et libre pour tous. C’est un développement supérieur de l’humanité qui se construit, le « règne de la liberté », une société communiste d’hommes conscients de leurs rapports et d’eux-mêmes, des activités qu’ils poursuivent consciemment.

Se fixer sur le terrain du combat révolutionnaire

L’appropriation et le développement critique de l’analyse marxiste du capitalisme (des causes et conditions de sa négation comme des possibilités du procès de la révolution communiste) est un des points fondamentaux qui distinguent et délimitent les communistes des autres organisations, associations ou partis, qui se disent aussi anticapitalistes.

Au lieu de poser le problème du chômage, de la précarité, de « l’expulsion » des prolétaires, dans le contexte de cette rapide et inexorable diminution du travail répulsif et contraint – et d’en montrer les immenses avantages potentiels pour le peuple – les organisations de type Front de Gauche, réclament plus de « croissance » pour plus de travail, poussent à l’étatisme et au protectionnisme national ou européen, fustigent le seul capital financier, dit « libéral », tout en faisant les yeux doux au capital entrepreneur qui crée des emplois sur le sol national.

Dans cette ambiance délétère, on voit même parfois des ouvriers qui acceptent de travailler plus que l’horaire légal pour « sauver leur emploi », ce qui est une acceptation de l’aggravation de leur taux d’exploitation qui n’aboutit qu’à reculer d’un peu de temps le sort que le capital leur réserve de toute façon, tandis qu’elle contribue à stimuler une concurrence entre ouvriers qui leur nuit à tous au lieu de les unir, mais qui fait le bonheur du capital satisfait de cette course au moins-disant salarial.

Le capital ne peut nourrir les prolétaires que de moins en moins, voire pas du tout.

Si on comprend les causes de cette situation, alors on comprend aussi qu’il est vain, pour les prolétaires, d’espérer quoi que ce soit d’un soutien à la croissance de « leur » capital.

Les communistes, fossoyeurs du capitalisme

Aujourd’hui, la première activité libre – libre parce que construction de leur puissance propre, parce que première activité par laquelle ils transforment les circonstances en se transformant eux-mêmes de prolétaires, agents du capital en tant que tels, en prolétariat, classe, puissance offensive fossoyeur du capital – est de s’organiser en un parti communiste nouveau (en rupture avec ceux du vieux mouvement ouvrier).C’est une urgente nécessité. 

Se libérer du capitalisme…

Le parti communiste n’est « avant-garde » que dans la mesure où il est révélateur et catalyseur du mouvement historique réel. Non pas parce qu’il veut imposer ce que selon lui devrait être ce mouvement, mais parce qu’il est l’initiateur qui démêle, dans le mouvement réel, tel qu’il est, et notamment dans le bouillonnement toujours confus des périodes révolutionnaires, le fil conducteur de ce mouvement, lui démontre ses nécessités et ses possibilités réelles, stimule ses initiatives et libère son potentiel.

 

 

Le bureau de l’Association des Amis du Manifeste – janvier 2016

 

(1) I. A., p. 37.

 

(2) Aragon, Caupolican.

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En défense du Code du Travail

19 Mars 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Luttes sociales, #point de vue communiste

En défense du Code du Travail

 

Ceux qui nous dirigent, les politiques, les spécialistes, les économistes, les gens des médias, n’ont jamais travaillé. Ils ne connaissent rien au monde du travail, tout au plus ils fréquentent les patrons des grandes entreprises du CAC 40 qui les recyclent volontiers quand besoin est, en relations avec les services qu’ils ont rendus.

En dehors de la Fonction publique (dont il y aurait bien des choses à dire), le monde du travail réel est un tissu de petites et moyennes entreprises, d’entreprises artisanales qui sont les principales pourvoyeuses d’emploi dans le pays.

Depuis la casse par délocalisation de l’outil de production industriel national, les entreprises de main d’œuvre occupent aujourd’hui principalement des secteurs comme le bâtiment, le commerce, l’hôtellerie et la restauration, les services à l’entreprise ou à la personne…toutes activités qui ne sont pas délocalisables.

Or, ce sont dans ces secteurs d’activités que l’on trouve tout aussi principalement en nombre, des salariés peu qualifiés, de l’emploi féminin ou des travailleurs étrangers avec ou sans papiers ; mais aussi des contrats précaires, du temps partiel, du travail pénible et des conditions de travail dégradées, assortis de faibles salaires maintenus au SMIC horaire. (à condition de 60h la semaine, le salaire mensuel peut paraître bon)

Ceux qui connaissent ce monde réel du travail savent que dans ces entreprises, il n’y a souvent aucun syndicat, pas de délégué du personnel faute d’élection (les patrons étant peu enclin à les organiser si personne ne leur demande). Il n’est pas rare de devoir s’inquiéter pour savoir : si l’on est bien déclaré, quand on pourra signer son contrat, s’il sera  CDD ou CDI, quand on touchera son salaire, quand on recevra sa fiche de paye, si toutes les heures ont été payées et les heures supplémentaires à combien…

Ce sont dans ces secteurs d’activité où l’on trouve des petits bijoux de précarité comme l’alternance CDD puis Intérim puis CDD…pour une même personne sur un même poste pendant des années ou ces Contrats à durée indéterminée intermitants, où l’employeur vous garantit un certain nombre d’heures mensuelles (temps partiel), mais quand il veut selon ses besoins (pratique pour gérer une vie familiale ! mais pour le moment il n’ont pas osé le contrat 0 heure comme au Royaume Uni)

Pour tous ces salariés, il y avait, jusque là et à condition de s’organiser, une certaine protection et des avancées possibles par la référence au Code du Travail et le recours éventuel à l’Inspection du Travail.

C’est ce que, depuis des décennies, les gouvernements successifs s’emploient démanteler, opposant la création d’emplois aux  droits des travailleurs.

Mais de l’emploi, il n’y en a plus, et il n’y en aura de moins en moins, car dans le mode de production capitaliste, la mécanisation et l’augmentation de la productivité, réduisent inexorablement le nombre d’emplois salariés.

 Pour travailler tous, il faudrait bien évidemment partager le travail restant, ce qui n’est pas à l’ordre du jour capitaliste.

Quand ils agitent la création d’emploi, il s’agit donc d’un leurre destiné à faire baisser le coût du travail salarié pour restaurer voir augmenter le taux de profit.

Cette dernière attaque contre le Code du travail est une régression majeure, non pas sur le plafonnement des indemnités obtenues aux prud’hommes, mesure que les médias mettent abondamment en avant, mais en ce qu’elle introduit une inversion des hiérarchies entre les normes : l’accord d’entreprise primerait sur l’accord de branche et tous deux sur le Code du Travail. Aujourd’hui tout accord doit être plus favorable que le minimum légal (Code du Travail), le particularisme et le localisme au nom de la lutte contre le chômage pourront introduire des conditions inférieures à la norme nationale qui n’en est plus une.

A partir de là, il est possible de tout détricoter, temps de travail, durée du repos hebdomadaire et des congés….

Nous vous proposons, ci-dessous une étude exhaustive du texte initial, qui n’est ni amendable ni recyclable et contre lequel il est impératif de se mobiliser

                                                                                                                        JMN

En défense du Code du Travail

 

Sources :

http://www.filoche.net/2016/03/07/en-condense-les-raisons-du-retrait-du-projet-el-khomri/

 

On n’aura jamais vu, à froid, depuis un siècle, pareille agression contre leurs  droits, de leur vie pour des millions de salariés. Mais pour bien les combattre il faut les décortiquer. Ici Jean-Jacques Chavigné a fait un « condensé » de la fin : résumé de la dernière loi El Khomri, utile pour tous vos exposés et interventions en ce mois de mars et de luttes.

I- La 1ère régression majeure: le retour au droit d’avant 1910

  • Avant 1910 : le contrat de travail était un contrat de droit commercial

Un contrat de gré à gré, négocié individuellement par un salarié face à un employeur : le pot de fer contre le pot de terre.

  • 1906 : la catastrophe de Courrières

1 099 mineurs sont tués, victimes d’un « coup de grisou ». La révélation des circonstances du drame soulève une énorme indignation, suscite une grève générale des mineurs du Pas-de-Calais et oblige les gouvernements en place à mettre en place un ministère du Travail puis à instaurer un Code du travail.

. Les mesures de sécurité étaient rudimentaires : les intérêts des actionnaires des Houillères avaient primé sur la protection des mineurs.

. Les mesures de sauvetage ont privilégié le sauvetage du matériel aux dépens du sauvetage des êtres humain.

. Les recherches de mineurs ensevelis ont été abandonnées pour que le travail puisse reprendre rapidement, dans l’intérêt des actionnaires.

  • 1906 : Mise en place pour la 1ère fois (sous le gouvernement de Georges Clémenceau) d’un ministère du travail
  • 1910 : Naissance du code du travail

. Ce droit dissocie les droits des salariés des intérêts de l’entreprise. Le droit du travail n’a qu’une seule fonction : protéger les salariés.

. Ce droit reconnaît l’existence d’un lien de subordination  entre le salarié et son employeur. La contrepartie de ce lien de subordination est la création d’un droit protecteur, le droit du travail.

. Désormais, le contrat de travail permet à tout salarié de bénéficier de droits collectifs qu’il n’aurait jamais pu acquérir seul, dans le cadre d’un contrat commercial.

  • 2016 : Le Projet de Loi El Khomri (PDL) remet en cause les bases mêmes  du droit du travail

. Le PDL met fin à l’autonomie des droits des salariés face aux intérêts des employeurs

. L’intitulé du PDL exprime très explicitement la fin de cette autonomie : « nouvelles libertés et nouvelles protection pour les entreprises et les actifs ». Le mot « salariés » n’est même plus employé et – l’ordre des mots est important -  la protection des entreprises passe avant celles des humains (les « actifs »).

. L’article 1 (Page 1) du PDL affirme que les droits fondamentaux des personnes sont limités « par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise »

. Le PDL remet en cause le lien de subordination qui justifie l’existence d’un Code du travail protecteur des droits des salariés

Le Medef qui nie l’existence du lien de subordination et considère qu’il s’agit d’une « soumission librement consentie », ne justifiant aucune contrepartie en terme de code du travail, voit ses exigences reprises par le PDL.

Le PDL reprend, ainsi,  à plusieurs reprises (convention individuelle de forfait, travail de nuit…) la notion de volontariat d’un salarié dans l’entreprise. Il faut vraiment n’avoir jamais travaillé dans une entreprise privée pour ne pas savoir que cette notion de volontariat n’a, en un tel lieu, strictement aucun sens.

Manuel Valls parle d’un droit du travail du XXIème siècle, alors le PDL organise un retour au droit du XIXème siècle.

En défense du Code du Travail

→ C’est la 1ère raison pour laquelle le PDL ne peut pas être amendé. Il doit être retiré.

II- La 2ème régression majeure : la fin de la hiérarchie des normes

- La fin du « principe de faveur »

Progressivement, au cours de plusieurs décennies, le droit du travail à mis en place un principe de faveur signifiant :

. Qu’un accord de branches ne peut différer de la loi que s’il est plus favorable aux salariés concernés

. Qu’un accord d’entreprise ne peut différer d’un accord de branche que s’il est plus favorable aux salariés concernés

. Qu’un contrat individuel de travail ne peut différer d’un accord d’entreprise que s’il est plus favorable au salarié concerné. 

. Avec le PDL, l’accord d’entreprise devient le centre du droit du travail

Ce n’est pas un hasard. L’entreprise est le lieu où le rapport de forces est le moins favorable aux salariés, d’autant plus que la taille de l’entreprise ou de l’établissement (une subdivision de l’entreprise) est moins importante.

C’est là où se créent, à la demande de l’employeur, des « syndicats maison ». Ces « syndicats maisons » appartiennent le plus souvent à des centrales syndicales « représentatives » mais peu regardantes sur les moyens. Leur but principal est, en effet, d’obtenir assez de voix aux élections professionnelles pour pouvoir toujours être considérées comme « représentatives ».

C’est là où le chantage à l’emploi est le plus efficace et, où, un révolver sur la tempe (la menace de licenciements immédiats ou futurs), les syndicats ont le plus de difficultés à refuser la signature d’un accord.

-  Le PDL instaure une « nouvelle architecture des règles » du droit du travail

En défense du Code du Travail

 

Cette « nouvelle architecture » structure tout le PDL :

. L’ordre public (imposable à toutes les entreprises) est réduit à des généralités.

. La négociation collective, dont le champ est très vaste, soumet l’accord de branche à l’accord d’entreprise selon la formule reprise presqu’à chaque page : « Un accord d’entreprise, ou, à défaut, un accord de branche… »

. Le contrat de travail n’apporte plus aucune garantie. Un salarié ne pourra plus refuser la modification de son contrat de travail (durée et organisation du temps de travail, montant du salaire) si un accord d’entreprise augmente la durée du temps de travail et diminue son salaire horaire. S’il refuse, il pourra être licencié pour faute !

→ C’est la 2ème raison pour laquelle le PDL ne peut être amendé et doit faire l’objet d’un retrait.

D’autant que l’article 2 du PDL (Page 7) prévoit que l’ensemble du code du travail sera, si le projet de loi devient une loi, modifié en donnant « une place centrale à la négociation collective » c’est-à-dire à l’accord de branche. Il restera donc, en volume, environ 75 à 80 % du code du travail à réécrire pour la soumettre à cette nouvelle architecture.

III- La 3ème régression majeure : les multiples reculs apportés au code du travail par le PDL

Voilà plusieurs exemples significatifs, mais loin d’être exhaustifs car presque chaque article du PDL entraîne une régression, plus ou moins importante.

  • La durée du travail hebdomadaire

-  La durée légale est toujours de 35 heures

Mais cette durée légale n’a toujours été que le seuil de déclenchement des heures supplémentaires rétribuées à 25 % de plus pour les 8 premières et à 50 % de plus pour celles qui suivent.

- Le PDL remet gravement en cause l’utilité de ce seuil

. D’abord, l’article 3 (page 13) permet, par accord d’entreprise, de ramener le coût des heures supplémentaires à seulement 10 % de plus que celui des heures normales.

. Ensuite, l’article 3 (page 15) permet, par accord d’entreprise, de porter la durée de « modulation » de ces heures à 3 ans, au lieu d’un an aujourd’hui.

Cela signifie que les heures supplémentaires, avec un tel accord, ne seront déclenchées qu’à partir de la 3 821ème heure et ne seront payées qu’au bout de 3 ans. Il était déjà difficile de comptabiliser ces heures sur une année, prétendre le faire sur une période de 3 ans relève de l’impossible.

. Enfin, l’article 3 (page 12), permet, par accord d’entreprise, de faire travailler les salariés 46 heures par semaine pendant 16 semaines consécutives, au lieu de 14 semaines, aujourd’hui.

Les heures supplémentaires deviennent moins cher que l’embauche et le chômage ne pourra qu’augmenter: surtravail pour les uns ; sous-travail et non-travail pour les autres.

  • Les autres durées du travail

- La durée quotidienne maximale

La durée légale maximale est de 10 heures mais un accord d’entreprise peut, grâce à l’article 3 (page 12) la porter à 12 heures.

- Le travail de nuit

. Pour tous les salariés, le travail de nuit (mieux rétribué) finissait à 6 heures du matin, l’article 3 (page 22) décide qu’il finira à 5 heures.

. Le travail de nuit du personnel naviguant commençait à 22 heures, l’article 8 (page 79) décide qu’il commencera à 23 heures.

- La durée de travail des apprentis de moins de 18 ans : article 6 (page 78)

. La durée maximale était de 8 heures par jour, le PDL la porte à 10 heures.

. La durée maximale était de 35 heures par semaine, le PDL la porte à 40 heures.

  • Faciliter les licenciements

Les deux articles qui suivent (30 et 30 bis) trouvent leur place dans un Titre intitulé « Favoriser l’emploi » et dans un chapitre dont le titre est « Faciliter la vie des TPE et des PME » !

En défense du Code du Travail

- Le plafonnement des indemnités de licenciements abusifs

L’article 30 (page 105) du PDL plafonne les indemnités de licenciement ABUSIFS, c’est-à-dire illégaux, « sans cause réelle ni sérieuse » :

- 3 mois de salaire pour un salarié dont l’ancienneté dans l’entreprise est de moins de deux ans.

- 6 mois de salaire si son ancienneté est de plus de deux et moins de 5 ans

- 9 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 5 ans et de moins de 10 ans

- 12 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 10 ans et de moins de 20 ans

- 15 mois de salaire si son ancienneté est de plus de 20 ans

Le juge perd la faculté d’estimer le préjudice subi par le salarié. Les employeurs pourront programmer les licenciements qu’ils souhaitent réaliser en toute illégalité, sans que cela leur coûte trop cher. Pourtant, la facilitation des licenciements n’a jamais facilité les embauches, elle ne fait que faciliter les licenciements.

Un salarié demande à son employeur « Mais pourquoi me licenciez-vous ? » ; l’employeur lui répond « Pour créer de l’emploi ! » : cela résume assez bien la philosophie du PDL.

- La facilitation des licenciements économiques : article 30 bis (page 107)

Un accord d’entreprise peut permettre à l’employeur d’opérer des licenciements économiques :

. Lorsque la duré de la baisse des commandes ou du chiffre d’affaire a été constatée pendant deux trimestres consécutifs.

. Lorsque la durée des pertes d’exploitation a été constatée pendant un trimestre. 

A la différence du droit actuel, le juge n’a plus aucune possibilité d’appréciation, il devra se contenter des chiffres fournis par l’entreprise.

Pire, une entreprise située en France pourra organiser des licenciements économiques, si elle remplit les deux conditions ci-dessus, même si le groupe international auquel elle appartient fait des profits colossaux.

Il n’y a, d’un point de vue comptable, pas la moindre difficulté à faire apparaître deux trimestres successifs de baisse des commandes ou du chiffre d’affaires. Il n’y a pas plus de difficulté à faire en sorte qu’une entreprise française se retrouve en difficulté alors que l’ensemble du groupe international auquel elle appartient baigne dans la prospérité.

En défense du Code du Travail
  • Réduction considérable du droit des syndicats et des représentants du personnel

-  Les négociations obligatoires

Par accord d’entreprise, en fonction de l’article 9 (page 79) les négociations obligatoires tous les ans peuvent être organisées tous les 3 ans ;  celles qui sont obligatoires tous les 3 ans peuvent l’être tous les 5 ans et celles qui sont obligatoires tous les 5 ans peuvent l’être tous les 7 ans.

-  Les consultations obligatoires des représentants du personnel

La plupart des consultations obligatoires de ces instances, prévues par le droit actuel, disparaissent du PDL.

-  Le référendum d’entreprise

Les syndicats représentatifs ayant obtenu au moins 50 % des voix aux élections professionnelles peuvent, actuellement, s’opposer à un accord signé par l’employeur et des organisations syndicales représentatives minoritaires.

Avec le PDL, les syndicats représentatifs minoritaires peuvent, s’ils ont obtenu au moins 30 % des voix aux élections professionnelles, en fonction de l’article 12 (page 86), organiser une consultation (un référendum) de l’ensemble du personnel de l’entreprise, pour faire valider l’accord qu’ils ont signé avec l’employeur.

Ce contournement des syndicats représentatifs majoritaires permettra au chantage à l’emploi de jouer à plein, surtout avec les facilités apportées par le PDL aux différentes formes de licenciements.

  • Les compétences de la Médecine du travail sont amoindries

Il faut toujours se méfier lorsque le terme « moderniser » est utilisé, cela cache très souvent un mauvais coup. C’est exactement le cas, avec le Titre V du PDL, intitulé « Moderniser la médecine du travail »

Selon le seul article de ce titre, l’article 44 (page 119) :

. La visite médicale n’est plus obligatoire pour le travail de nuit.

. La visite d’embauche n’est plus obligatoire.

. La périodicité de la visite médicale n’est même pas définie.

. Le rôle du Médecin du travail dans le reclassement d’un salarié victime d’un accident du travail ou d’une maladie professionnelle est minimisé.

- Le rôle de l’Inspection du travail est considérablement réduit

Dans de très nombreuses circonstances où son autorisation était requise, elle ne l’est plus. L’avis de la DIRECTE (ancienne Direction du travail, élargie à d’autres fonctions) lui est préféré. Il est vrai que l’Organisation internationale du travail donne à l’inspecteur un statut d’indépendance, proche de celui d’un magistrat et que le Medef ne supporte plus. Il préfère une autorité administrative directement dépendante du gouvernement. Le PDL répond à ses exigences.

  • Quelques exemples qui montrent comment le PDL « pourrirait » la vie des salariés

-  Les délais de modification du calendrier des congés.

Actuellement, les salariés doivent être prévenus d’un changement de ce calendrier 1 mois à l’avance. L’article 3 (page 41) permet à un accord d’entreprise de fixer n’importe quel délai. Essayer avec un délai de 7 jours, par exemple de réserver une location d’été ou d’organiser une réunion familiale avec des personnes qui subissent le même traitement dans l’entreprise où ils travaillent.

- Les délais de modification des horaires pour un(e) salarié(e) travaillant à temps partiel :

Aujourd’hui, ce délai est de 7 jours. L’article 3 (page 21) permet de fixer n’importe quel délai. Essayez avec un délai de 2 jours d’organiser votre vie quotidienne. Merci pour les femmes qui subissent 80 % des temps partiels imposés !

-  Les congés en cas de décès d’un proche

Sans accord d’entreprise, le congé pour décès de son conjoint, d’un enfant, de son père ou de sa mère est de 2 jours. L’article 4 (page 51) permet à un accord d’entreprise de limiter ce congé à une journée ou même ½ journée.

-       Le patron peut fixer par accord d’entreprise le jour du début de le semaine :

Ainsi le BHV Paris  propose au syndicats que la semaine commen le mardi, que le dimanche soit le 5° jour et qu’il ne soit pas majoré, rajoutant qu’il n’est pas prévu par la loi que le repos compensateur soit payé…

IV- La 4ème régression majeure : pour la 1ère fois, l’arrivée de la gauche ne se traduit par aucune avancée sociale

  • Les multiples avancées sociales  de la gauche au pouvoir

- En 1936, la chambre du Front populaire adoptait une législation instaurant la semaine de 40 heures, les congés payés, les délégués du personnel, les conventions collectives

- En 1945, le gouvernement à majorité PS et PC mettait en place la Sécurité sociale, les Comités d’entreprise, le statut de la Fonction publique. Ce statut est dans la ligne de mire de la droite comme de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron. Il est significatif que la députée de droite (LR), Nathalie Kosciusko-Morizet, soutienne le PDL et appelle à en finir avec le statut de la Fonction publique.

- En 1981, l’Assemblée nationale où la gauche était majoritaire votait les 39 heures et la retraite à 60 ans.

- En 1999, sous le gouvernement de Lionel Jospin, la gauche plurielle, majoritaire à l’Assemblée nationale, adoptait la semaine de 35 heures et la CMU.

  • Depuis juin 2012, le droit du travail n’a enregistré que des reculs destinés à « flexibiliser le travail » :
En défense du Code du Travail

. La loi Sapin, de juin 2013, assouplissait déjà la possibilité de licencier. Avec une telle loi et les limites qu’elles apportent aux possibilités de recours des organisations syndicales, la lutte des Goodyears n’aurait pas duré 7 ans, mais 3 mois.

. La contre-réforme des retraites, de janvier 2014, allongeait de 6 trimestres la durée de cotisation et donc la durée du temps de travail sur une vie.

. La loi Macron, d’Août 2015, étendait considérablement le travail de nuit et plafonnait les indemnités pour licenciements abusifs. Cette dernière disposition a été rejetée par le Conseil constitutionnel. Le PDL la reprend en retirant la notion de la taille de l’entreprise qui avait motivée la décision du Conseil constitutionnel.

. La loi Rebsamen, d’Août 2015 qui, notamment, instaurait la possibilité de 3 CDD successifs (545 jours !) contre laquelle la jeunesse est vent-debout.

  • Le PDL couronne l’ensemble de ces reculs et n’instaure aucune avancée sociale

- Le « droit à la déconnection »

Prévu par l’article 25 (page 102), ce droit est une un leurre :

. La concrétisation de ce droit est renvoyé à un accord d’entreprise et donc à la bonne volonté de l’employeur car sans sa signature, cet accord ne pourrait voir le jour. 

. Dans les entreprises de moins de 300 salariés, l’employeur pourra rédiger une « charte » qu’il pourra élaborer seul après un simple « avis » du Comité d’entreprise ou des délégués du personnel.

- La concertation nationale sur le « télétravail »

Prévue par l’article 26 (page 102), cette « concertation » commencerait le 1er octobre 2016, mais uniquement si le patronat le veut bien car cet article ne lui impose rien. Ce n’est que de l’affichage.

- Le « Compte personnel d’activité » (CPA) est une illusion

Le CPA est présenté comme une mesure qui équilibrerait les reculs du droit du travail. En réalité, c’est la même recette du pâté d’alouette, déjà utilisé pour la contre-réforme des retraites la loi Sapin, la loi Rebsamen, la loi Macron, qui nous est resservie. A une différence près, cependant : le cheval de la « flexibilité » pour les employeurs est de plus en plus gros et l’alouette de la « sécurité » pour les salariés de plus en plus transparente.

Le CPA, prévue par l’article 22 (page 97) cumule deux comptes, censés suivre le salarié pendant toute sa vie professionnelle :

. Le Compte personnel de formation (CPF)

Il n’est utilisable, durant le temps de travail, que si l’employeur donne son accord, aussi bien sur la durée que le contenu de la formation. Autant dire que ce « droit  personnel » est soumis aux seuls intérêts immédiats de l’entreprise.

. Le Compte pénibilité

Affiché pour contrebalancer, de façon très partielle, l’allongement de 6 trimestres de la durée de cotisation pour la retraite, ce compte devrait prendre en compte les facteurs de pénibilité subi par un salarié.

Il devait,  au départ, prendre en compte 10 facteurs de pénibilité. Le PDL ne prévoit la prise en compte que de seulement 4 de ces facteurs. Les 6 autres sont renvoyés à la parution de décrets d’application après le 1er juillet 2016. Il serait étonnant que ces décrets voient le jour car le patronat n’en veut absolument pas.

Ces facteurs de pénibilité ne sont pas mesurés par les postes définis par les Conventions collectives, mais individuellement pour chaque salarié. Un véritable parcours du combattant est instauré pour que le salarié concerné puisse faire valoir ces droits : les informations seront transmises par l’employeur aux Caisses de retraites qui les transmettront, ensuite, au salarié qui aura 3 ans pour contester…

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Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

3 Mars 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #point de vue communiste

Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

Nous relayons aujourd’hui un texte du site DDT21 (douter de tout…pour tenir l’essentiel) sur l’Etat d’urgence.

Mesure d’emfumage, l’état d’urgence et ses mesures d’exception, « pour notre sécurité », consiste en fait plus à criminaliser encore les mouvements sociaux et les classes dangereuses qu’il ne perturbe l’activité des djihadistes de DAECH (par ailleurs les alliés de l’Etat français en Syrie jusqu’à il y a peu).

                                                                                    JM.N

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Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

https://ddt21.noblogs.org/?p=796

« Obéir aux forces de l’ordre. […]
Garder les mains levées et ouvertes. »

(affiche gouvernementale, décembre 2015)

Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

État et état de guerre

La France n’est pas partie en guerre contre l’État islamique (EI) pour défendre les Droits de l’Homme ou ceux des femmes, mais pour préserver des intérêts (pas seulement pétroliers), et sa place de grande puissance. Que les attaques de l’EI en soient la riposte ou bien qu’elles visent « notre mode de vie » importe peu pour les victimes.Quand les États font la guerre, leurs armées se combattent, mais prennent aussi pour cible la population de l’État adverse. Les habitants du territoire contrôlé par le Califat sont malgré eux victimes « collatérales » des bombes françaises. Les habitants du territoire contrôlé par l’État français sont malgré eux victimes des assassins au service du Califat.

La différence, c’est que les avions de la coalition anti-E.I. ne visent pas systématiquement et délibérément les civils, alors que le 13 novembre 2015 les djihadistes voulaient tuer des Parisiens qui n’étaient ni militants ni soldats. Chaque État massacre comme il peut. Gageons que si l’EI disposait d’une aviation capable de réduire en gravats le palais de l’Élysée ou l’hôtel de Brienne, il l’utiliserait. En vérité, la guerre fait de chacun de nous l’otage de son État, cible potentielle des bombes, des balles ou des attentats-suicide du camp d’en face. Et, quelle que soit la radicalité de nos opinions ou notre dégoût, elle nous renvoie aussi à un état de « citoyen », voire de « Français ».

Chacun à sa façon et selon ses besoins, tout Etat est oppresseur. L’EI l’est plus visiblement que d’autres.
Dans la course à l’horreur, les candidats ne manquent pas, mais l’opinion publique ne retient que les horreurs commises par ceux que l’Etat lui désigne comme ennemi. Quand en 1965 la prise du pouvoir par les militaires a fait basculer l’Indonésie dans le camp occidental, 500.000 personnes ont été tuées en quelques mois ; elles restent pourtant sans existence pour les consciences françaises ou américaines.

L’Etat, c’est l’état d’urgence

L’État, ce sont des lois qui régissent la société, et un monopole de la violence légitime pour les faire respecter. Etat d’urgence, état de siège, état de guerre… l’existence « normale » de l’État contient la possibilité d’un état d’exception. Toutes les constitutions démocratiques ont prévu les mesures légales qui limitent ou suspendent les libertés publiques au nom de l’ordre et de la sécurité. C’est l’État qui décide ce qui sera considéré comme normal ou traité comme exceptionnel. Mais l’exception peut aussi devenir la nouvelle norme : Vigipirate est en place depuis 1991 et depuis longtemps à son niveau maximal.

Quand la guerre menée par l’État à l’extérieur entraîne des représailles à l’intérieur, l’État offre à la population une protection qui se confond avec un contrôle. La protection a un coût (il va falloir « choisir entre la sécurité ou la sécurité sociale ») et un prix : la liberté (celle du citoyen).

Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

Car traquer la très petite minorité dangereuse implique de repérer et neutraliser ceux qui sont susceptibles de la rejoindre. Depuis le 13 novembre 2015, « radical » est un gros mot. Il serait urgent de dé-radicaliser celui ou celle que policiers, journalistes ou psy désigneront comme tel, c’est-à-dire urgent de l’enfermer et de le soigner. Demain, sera « terroriste » tout partisan d’une rupture sociale. Après-demain, écrire sur Internet qu’il faut détruire l’État et le capitalisme vaudra au site une fermeture administrative pour « apologie de terrorisme ».

Guerre au Monstre ?

« Les mots, du reste, ont fini de jouer. Les mots font l’amour », écrivait Breton en 1922. Ils font aussi la guerre.

Quand la démocratie déchaîne sa violence, en attendant d’éradiquer l’EI, elle monte dans des extrêmes verbaux inaccoutumés : confusion, déclamation, péjoration («  fanatisme », « barbarie »), euphémisation (« frappe » au lieu de « bombardement »), et multiplication des superlatifs (« guerre totale », « hyper-terrorisme », « sans merci », « extermination »). L’État démocratique et le Monstre étant les deux pôles opposés, le vocabulaire doit montrer l’infini qui les sépare ; d’où le fait de refuser à l’EI le qualificatif d’État (car il est bien connu qu’un véritable État ne peut commettre de telles horreurs).

Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

Le citoyen est alors sommé de confirmer son allégeance. Le choix est aisé car les ennemis de l’État ne sauraient être que ceux du Genre humain et de la Civilisation. Le 20 novembre 2015, le Conseil de Sécurité de l’ONU unanime a qualifié l’EI de « menace sans précédent à la paix et à la sécurité internationale ». Sans précédent ? C’est pourtant que l’on nous a dit déjà en 1914 (il fallait partir au front pour éviter « l’extinction de la civilisation »), en 1939, pendant la Guerre froide, contre les « terroristes » du FLN, etc. Nasser fut un « nouvel Hitler », plus tard Saddam Hussein aussi. « La guerre, c’est la paix », proclame le régime totalitaire de 1984. La démocratie moderne dit presque la même chose : « Je pars en guerre pour la paix. »

Démocratie dictatoriale

La démocratie, expliquait Debord en 1988, veut être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. Mais elle les comprend et les traite différemment de la dictature.

La dictature est une. Elle bloque la circulation des idées et des personnes, et exclut le déviant. L’information qu’elle accumule sur la société est tenue secrète. Elle entend tout savoir pour ne laisser exister qu’une vérité officielle. Elle idolâtre l’autorité, ossifie principes et traditions, brise toute contestation et chez elle le bon citoyen est celui qui obéit aveuglément.

Ennemi Intérieur : le Monstre sur le seuil

La démocratie est plurielle. Elle fait circuler marchandises, idées et personnes, et n’interdit que là où elle voit une menace directe. Elle laisse s’exprimer pour filtrer le danger réel et le neutraliser. Confrontée aux contestations, elle favorise l’émergence de l’inoffensif qu’elle pourra intégrer. Elle dévitalise la critique, canalise et réprime seulement ce qui passe les bornes. Son bon citoyen est celui qui a appris à se modérer. Et s’il ne se modère pas ? Alors la tolérance montre ses limites.

En temps supposé normal, les démocrates pratiquent seulement le pire hors du pays, aux colonies autrefois, dans l’ex-tiers-monde aujourd’hui. Mais la république française en « état d’urgence » se donne le droit de décider qui est suspect non plus sur ses actes, ni même l’expression publique de ses idées, mais sur son « comportement ». Comme dans Minority Report, l’utopie policière est de repérer le suspect avant qu’il agisse. Déjà des logiciels couplés à des caméras de vidéosurveillance détectent le mouvement inhabituel ou le geste hors norme. Si la révolte s’exprime beaucoup moins que dans les années 70, c’est aussi qu’elle est plus contenue, refoulée, il faut donc aller la traquer à l’intérieur des têtes, et la traiter comme une pathologie sociale. Répression et prévention vont de pair : déradicaliser, c’est interrompre le processus de radicalisation avant un éventuel passage à la violence (dont la définition se doit être souple et variable). De la notion de danger, on glisse à celle de « dangerosité ». Si la démocratie a parfois des allures de dystopie totalitaire c’est qu’on passe aisément d’un système à l’autre en fonction des nécessités.

Réprimer. Par tous les moyens nécessaires. Contre Le Monstre, le vrai, l’indicible et l’innommable, c’est-à-dire le prolétaire, tout est permis. C’est lui le vrai danger, que l’on contient de diverses façons, y compris en le mobilisant contre des ennemis extérieurs et intérieurs. En dernier recours, le rempart de l’ordre social, ce seront toujours la police et l’armée : justice et médias suivent. Le jour où elle en a besoin, la démocratie déploie la panoplie complète des méthodes dictatoriales, y compris le massacre de masse habituellement réservé aux « non-civilisés ». La contre-insurrection de juin 1848, avec des milliers de morts dans les combats, plus 1.500 fusillés sans jugement a montré qu’« on peut en plein Paris faire la guerre comme en Algérie » (Marx) 

* * *

Nous ne sommes pas au bout de nos peines. En situation « historiquement défavorable », quand l’État crée un « nous » pour faire oublier que tous les États nous font la guerre, le minimum est de rompre le consensus, ce qu’ont fait les rassemblements, défiant l’interdit, le 29 novembre 2015.

 

Et ne pas faire à l’État le plaisir de céder à la résignation ni au confusionnisme politique qu’imposerait l’urgence. Ne cédons pas à l’état d’urgence, prenons notre temps. L’histoire réserve des surprises, et pas toutes désagréables.

DDT 21, janvier 2016

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CRISE DU CAPITALISME- situation 2015 – ACTUALISATION ET CONFIRMATION

10 Janvier 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Théorie Communiste, #point de vue communiste

CRISE DU CAPITALISME- situation 2015 – ACTUALISATION ET CONFIRMATION

INTRODUCTION :

Que révèle la crise? Comment en sortir? Quel peut être l’avenir? Ce sont des questions que tout le monde se pose. Les uns parce qu’ils craignent pour leur situation. Les autres parce qu’ils l’ont perdue, ou vont la perdre, ou – les jeunes – n’en trouveront pas, sinon de tellement mauvaises, précaires, misérables.

Les « élites » dirigeantes, la nomenklatura des politiciens et idéologues médiatisés, ont déversé, et déversent quotidiennement, par tous les canaux d’informations existants, leurs explications sur les causes de la crise et les remèdes qui selon eux en découlent. Certes, tous n’ont pas exactement les mêmes opinions. On n’évoquera pas ici les plus grossières qui, nauséabondes et bestiales, rejettent sur l’étranger la cause de la misère et du chômage. Mais quant aux autres, on rappellera que toutes ces analyses, qu’elles soient dites de droite ou de gauche, ont au moins deux points communs essentiels, qui déterminent l’échec de leurs conclusions quant aux possibilités et moyens de sortir de cette crise.

Le premier est qu’elles ne creusent pas jusqu’aux fondements de la crise, qui est dans les rapports d’appropriation (donc de production) spécifiques au système capitaliste. Les économistes réputés car médiatisés, d’apparence sérieuse, ne proposent en général que des analyses superficielles qui ont pour caractéristique générale de présenter des conséquences du système capitaliste comme les causes fondamentales de ses blocages. Par exemple quand ils ciblent la finance « trop » exubérante, la mondialisation « trop » libérale, les écarts de revenus et de patrimoines « trop » importants, etc. Ils ignorent pourquoi il y a blocage de la croissance (c’est-à-dire de l’accumulation du capital). Et ils ignorent aussi ce que cette crise révèle de la situation historiquement spécifique du capitalisme contemporain, à savoir qu’il est arrivé au bout de sa trajectoire historique, c’est-à-dire des capacités du capital à se valoriser, s’accumuler, se reproduire de façon élargie (ce que désigne l’expression qu’il a atteint l’âge de sa sénilité). Il n’y a pas de sortie de crise dans le cadre d’un capitalisme qui ne peut se survivre que dans une agonie sans fin, sinon son abolition par une révolution politique et sociale. Agonie signifiant ici misère accrue pour des masses de plus en plus nombreuses d’individus, catastrophes écologiques, systèmes étatiques de plus en plus autoritaires et répressifs, guerres permanentes aux quatre coins du globe.

Le deuxième point découle du premier. Se trompant sur les causes essentielles, les « experts » et élites dirigeantes se trompent évidemment aussi sur les remèdes. Tous proposent des potions qui ont pour point commun de prétendre relancer la croissance du capital, donc sa valorisation, alors même que sa situation de sénilité ne le permet plus (contrairement à ce qui fut encore possible après la Seconde Guerre mondiale, et, notamment, mais pas seulement, au prix de cette guerre).

Aujourd’hui de plus en plus nombreux sont ceux qui, gravement touchés par la crise, « s’indignent » des méfaits et tares de la société actuelle. Mais évidemment s’enrager, tonitruer, manifester, lutter ne sert pas à grand-chose si on n’en voit pas les causes profondes, les racines, et si par conséquent on se trompe sur les moyens et la cible de la lutte (ce qui est notamment le cas de tous ceux qui imaginent qu’il suffirait de changer le gouvernement de l’État pour sortir de la crise en « humanisant » le capital!). C’est pourquoi cet article écrit par Tom Thomas, démontrera que seule l’analyse marxiste permet de donner « la vraie parole de la lutte ».

Ce qui est important, et fort utile pour préparer l’avenir, c’est de comprendre qu’il n’y a pas que la catastrophe dans la crise, mais aussi, et surtout, la possibilité d’y trouver le potentiel d’un nouveau grand bond en avant de l’humanité. À condition de ne pas s’engluer dans les illusoires et catastrophiques espoirs de sauver ce capitalisme agonisant que proposent et propagent les politiciens du système étatique, et les idéologues médiatisés, de la gauche de la gauche à la droite de la droite.

On ne peut combattre le danger néofasciste, en France le FN, que si on trace une ligne de démarcation radicale (c’est-à-dire jusqu’à la racine) avec lui. Ce qui implique, entre autres choses, de rompre avec l’idéologie et la pratique étatiste du vieux mouvement ouvrier, laquelle est aussi une caractéristique du fascisme.

                                                                                                     Pierre LEHOUX

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SITUATION 2015 : ACTUALISATION ET CONFIRMATION.

                                                                                   TOM THOMAS   2015

PREAMBULE.

Le texte qui suit a été terminé d’écrire en octobre 2015, donc avant les carnages parisiens du 13 novembre. Il traite néanmoins de cette actualité, et c’est pourquoi je n’y ai rien changé lors de sa publication en décembre. Il en traite en ceci qu’il propose de rentrer dans le vif d’une situation que ces carnages n’ont fait que confirmer. Les questions qu’ils posent sont en effet : de quel terreau, de quel ventre sortent toutes ces bêtes immondes qui ravagent le monde contemporain, et pourquoi le ravagent-elles avec une sauvagerie et une ampleur qui ne cessent de croître (1) ? Partout en effet des guerres impérialistes et entre eux, partout des populations écrasées, rendues chaque jour plus misérables, partout l’émergence de comportements et organisations néofascistes, de type FN ou Tea Party, ou théofascistes, de type Daech ou sioniste (du déjà vu dans les années 30).

Répondre à ces questions, c ‘est comprendre que ces faits sont des manifestations de la putréfaction avancée du monde capitaliste contemporain , dont ce texte rappellera les bases spécifiques), de son agonie qui ne trouvera de tin que dans l’abolition du capitalisme par une lutte révolutionnaire classe contre classe. Sans comprendre la situation du capitalisme contemporain, sans comprendre donc les racines de sa crise actuelle, on ne peut pas comprendre pourquoi ce monde plonge dans une telle barbarie, dans de telles catastrophes économiques , écologiques, militaires, politiques, éthiques. Et cela inéluctablement, sauf victoire de cette révolution. Sans comprendre le pourquoi fondamental, on ne peut évidemment pas trouver le comment y remédier.

Dénoncer les crimes et responsabilités des impérialismes, très bien. Etre contre l’union nationale que tonitrue la bourgeoisie, c’est à dire contre le soutien à ses agissements criminels contre les peuples, très bien. S’opposer aux différents fascismes, très bien. Mais en rester là, ce serait se contenter de renvoyer dos à dos les différents barbares. Ce qui évidemment ne résout rien. Le plus important est d’agir sur la cause profonde de la putréfaction dont les multiples catastrophes et sauvageries contemporaines sont une manifestation. Et pour cela, il faut d’abord la mettre à jour, ce pour quoi le petit texte qui suit constitue un rappel et une confirmation.

RESUME DE L’ANALYSE DE LA SITUATION DU CAPITALISME CONTEMPORAIN.

En effet, ce court texte a pour objet de montrer que les derniers développements apparents de la crise, sur tous les plans, économiques, sociaux, politiques, idéologiques confirment la véracité de ses causes et caractéristiques essentielles, ainsi que de l’impossibilité d’en sortir sans sortir du capitalisme, tel qu’il m’a été possible de le montrer (2) grâce et sur la base des travaux de K. Marx.

Confirmation magnifique du génie de Marx pourrait-on dire, si ce n’était aussi catastrophique quant à l’avenir immédiat.

Pour vérifier cette confirmation il convient d’abord de rappeler, très brièvement, les principales conclusions de cette analyse.

1) Il ne s’agit pas seulement d’une crise de suraccumulation de capital/sous-consommation des masses telle que le capitalisme en a déjà connue (notamment dans les années 30), s’accompagnant d’un blocage provisoire de la valorisation du capital (de son accumulation, de la « croissance »). Mais que ce blocage, ou quasi blocage, n’est plus surmontable parce que – situation historiquement nouvelle – le capitalisme, au terme de deux siècles de gains de productivité spectaculaires, en est arrivé à une telle accumulation de capital fixe, d’une machinerie hautement automatisée, qu’il a, du même coup, provoqué un épuisement de la quantité de travail social employé dans la production de plus-value (laquelle, on le sait, est « automate », c’est-à-dire inhérente au mode de production capitaliste). Autrement dit, il a provoqué une évanescence de la valeur (qui est cette quantité), donc du capital, qu’il soit sous forme moyens de production, marchandises, argent.

CRISE DU CAPITALISME- situation 2015 – ACTUALISATION ET CONFIRMATION

Bien évidemment plus la valeur est faible, plus tend à être faible sa valorisation, seule base réelle de la croissance capitaliste. Jusqu’au point, que justement cette crise révèle être atteint, où cette croissance s’étiole, stagne, s’arrête, puis devient décroissance (destruction nette de capital), sans espoir de reprise autre que fugace, simple soubresaut dans cette tendance générale.

Toutefois cette tendance irrémédiable à l’évanescence de la valeur et à l’épuisement de la valorisation (3) n’est pas en elle-même suffisante pour abolir le capitalisme.

En effet l’essence du capital est d’être un rapport d’appropriation spécifique, matériel et intellectuel, tel que tant qu’il existe, existe aussi nécessairement sa conséquence, aussi antagonique soit-elle devenue avec lui, qui est le capital comme valeur se valorisant, devant se valoriser à tout prix. Exigence absolue, condition incontournable de la reproduction de « la société » (capitaliste bien sûr), dont les exécutants, tous appelés par Marx « les fonctionnaires du capital », sont non seulement privés, mais plus encore les Etats. Loin d’être naturelle, « l’économie » est historique et politique.

2) Ces fonctionnaires vont donc agir, avec une détermination, une violence, un extrémisme d’autant plus grands que la situation du capital est catastrophique, sa reproduction, et partant celle de la société qu’ils chérissent, qui est leur Eden, de plus en plus problématique. lis le feront   au nom de la « réalité », en fait celle des conditions d’existence de cette société particulière.

Par exemple le profit et la compétitivité, comme soi-disant conditions et stimulants indispensables de l’initiative, de la croissance et du progrès, sont, entre autres arguments fallacieux, la justification de tous les coups qu’ils assènent aux prolétaires. Compétitivité , le mot fait sportif, dynamique, mais ce n’est rien d’autre que la vieille concurrence entre capitaux jouant son rôle de gendarme (un facteur externe au procès de production ) obligeant les fonctionnaires du capital à l’application pleine et entière de l’exigence la valorisation maximum (phénomène interne à ce procès) sous peine d’être eux-mêmes éliminés en même temps que le capital qu’ils représentent, personnifient . Pour ce faire ils vont mettre en œuvre les deux principales catégories de mesures suivantes :

2-1) Tenter de suppléer au déclin des gains de plus-value obtenus par les gains de la productivité, maintenant très ralentis, par une augmentation de ceux obtenus par une dégradation systématique de la condition prolétaire : chômage total et chronique pour beaucoup, et pour les autres, baisse des salaires et prestations sociales, augmentation de la durée et de l’intensité du travail, précarité, flexibilité, etc. C’est une politique qui, en termes scientifiques, marxistes, cherche à suppléer le déclin de l’extraction de la plus-value sous sa forme relative, par un renforcement de son extraction sous sa forme absolue(4).

2-2) Procéder à une émission massive de crédits quasiment gratuits (autrement dit création monétaire massive), pour sauver le système financier, en urgence après le krach de 2008, puis régulièrement dans l’espoir qu’ils alimentent investissements et consommation, et aussi une inflation susceptible de faciliter le remboursement des dettes.

2-3) Toutes les tentatives de revigorer le procès de valorisation qui s’épuise se passent évidemment dans le cadre du capitalisme contemporain , c’est-à-dire mondialisé. Un capitalisme d’impérialismes non plus coloniaux (à l’exception notable d’Israël) , comme jusqu’aprè s la 2ème guerre mondiale (5), mais de collaboration avec les bourgeoisies au pouvoir dans les pays dominés, tandis que les inéluctables rivalités entre impérialismes, plus vives avec la crise, sont aussi contradictoirement quelque peu contrebalancées par le fait que la dite mondialisation exige aussi un ordre mondial (que les USA peinent aujourd’hui à contrôler seuls) , d’où l’ébauche d’un impossible Etat mondial (organismes internationaux type ONU, FMI, , tentatives de gestion commune de certains problèmes mondiaux, type G20, COP21, etc.).

Plus la crise de la valorisation se développe, et plus les puissances impérialistes accroissent leur pression sur les peuples dominés. Les plus récalcitrants sont soumis à des blocus (Cuba, Iran), à des sanctions financières ruineuses (Argentine, Grèce), et, de plus en plus, des expéditions militaires massivement meurtrières (Serbie, Moyen Orient, Afrique, etc.).

Avec la crise, la concurrence n’est plus seulement le gendarme qui oblige le fonctionnaire du capital à rechercher le profit maximum. Elle est de plus en plus le militaire qui doit tuer tout ce qui gêne ou s’oppose à cette exigence : le révolté, mais aussi le rival.

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3) Cette concurrence accrue entre capitaux génère une concurrence accrue entre les salariés du monde entier (mondialisation oblige) pour la vente de leur force de travail. Au nom de cette concurrence baptisée compétitivité les fonctionnaires du capital exigent des travailleurs qu’ils acceptent une dégradation profonde de leurs conditions de travail au prétexte qu’ils se sauveraient en se sacrifiant pour « leur » entreprise, et « leur » Nation par-dessus le marché.

C’est dire qu’ils exigent qu’ils rivalisent – voire qu’ils se combattent – et acceptent ces politiques dite « d’austérité » , pour le plus grand bien de ceux qui les exploitent et s’engraissent à leurs dépens. Ce que beaucoup acceptent effectivement   encore, en s’imaginant   sauver   leur peau, avant de s’apercevoir qu’ils n’obtiennent, au mieux, outre cette dégradation , qu’un petit répit pour quelques-uns dans la dégringolade pour tous, y compris eux finalement.

Voilà, très succinctement résumé en ces quatre points, l’état général de la situation du capitalisme contemporain et de l’offensive qu’il mène en conséquence contre les peuples, et particulièrement les prolétaires. Nous verrons, dans un texte ultérieur, ce que cette situation permet déjà de dire quant à la réponse qu’il est possible et nécessaire d’y apporter.

Et, évidemment, cette réponse, selon qu’elle corresponde ou pas à cette situation, aux nécessités et possibilités qu’elle implique, constitue l’élément essentiel de son évolution : communisme (qui peut, pour la première fois dans l’histoire, devenir réalité) ou barbarie (déjà souvent réalisée, et qui est en cours de se réaliser à nouveau, décuplée, sous nos yeux) .

Cette réponse constitue bien sûr un cinquième point s’ajoutant aux précédents puisque le niveau de la lutte de classe fait évidemment partie de la situation du capitalisme. Il faut donc rappeler ici un fait important la concernant qui découle immédiatement de l’analyse de la crise ci-dessus résumée et confirmée. Il est que les bases matérielles de l’idéologie et de la politique réformistes, dites « de gauche », qui ont jusqu’ici dominé le mouvement prolétaire, sont sapées.

En effet la croissance du capitalisme moderne, fondée sur des gains de productivité (6) qui avaient permis pendant un temps (les dites « 30 glorieuses ») , d’augmenter à la fois les profits, l’emploi, et le niveau de vie matériel des salariés, est maintenant bloquée. Donc le type de luttes prolétaires qui, autrefois, pouvaient obtenir ce type d’avantages, lesquels donnaient « du grain à moudre » aux syndicats et partis « de gauche » pour conforter leur influence sur les prolétaires, ne peuvent plus aujourd’hui, au mieux, qu’être défensives, c’est-à-dire freiner momentanément la tendance inexorable à la dégradation continue de la condition de prolétaire, et, au-delà, de la petite bourgeoisie aussi.

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Cependant la situation idéologique de la majorité des masses populaires, prolétaires y compris, est de croire encore plus ou moins à cette possibilité réformiste (7) Dans l’atmosphère de concurrence accrue qui prévaut, cette possibilité, sinon d’améliorer leur niveau de vie du moins de stopper sa dégringolade , leur semble passer par la nécessité de refuser cette concurrence mortifère. Mais, vivement poussés en ce sens par les politiciens « extrémistes », ils pensent pouvoir réaliser cette réelle nécessité par le protectionnisme , le nationalisme et, finalement , la xénophobie , et le mythe d’un Etat qui, gouverné par ces « extrémistes », dompterait le capital alors qu’il est, par essence, son serviteur suprême. Ils pensent donc abolir la concurrence dans le cadre même du capitalisme qui en est la cause, alors qu’elle ne peut être abolie qu’en lui opposant l’association des prolétaires de tous les pays contre le capital.

Aussi l’opposition entre ces étatistes et les dits libéraux qui, eux, affirment, plus véridiquement, que le capitalisme n’a pas d’autre solution, dans la situation où il est, que toujours plus de sueur, de sang et de larmes, et après l’avenir sera meilleur, n’est qu’une opposition de pacotille. L’idée qu’une autre voie est possible qui peut aboutir à l’abolition d’un capitalisme sénile devenu terriblement mortifère se fonde sur un fait contemporain historiquement nouveau. Il est, quelque peu caché mais bien réel, que gisent dans les causes objectives mêmes de la crise du capitalisme les potentialités matérielles permettant de construire une société communiste (8) (ce qui n’a rien à voir, il faut le redire, avec les sociétés qui se sont baptisées comme telles, et qui, en URSS ou en Chine n’avaient fait que des premiers pas dans ce sens, avant Staline, avant Deng Tsiao Ping).

Tous ces rappels faits, nous pouvons passer maintenant à l’objet de ce document : montrer que les analyses des causes de la crise sont entièrement confirmées par les faits qui ont pu être observés ces derniers temps, et qu’en les ignorant les divers fonctionnaires du capital n’ont pu que préconiser et administrer des remèdes qui, non seulement furent inefficaces, mais, pire, aggravè rent, et aggravent toujours, l’état du malade.

CONFIRMATIONS.

En effet, nombre d’économistes officiels ont été amenés à constater, dans le plus grand désarroi, qu’aucun des remèdes supposés mettre fin à la crise ne fonctionne, bien qu’ils soient tous appliqués avec une ampleur exceptionnelle et une brutalité sans frein. Mais leur sagacité s’arrête, pour les moins aveugles , à ce constat dépité que cela signifie · que leurs prescriptions ne s’attaquaient nullement aux racines de cette crise. C’est que, abominant Marx pour le contenu et les conséquences révolutionnaires de son œuvre, ils ignorent du même coup, par intérêt et idéologie de classe, ce qu’est le capital, ce que sont ses contradictions, comment elles évoluent en antagonismes, et donc ignorent le vrai remède à cette crise : d’où leur désarroi.

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Vérifions d’abord succinctement la réalité de l’application entêtée des remèdes appliqués avant d’en voir les résultats.

L’Ampleur exceptionnelle de l’accumulation des dettes. Selon la CNUCED (ONU), l’endettement de tous les acteurs économiques (Etats, collectivités locales, entreprises ménages) a progressé de 57.000 milliards $ de 2007 à 2014 (soit + 40%) pour atteindre un cumul de 199.000 Mds. $. Lequel sera dépassé en 2015 puisque la politique des principales Banques Centrales (FED, BCE, Japon, Angleterre, etc.) continue à être d’inonder les marchés de liquidités. Il s’agit , notamment des programmes dits de « Quantitative Easing » (QE) par lesquels les dites banques rachètent massivement des titres d’Etat (9) (et aussi, hors QE, d’entreprises) . Ou encore, autre forme de création monétaire massive, elles ont offert, et offrent toujours, aux banques des crédits quasi gratuits en quantité quasi illimitée. Tout ceci peut se résumer en quelques mots : gigantesque émission monétaire.

Continuation des offensives généralisées d’aggravation de l’extraction de la plus-value sous sa forme absolue. Là il s’agit de faits systématiques, au nom de la « rigueur », de la « compétitivité », de la « mondialisation », de cette « réalité » qui est celle des lois du capitalisme , sur lesquels il n’est pas besoin de revenir ici tant ils sont le vécu immédiat des prolétaires, celui de la dégradation sans cesse accrue de leur quotidien : baisse des revenus salariaux et prestations sociales, augmentation de la quantité de travail à fournir (aussi bien en intensité quotidienne et annuelle qu’avec le recul du départ en retraite) pour ceux qui en ont un, multiples mesures dites de « flexibilité », « suppression des rigidités du droit du travail » (quand il y en a un !), chômage de masse (partiel et total), etc. « Vos sacrifices d’aujourd’hui sont nos bénéfices de demain, et vos miettes d’après la saint glin-glin ».

Dégradation particulièrement brutale de la situation des peuples des pays dominés par les principales puissances impérialistes. La concurrence décuplée par la crise oblige les multinationales à accentuer leurs pressions sur leurs sous-traitants dans les pays à bas coûts salariaux pour qu’ils les abaissent encore davantage (10) Cela jusqu’à provoquer des masses de morts chaque année, connues (comme, par exemple, dans les effondrements d’immeubles des sous-traitants du textile au Bengladesh) , ou, pour la plupart, passées sous silence (maladies létales, famines, pollutions, etc.).

A cela s’ajoute que beaucoup de ces pays se situent dans la chaîne mondialisée et segmentée de valorisation des capitaux comme simple fournisseurs de matières premières. Leurs prix s’effondrant avec la crise, c’est une paupérisation accrue de ces peuples qui en découle, tandis que s’y exacerbent les rivalités entre différentes fractions bourgeoises, s’appuyant souvent sur différentes communautés ethniques ou religieuses, pour le partage de ce qui reste du butin de l’exploitation de ces matières premières. Rivalités qui, avec l’aggravation de la crise, dégénèrent en conflits armés, qu’exploitent, après les avoir souvent stimulés eux-mêmes, les différentes puissances impérialistes elles-mêmes rivales. D’où des guerres, mélanges de guerres civiles et impérialistes, d’ampleur et de létalités grandissantes.

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Restons-en à ce bref et sommaire panorama des actes des fonctionnaires du capital pour tenter de surmonter la crise. Et constatons, avec eux d’ailleurs, qu’effectivement rien n’y fait : la croissance (la valorisation du capital, son accumulation) ne repart pas. Ceci alors même que tous les économistes officiels se félicitaient de ce que les conditions qu’ils avaient déclarées être celles de la reprise étaient réunies. Par exemple en Europe ou au Japon : crédit abondant et quasi gratuit, monnaies faibles- facilitant les exportations , cours des matières premières, et notamment du pétrole, effondrés. Mais cet exceptionnel « alignement des planètes », selon leur expression, n’a nullement provoqué ce boom de la croissance que leurs théories économiques promettaient. Bien au contraire. Observons en effet maintenant quelques-uns des résultats auxquels ces fonctionnaires sont parvenus.

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Commençons par l’émission monétaire massive. Où sont passés, à quoi ont servi ces monceaux d’argent émis par les Banques Centrales ?

Il n’est pas très difficile de le savoir : les économistes officiels le savent eux-mêmes puisque cela fait partie des phénomènes apparents à la surface que sont les mouvements et rapports des choses (prix, salaires, profits, taux de change, rapports offre/demande, etc.) à quoi se bornent leurs études. Ces milliards sont allés, via le système financier, dans les caisses des Etats à titre d’emprunts pour combler leurs déficits budgétaires, dans celles des banques dont les bilans devaient être purgés des créances irrécouvrables, et aussi dans les entreprises, les plus grosses surtout, qui empruntaient quasi gratuitement cette manne.

Mais là (pas plus que dans les mains des banques et des Etats) ils n’y ont guère été transformés en investissements productifs, ce qui était un des buts de l’émission monétaire. Ils y ont essentiellement servi à gonfler artificiellement (c’est-à-dire sans que cela corresponde à une augmentation de la plus-value) les revenus versés aux actionnaires, aussi augmentés (11) du fait que la plus grande part de la plus-value obtenue n’a pas été reconvertie en investissements (en capital additionnel) mais distribuée sous forme de dividendes.

Un autre usage de ces milliards, fort prisé des financiers et rentiers, a consisté à ce que les entreprises rachètent leurs propres actions pour les annuler, ce qui augmente mathématiquement le bénéfice par action et fait monter, ou freine la descente de leur cours boursier, mais n’alimente évidemment pas de la croissance (c’est au contraire une destruction de capital, un désinvestissement). Ainsi, par exemple, environ 70% des énormes flux de liquidités émises par la FED (banque centrale US) ont servi à alimenter les dividendes et rachats de titres. Mais ce ne sont pas des manœuvres pouvant se répéter longtemps.

Une autre partie de ces flux mondiaux alimente une concentration accrue du capital par le biais de fusions/acquisitions mobilisant des dizaines de milliards de dollars. Ce qui ne crée évidemment aucune capacité de production supplémentaire, mais des gigas mastodontes qui accroissent le caractère oligopolistique du capitalisme mondial et la concentration des richesses dans un nombre d’individus de plus en plus petit et toujours plus riches.

Finalement le plus caractéristique de tout ça, et qui inquiète les économistes officiels eux-mêmes, c’est la dégradation massive et généralisée de l’investissement destinés à accroître les moyens de production, c’est cette stagnation de l’accumulation du capital qu’impliquent ces opérations financières. Pour prendre l’exemple des USA, première puissance mondiale, en 2014 les 500 premières entreprises US (classement Standard and Poor ‘s 500) ont fait 1000 Mds $ de bénéfices opérationnels, et en ont reversé 903,6 Mds à leurs actionnaires sous forme de dividendes (350,4 Mds) et de rachats d’actions (553,2 Mds). Donc 90% des bénéfices n’ont pas été réinvestis, mais distribués. Ce qui prolonge une tendance qui accompagne l’aggravation de la crise depuis longtemps (ce ratio ressort en moyenne à 85% depuis 1998).

Ainsi les flux de liquidités émises par les Banques Centrales, par l’usage qui vient d’en être rappelé (sans parler ici des trafics illégaux, maffias, corruptions, et autres spéculations frauduleuses en constantes et spectaculaires augmentations), ont pour résultat la création d’une nouvelle bulle de capital financier fictif, et bien plus gigantesque encore que la précédente qui a éclaté en 2007. Il va de soi en effet que la valeur de titres de dettes des Etats, comme celle de titres boursiers, soutenue par cette immense création monétaire ex-nihilo et non par la création d’une réelle richesse, n’est qu’une valeur fictive, ne correspond qu’à du capital financier fictif.

C’est au point que cette fictivité apparaît parfois, pour une part, ouvertement. Par exemple quand des Etats ne sont plus capables de rembourser leurs dettes (Grèce pour le cas le plus récent), ce qui est d’ailleurs en réalité le cas de presque tous qui font de la cavalerie (12) pour le masquer. Ou, autre exemple, si on regarde le gonflement des cours boursiers qui, malgré les manœuvres citées ci-dessus pour doper les dividendes, ont amené le rendement des actions (13) à des niveaux historiquement faibles. Les CCR sont deux à trois fois supérieurs à ce qu’ils étaient avant 2007.

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On assiste alors à des phénomènes paradoxaux, tel que, par exemple, sur les trois années 2012-2014 les bénéfices des entreprises de la zone euro ont chuté de 7% environ quand, dans le même temps, le cours des actions a augmenté de 40%. Ou encore, le rendement des actions des 500 premières entreprises US (Standard and Poor ‘s) a été de 1,87% en 2014 contre une moyenne de 4,41% sur les 130 dernières années. C’est évidemment cette dégradation des taux de profit qui entraîne celle des investissements rappelée plus haut.

Cette énorme bulle de capital fictif ne pourra, sous peu, qu’aboutir au même résultat que les précédentes : le krach. il y aura néanmoins deux éléments nouveaux concernant cette bulle et son krach :

1°) son ampleur, qui est, elle, sans précédent,

2°) l’impossibilité pour les Etats d’empêcher qu’il ne tourne immédiatement en débâcle généralisée du système financier puisque leurs Banques Centrales ne pourront plus utiliser la planche à billets du fait que, justement, ce krach sera non seulement la constatation de l’inanité de ce moyen, mais, bien pire encore, qu’il a été un remède qui n’a fait que reculer un peu les échéances au prix d’une formidable aggravation du mal par le gigantesque accroissement de la masse de capital fictif et parasitaire auquel il a donné lieu. Comme si on avait voulu soigner un drogué en lui donnant toujours plus de drogues. Jusqu’à l’overdose fatale donc !

Or, puisque ce système financier est inhérent autant qu’indispensable au système capitaliste moderne, dont le crédit est un fondement, son écroulement sera un séisme généralisé. Monceaux de créances irrécouvrables, faillites en chaîne, effondrement des monnaies, destructions massives de capitaux, misère et chômage décuplés seront au programme, ainsi que leurs conséquences : conflits sociaux exacerbés, guerres, dictatures.

Cela du moins si un mouvement révolutionnaire organisé pour l’abolition du mode de production capitaliste ne s’y oppose pas.

Ce qui, hélas, ne semble pas pouvoir advenir suffisamment rapidement.

D’ailleurs ce « programme » catastrophique se développe déjà partout, comme le montrent par exemple la multiplication des guerres au Moyen Orient, en Afrique, l’augmentation considérable des dépenses militaires partout dans le monde (14) , la suppression rapide des droits démocratiques là où ils existaient encore un peu, la montée des théofascismes religieux (islamique, mais aussi, depuis longtemps, sioniste, ou encore, moins sanguinaire pour le moment, chrétien) comme des néofascismes « traditionnels ». Tout cela sont des signes évidents de la sénilité du capitalisme, que l’analyse de sa crise a mise à jour, qui, en pleine déliquescence, ne peut se survivre (ne peut reproduire le capital, le procès de valorisation) que dans sa putréfaction s’aggravant en permanence, du moins tant qu’une révolution politique ouvrant la voie vers une société communiste vraie n’y mettra pas un terme.

Les politiques dites « d’austérité » d’augmentation de l’extraction de la plus-value sous sa forme absolue, rappelées ci-dessus, entrent évidemment dans le cadre de ces politiques fascisantes ou déjà fascistes. Observons donc maintenant les résultats de ce deuxième type de « remède » à la crise après l’avoir fait de la politique monétaire.

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Il s’agit de ce que les économistes officiels, pas toujours dupes des recettes faciles et miraculeuses de la planche à billets, rappellent être la nécessité d’un « retour aux fondamentaux », « aux réformes structurelles », à savoir à l’extraction d’une réelle plus-value pour valoriser et reproduire le capital (et la société capitaliste). Ils adjurent les Etats, avec le chœur des capitalistes actifs (15), de mettre en œuvre de vastes « réformes structurelles », c’est-à-dire qui dégradent profondément le rapport salarial au détriment des salariés. Or ces politiques « d’austérité » (16), de « flexibilité », d’intensification du travail, de destruction des droits des travailleurs et de leurs « acquis » sociaux, sont inefficaces à relancer la production de plus-value et la croissance de l’accumulation du capital, pour plusieurs raisons :

      1) La réduction de la masse salariale qu’entrainent les mesures d’austérité, stimulée par l’utilisation de la hausse du chômage, de l’immigration, des délocalisations qui accroissent, à l’échelle mondiale, la concurrence pour la vente de la force de travail, aboutit évidemment à abaisser la consommation, et donc la production. Ainsi ce que doit impérativement faire, obligé par la concurrence, chaque capital pour survivre dans cette crise, c’est-à-dire abaisser ses coûts de production, finit par nuire à l’ensemble du capital

      2) Dans le capitalisme contemporain, la faiblesse de la masse salariale relativement à l’importance du capital fixe (machinerie) dans le procès de production de la plus-value rend beaucoup moins efficace que dans le passé, quant à cette production, l’élévation du taux d’exploitation des prolétaires encore employés (ceci d’ailleurs quelles que soient les modalités d’extraction de cette plus-value, absolue ou relative).

      3) Cette exploitation se fait beaucoup plus ouverte, visible et brutale quand les moyens utilisés sont ceux de l’extraction de la plus-value sous sa forme absolue

Donc elle suscite des résistances également plus fortes et plus violentes de la part des prolétaires (et autres couches populaires). Ce qui ne veut pas dire cependant spontanément ni nécessairement anticapitalistes, car, sous l’effet de l’idéologie dominante, (qui a de fortes bases matérielles sur lesquelles s’appuie la propagande bourgeoise, qui dispose de sa possession dictatoriale de tous les médias de masse et d’une flopée d’intellectuels stipendiés pour sa diffusion), nombreux, et même très majoritaires pour le moment,

Les prolétaires qui placent encore leurs espoirs dans l’utopie d’un « autre » capitalisme, d’un autre gouvernement (de type FN pour certains) qui renforcerait l’Etat et saurait l’utiliser pour contraindre le capital, nommé « l’économie », à servir « les hommes », le peuple, la nation, la patrie !

Cependant il est un autre résultat de ces politiques d’austérité, positif celui-là, qui concerne particulièrement les pays développés : la confirmation de la disparition d’une base importante de l’hégémonie de cette vieille idéologie dite «de gauche ». Comme rappelé ci-dessus, c’est celle qui existait quand le capital était dans une phase de croissance fondée sur des gains de productivité suffisants pour permettre d’augmenter les profits tout en concédant, plus ou moins en fonction de la pression gréviste, des améliorations du niveau de vie matériel des travailleurs .

Ce qui nourrissait leur espoir d’une amélioration graduelle de leur condition par la seule voie de la lutte salariale, de la médiation des appareils syndicaux et du vote « de gauche ». Or la confirmation de l’analyse des caractéristiques historiquement spécifiques du fondement de la crise de reproduction du capital, telle qu’elle a été faite ci-dessus, confirme aussi l’inanité de cet espoir. En effet, les gains de productivité ont été laminés car, du fait de leurs rendements décroissants, ils intéressaient beaucoup moins les fonctionnaires du capital. Ce qu’ont enfin fini par reconnaitre de nombreux économistes officiels :

« la faible croissance est essentiellement due à la grande faiblesse des gains de productivité, de l’ordre de 0,6% par an seulement » (18) ; « il n’est désormais plus possible de nier le ralentissement de la productivité, ressort premier du dynamisme économique » (19)

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On connait bien la cause essentielle de cette situation : le haut degré de mécanisation de la production déjà atteint qui, ayant considérablement réduit la part du travail vivant productif de plus­ value relativement à celle de la machinerie, rend finalement de moins en moins intéressant, en terme de rendement financier, un nouvel accroissement de la mécanisation puisqu’il coûterait trop par rapport à l’économie de main d’œuvre qu’il permettrait. C’est toujours ce phénomène d’évanescence de la valeur, que nous avons affirmé comme la caractéristique fondamentale de la situation du capitalisme contemporain, qui est confirmé par cet effondrement structurel des gains de productivité. Et tout ce mouvement n’est pas terminé puisque, poussés par une concurrence exacerbée (20) , les capitalistes sont malgré tout, obligés d’automatiser encore un peu les procès de production même si cela ne leur procure finalement que des rendements décroissants. C’est que, l’installation de robots dans les usines est facilitée par le fait que leur coût diminue tout en étant plus efficaces.

C’est que la diminution de la valeur concerne aussi bien celle des moyens de production que celle des biens de consommation (donc de la valeur de la force de travail, de plus employée en moindre quantité du fait de la robotisation). D’où cet apparent paradoxe : l’abaissement de la valeur des facteurs de la production (machinerie, approvisionnements, main d’œuvre) n’entraîne ni augmentation de la plus­ value (sauf entreprise particulière et provisoirement, sous forme de plus-value extra), ni reprise de la croissance. Cela contrairement à toute l’histoire du capitalisme jusqu’à cette crise. Paradoxe qui est en fait la confirmation de ce que les difficultés de la valorisation ne trouvent leur explication que comme étant la conséquence de l’évanescence de la valeur.

Des futurologues voient le proche avenir ainsi : « Je parc de machines devrait croître de 10% par an dans les 10 prochaines années » (Le Monde, 30/09/15) et « les coûts de production baisser de 20 à 25% » en Chine, « d’un tiers » aux USA, Allemagne, Corée du Sud, etc. « Un rapport de l’université d’Oxford concluait que 47% des emplois américains disparaîtront dans les 20 prochaines années à cause de la robotisation. Cette sombre prédiction est confortée par les 44% des sociétés américaines qui ont réduit Jeurs effectifs depuis 2008 en automatisant Jeurs méthodes. » (Les Echos, 09/06/15).

« Selon une étude qui fait autorité, 50% des emplois sont menacés de numérisation » (D. Cohen, une des stars médiatiques française de l’économie, in Libération 04/09/15). Et le numérique, ça coûte pas cher ! Toutefois, 1) toutes ces prévisions sont celles de « spécialistes » qui se sont très souvent trompés, et, 2) qui le peuvent encore ici parce qu’ils oublient que, dans les dix prochaines années, le système capitaliste sera dans de telles difficultés et déboires, s’il n’a pas été renversé avant, qu’il n’aura sans doute pas pu mettre œuvre tous ces potentiels développements robotiques. Lesquels ne touchent pas que les secteurs industriels ou agricoles, mais aussi les prolétaires du secteur dit « tertiaire » (communications, finance, commerce, administration, etc.)

Quoi qu’il en soit de l’ampleur de cette robotisation, le phénomène d’évanescence de la valeur est ainsi avéré par ces économistes officiels, bien qu’ils ne le sachent pas tout comme Mr. Jourdain ne savait pas qu’il faisait de la prose.

Il est encore avéré par un autre fait : une inflation proche de zéro des prix nominaux des marchandises alors même qu’une émission aussi massive de « liquidités » aurait dû, en toute logique selon la théorie économique officielle, la faire croître considérablement (21) Ce qui n’a pas eu lieu puisque les flux de la création monétaire ne sont pas allés dans l’économie « réelle » , mais dans les titres financiers (hyper inflation de capital fictif).

D’ailleurs cette inflation quasi nulle des prix nominaux est en fait le résultat actuel d’une diminution continue de l’inflation depuis cinq ans environ, c’est à dire d’une tendance à la déflation. Au point qu’il arrive à des financiers, chose jamais vue, de placer leur argent à des taux d’intérêt nominaux négatifs auprès d’emprunteurs considérés comme sûrs, toujours solvables (Etats, Banques Centrales). Le mieux que ces créanciers espèrent, c’est que ce rendement négatif, par exemple -0,5%, soit inférieur à la déflation qu’ils perçoivent et escomptent déjà : si celle-ci est, par exemple, de 2%, ils considéreront, à juste titre, bénéficier d’un taux réel de 1,5%. Or déjà environ 35% de l’encours des obligations dites souveraines (celles des Etats) offraient de tels rendements négatifs début 2015.

Cette tendance déflationniste est suffisamment nette pour que certains économistes commencent à s’alarmer de la « vague déflationniste qui déferle actuellement sur la planète [ …..] (et qui) menace d’installer Je monde dans une ère glaciaire. » (22) Car elle signifie effectivement la dévalorisation des capitaux, réels et fictifs, la destruction de nombre d’entre eux, l’explosion du système des crédits,

avec des dettes devenues d’autant plus irremboursables que leurs montants à l’échéance seraient augmentés par cette déflation.

Evidemment les prix peuvent varier en fonction de l’offre et de la demande. Et une reprise momentanée de la croissance pourrait créer de l’inflation, notamment à partir d’une hausse des prix des matières premières (pétrole, gaz, minerais, etc.), laquelle hausse laminant davantage consommation et profits ne durerait pas. De toute façon la tendance de fond est bien déflationniste puisque, comme nous l’avons vu, les coûts de production et la valeur des marchandises ne cessent de baisser avec les perfectionnements de la machinerie. D’ailleurs cette tendance s’accélère avec la crise puisque l’exacerbation de la concurrence qu’elle implique ne laisse subsister, dans chaque branche, que les entreprises qui y ont les plus bas coûts de production, notamment salariaux. Cette tendance déflationniste, n’est pas autre chose qu’une autre manifestation de cette érosion, de cette évanescence de la valeur en général.

CRISE DU CAPITALISME- situation 2015 – ACTUALISATION ET CONFIRMATION

 

On peut tirer trois conclusions de l’actualisation de la situation du capitalisme contemporain qui vient d’être présentée dans les pages ci-dessus.

      1) Elle constitue une confirmation éclatante de l’analyse de cette situation proposée dans de précédents ouvrages sur la base des travaux scientifiques de K. Marx. Notamment que la racine la plus profonde, la plus essentielle et la plus caractéristique de la crise actuelle se trouve dans l’abaissement drastique de la quantité de travail social que le capital général peut employer (‘est-à- dire avec un taux de profit suffisant). Autrement dit dans l’évanescence de la valeur.

      2) C’est par là même une confirmation magnifique de la véracité de l’analyse faite par Marx du mode de production capitaliste. Laquelle l’avait notamment amené à cette conclusion que le capital était « contradiction en acte » puisqu’en développant sans cesse la productivité, l’efficacité (la valeur d’usage) de la machinerie, il sapait lui-même son existence de valeur se valorisant par le travail vivant

      3) Hors de se baser sur cette théorie, c’est-à-dire hors de son application à l’analyse concrète de la situation cpncrète du capital contemporain telle que révélée par sa crise , et rappelée ici brièvement, les luttes prolétaires, qui évidemment font partie de cette situation, ne peuvent aboutir qu’à freiner la dégringolade, mais non à la stopper. Ce qui ne veut pas dire qu’elles ne doivent pas être menées, et durement, mais qu’elles n’empêchent pas le capital de se perpétuer dans une crise chronique, qu’elles n’en empêchent donc pas les inéluctables effets catastrophiques et Les fondements spécifiques de cette crise impliquent qu’est devenu obsolète le type de luttes qui a été celui de la plupart des mouvements prolétaires des 19èm e et 2oème siècles, qui portaient essentiellement , du moins dans leur majorité, sur des objectifs, devenus inaccessibles dans le cadre du capitalisme actuel, de « réforme » vue comme plein emploi, amélioration progressive des conditions de vie, c’est-à-dire aussi finalement comme reproduction de la condition, plus ou moins matériellement améliorée, de prolétaire, ainsi que, concomitamment, du capital.

Certes, l’évanescence de la valeur, si elle est bien à la base des insurmontables difficultés que rencontre aujourd’hui l’accumulation du capital et de sa putréfaction, n’explique pas à elle seule toutes ses manifestations concrètes, toute la réalité. Il y toutes sortes de médiations, toutes sortes de données historiques, économiques, culturelles, géographiques, toutes sortes de circonstances, et même parfois le hasard, qui participent à la fabrication du concret, et qui font que cette putréfaction apparait sous toutes sortes d’aspects différents, ici, ailleurs, à différents moments. Les effets de la crise ne sont pas uniformes, mais divers et multiples (économiques, écologiques, urbains, agricoles, idéologiques, politiques, militaires, etc.).

Et bien sûr les luttes partent toujours des effets concrets contre lesquels s’élèvent ceux qui les subissent, et ne visent pas d’abord leurs racines. Mais pour réussir nous savons bien que toutes ces résistances, toutes ces luttes doivent s’unir, et pour cela se découvrir un ennemi et un but commun. Pour y parvenir l’expérience ne suffit pas, ni la volonté.

Il faut aussi que le plus possible de combattants acquièrent la compréhension de ce qui fonde ce commun, de ce qui est le commun de tous ces concrets divers : leur commune racine dans l’effondrement de la quantité de travail social productif de plus-value (soit en terme théorique dans l’effondrement de la valeur), et leur commune solution dans une révolution politique abolissant l’Etat bourgeois et permettant d’instaurer un véritable pouvoir du prolétariat sur la base de la très possible formidable augmentation du temps libre, du temps pour s’éduquer, contrôler, diriger, et, but final, abolir la condition de prolétaire en s’appropriant les conditions de la production, celles de son libre développement.

Ceux qui aujourd’hui se veulent militants pour le communisme n’ont guère d’utilité s’ils ne cherchent pas à enrichir et propager cette connaissance concrète des causes afin qu’elle puisse s’affirmer comme connaissance par et pour les prolétaires, comme connaissance des nécessités qui s’imposent à eux s’ils veulent ne pas choir dans le toujours pire, et connaissance des possibilités de maîtriser leur destin eux-mêmes. Ne jurant que p.:ir « la-pratique », affirmant que les-prolétaires-ne sauraient-jamais s’intéresser à la théorie (donc en fait à l’analyse concrète) , la plupart de ces militants, certes hélas un tout petit nombre aujourd’hui, y renoncent.

Ce qui est encourager les prolétaires à en rester à une pratique aveugle, sans résultat autre, au mieux, que de freiner plus ou moins les offensives du capital, au pire de s’engager sur les voies catastrophiques du nationalisme et du néofascisme.

Les partisans de la révolution communiste ont donc pour obligation, s’ils veulent être conséquents, d’unir et organiser les résistances, de travailler à rattacher tous les divers effets concrets de la putréfaction du capitalisme à ce qui les unit, à la cause de celle-ci, à sa crise dans ses caractéristiques historiques particulières, et de là à pouvoir travailler à déceler et stimuler dans les luttes tout ce qui apparaît, même si c’est encore sous forme embryonnaire, comme répondant adéquatement à cette situation, comme permettant d’approcher des buts communs définis par les nécessités et possibilités qu’elle implique, et ainsi d’unir les prolétaires en prolétariat.

Tom Thomas, Octobre 2015

 

1) Encore qu’on puisse légitimement estimer que la sauvagerie d’aujourd’hui n’est pas pire que celles d’hier : massacres coloniaux, guerres mondiales, etc.

2) Voir mes ouvrages précédents sur cette question.

3) Il y a d’autres causes à cet épuisement, et qui l’amplifient fortement, que cette évanescence, voir T. Thomas, Démanteler le capital où être broyés, édition Page Deux, Lausanne.

4) Voir T. Thomas, La Crise. Laquelle ? Pourquoi ? édition Contradictions, p. 87-94.

5) Voir T. Thomas sur la distinction des 3 grandes époques de la mondialisation, in Les Mondialisations, édition Contradictions .

6) Extraction de la plus-value sous sa forme relative.

7) Croyance qui est fondée sur les fétichism es de la marchandise et de l’Etat, qui subsistent comme base fondamentale de l’idéologie bourgeoise. Sur ce point voir T. Thomas, Etatisme contre Libéralisme, c’est toujours le Capitalisme, éd. Contradictions ; La montée des extrêmes, éd. Jubarte ; Les racines du fascisme, éd.Albatroz .

8) Sur ce point, voir T.Thomas, Nécessité et Possibilité du Communisme, éd. Jubarte.

9) La seule BCE en rachète pour 60 milliards d’euros par mois depuis mars 2015, et s’est engagée à le faire au moins jusqu’en 2016. La monnaie ainsi émise n’est évidemment que de la monnaie de singe.

10) La société chinoise Foxconn, plus d’un million de prolétaires employés, s’est rendue célèbre pour ses« performances » dans ce domaine (voir « La machine est ton seigneur et maître » , édition Agone). Mais c’est loin d’être la seule, ni même la pire.

11) Ceux-ci peuvent aussi augmenter, pour les entreprises ayant des filiales à l’étranger, du fait des variations de taux de change (ce qui explique par exemple une hausse d’environ 5% des profits des entreprises du CAC40 en 2015). Mais nous n’en parlerons pas ici du fait qu’au niveau du capital global c’est un jeu à somme nulle.

12) Emprunter à nouveau pour rembourser ce qui arrive à échéance.

13) Mesuré par les CCR, coefficients de capitalisation des résultats (ou PER, price earning ratio), i.e. les rapports cours/bénéfices par action.

14) Voir l’article de Jules Dufour : http://www.mondialisation.ca/le-grand -réarmement-planétaire-2015/5488806

15) Managers, chefs d’entreprises, par distinction des capitalistes « passifs », les financiers, rentiers.

16) Qui ne s’appliquent évidemment pas aux vastes castes politiciennes et médiatiques, ni aux innombrables, et toujours proliférantes, et toujours plus avides castes de hauts fonctionnaires, publics ou privés, du capital, ni aux paradis fiscaux, ni aux évasions fiscales (l’ancien chef du Luxembourg, grand spécialiste dans ce domaine, a même été nommé à la tête de l’Europe !). ni etc.

17) Cf. T. Thomas, La crise. Laquelle. Et après, éd. Contradictions, p.85-94.

18) Patrick Artus, Les Echos 28-29/05/2014.

19) J.M. Vittori, Les Echos 07/10/2015.

20) Et par la possibilité d’obtenir une « plus-value extra », c’est-à-dire temporaire, comme résultat d’une avance technologique (donc temporaire) sur leurs concurrents.

21) Ce qui était d’ailleurs, et est encore recherché par les Etats, l’inflation étant un moyen de se débarrasser des dettes en les remboursant ainsi en « monnaie de singe » tandis que le pouvoir d’achat des salaires diminue subrepticement. Toutefois une inflation trop forte ruinerait cette autre fonction de la monnaie qui est de représenter et conserver la valeur dans le temps. En effet cela ruinerait alors le système du crédit, et par là le système capitaliste contemporain qui repose sur le crédit. C’est pourquoi, écartelés entre les avantages et les inconvénients de l’inflation des prix des marchandises, les économistes officiels la souhaitent « limitée », de l’ordre de 2 à 4% par an. Un peu, mais pas trop, voilà toute leur science ! Or, peu importe car, comme nous l’avons vu, l’hyper inflation de capital financier fictif ruine déjà le système capitaliste contemporain.

22) G. Maujean, Les Echos, 21/09/15.

 

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L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

8 Janvier 2016 , Rédigé par Association des Amis du Manifeste Publié dans #Théorie Communiste

L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

Légende : Affiche de propagande éditée par le NSDAP (Parti national-socialiste des ouvriers allemands) en 1932. Mort aux menteurs : un anticapitalisme bas de plafond qui déjà dénoncait, les menteurs et les corrompus (les hommes politiques de la République de Weimar), la haute finance (Hochfinanz) taxée de « capital rapace » (opposé au bon capital pourvoyeur d'emplois) et le marxisme (science juive pour les nazis). XXe siècle-XXIe siècle, aller-retour : Du nazisme... à la dénonciation contemporaine de l' « oligarchie financière » ou du « capitalisme de casino », boucémissarisation facile qui sert de grande théorie critique à l'actuel petit altercapitalisme de gauche (Palim Psao).

L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

Anselm Jappe[*]

http://www.palim-psao.fr/article-l-anticapitalisme-est-il-toujours-de-gauche-par-anselm-jappe-119083043.html

Dans les années 1990 on a proclamé le triomphe désormais mondial et définitif de l’économie de marché – au point que certains de ses apologistes ne croyaient même plus nécessaire d’utiliser des euphémismes, reprenant par défi le mot « capitalisme », depuis longtemps honni, pour en faire l’éloge. Mais au bout d’une dizaine d’années, avec l’éclatement des bulles spéculatives et le début du mouvement altermondialiste, le vent s’est mis à tourner.

Depuis la crise de 2008, la critique du « capitalisme » s’est emparée à nouveau des esprits et, parfois, des rues. Les « indignés » et « Occupy Wall Street » ont fait des émules dans le monde entier. Dans de nombreux pays, surtout aux Etats-Unis et en Espagne, ils ont constitué les mouvements sociaux les plus importants depuis des décennies. Dans la gauche radicale, certains y voient déjà, en y additionnant les révoltes  du « printemps arabe », les signes avant-coureurs de la prochaine révolution mondiale. Mais au-delà des protestations organisées, c’est jusque dans les médias officiels et les discours de café du commerce qu’on ne cesse de se poser la question : faut-il « limiter » le capitalisme ? Celui-ci traverse donc, c’est le moins que l’on puisse dire, une « crise de légitimité ».

Le nouvel esprit anticapitaliste

Mais que reproche-t-on au capitalisme ? Comme chacun sait, ce nouvel « esprit anticapitaliste » a principalement deux cibles : la financiarisation de l’économie et la rapacité d’une « élite » économique et politique totalement déconnecté de l’immense majorité de la population. Sur un plan plus général, on pointe aussi les inégalités toujours croissantes des revenus et la détérioration des conditions de travail – mais en les attribuant, tout comme les autres maux sociaux, à la finance et à la corruption.

On peut facilement objecter qu’il ne s’agit pas là d’une critique du capitalisme, mais seulement de sa forme la plus extrême : le néolibéralisme. En effet, l’anticapitalisme actuel (au sens le plus large) demande d’abord le renforcement des pouvoirs publics, l’adoption de politiques économiques keynésiennes (programme de relance au lieu de sauvetages des banques) et la sauvegarde de l’Etat-providence. Des marxistes traditionnels appelleraient cela une critique de la « sphère de la circulation ». Ils font remarquer que la finance et le commerce, de même que les interventions de l’Etat, ne produisent pas de la valeur, mais se limitent à distribuer et à faire circuler celle-ci.

Au-delà de la critique de la propriété privée des moyens de production : la critique catégorielle

Il faut s’attaquer, disent-ils, à la sphère de la production, où le profit nait de l’exploitation des travailleurs, laquelle est rendue possible par la propriété privée des moyens de production. Or, les indignés ou les « occupants » tiennent rarement compte de celle-ci. Mais même s’ils le faisaient, ce serait encore insuffisant : Marx a démontré – même si les marxistes l’ont vite oublié – que la propriété privée des moyens de production est elle-même la conséquence du fait que dans le capitalisme – et seulement dans le capitalisme – l’activité sociale prend la forme de la marchandise et de la valeur, de l’argent et du travail abstrait. Un véritable dépassement du capitalisme ne peut se concevoir sans se libérer de ces catégories.

Les mouvements sociaux dont il est question ici n’aiment pas les discussions théoriques. A leurs yeux, celles-ci sapent l’unité et l’harmonie tant recherchées. Ce qui compte, c’est le « tous ensemble ». Dans les assemblées, par souci de démocratie, personne n’a le droit de parler plus de deux minutes. Un mouvement comme « Occupy Wall Street », fort d’avoir l’appui ou la « compréhension » de Barack Obama et du « guide » iranien Khamenei, de la présidente brésilienne Dilma Roussef, de l’ex-Premier ministre britannique Gordon Brown et du président vénézuélien Hugo Chavez, sans parler de certains banquiers comme George Soros, de divers prix Nobel de l’économie et d’hommes politiques du parti républicain, un tel mouvement ne peut pas se perdre dans des arguties dogmatiques. Et les théoriciens de gauche accourent pour leur donner raison : s’attaquer aux bourses et aux banques, disent-ils, constitue déjà un bon début.

Un anticapitalisme de droite populiste

Vraiment ? Toute critique du capitalisme est-elle nécessairement de gauche et prononcée au nom de l’émancipation sociale ? N’y a-t-il pas aussi un anticapitalisme populiste et de droite ? On se trompe en identifiant la « droite » exclusivement à la droite libérale (du genre UMP), qui prône le tout-marché et l’individualisme forcené  dans le domaine économique. Depuis que la droite et la gauche existent, c’est-à-dire depuis la Révolution française, il y a toujours eu des représentants de la droite pour dénoncer certains aspects de la société capitaliste. Mais cela s’est toujours fait de manière partielle, et surtout dans le but de canaliser la rage des victimes du capitalisme contre certaines personnes et certains groupes sociaux auxquels on attribue la responsabilité de la misère.

L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

Ainsi, ces hommes de droite mettent les fondements du système à l’abri de toute contestation. Ce fut avec des slogans anticapitalistes qu’Hitler arriva au pouvoir, au milieu de la plus grave crise du capitalisme du XXe siècle. On oublie souvent que l’acronyme NSDAP signifiait « Parti national-socialiste des ouvriers allemands » et que les fascistes aimaient à faire des déclarations tonitruantes contre la « ploutocratie occidentale », la « haute finance » et « Wall Street ».

Les explications offertes par l’extrême droite attirent une partie des victimes de la crise, car elles paraissent évidentes à ces dernières. Elles se concentrent presque toujours sur le rôle de l’argent. Hier c’était la chasse aux « usuriers », aujourd’hui aux « spéculateurs ». « Briser l’esclavage du taux d’intérêt » : voilà qui pourrait être un slogan du « mouvement des occupations ». En vérité, ce fut un des principaux points programmatiques du Parti nazi à ses débuts.

Le travail sanctifié

Marx a démontré que l’argent est le représentant du côté « abstrait » et quantitatif du travail, que l’argent est une marchandise et qu’il est normal dans le capitalisme que l’on paie, comme pour toute marchandise, un prix pour son usage (l’intérêt). Or, dans la rhétorique anticapitaliste de droite (de toute façon toujours hypocrite et jamais mise en pratique lorsque la droite est au pouvoir), le travail et les travailleurs sont sanctifiés (d’ailleurs, la droite compte aussi parmi les travailleurs les « capitalistes créateurs », ceux qui investissent leur capital dans la production réelle « au service de la communauté » et créent des postes de travail). Le capital monétaire, en revanche, serait le domaine des « parasites » égoïstes qui exploitent les honnêtes travailleurs et les honnêtes capitalistes en leur prêtant de l’argent – les nazis l’appelaient le « capital rapace ». Cette identification de tous les maux du capitalisme avec l’argent et les banques a une longue histoire et entraînait presque inévitablement l’antisémitisme. Et même aujourd’hui, la description des spéculateurs fait appel implicitement, et parfois explicitement, à des stéréotypes antisémites. La haine des « politiciens corrompus » ne manque pas de fondement – mais quand on l’absolutise, on prend le symptôme pour la cause et on attribue à la mauvaise volonté subjective de certains acteurs ce qui est dû à des contraintes systémiques qui demeurent totalement ignorées. L’identification unilatérale du capitalisme avec « l’impérialisme américain » va dans le même sens et réunit souvent des activistes de gauche et d’extrême droite.

L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

Une gauche en difficulté pour se démarquer

Dans les mouvements sociaux des années 1960 et 1970, cette confusion entre contenus de gauche et de droite aurait été inimaginable. Aujourd’hui, il arrive de ramasser des tracts lors de manifestations où seulement le sigle de l’organisation atteste s’il émane d’un groupe de gauche ou d’extrême droite. En effet, la gauche est en grande difficulté pour se démarquer de la droite pour ce qui touche la critique de la finance. Elle a mal assimilé Marx quand celui-ci démontre que la finance est une simple conséquence de la logique marchande et du travail abstrait.

En suivant plutôt, souvent sans l’admettre, la critique de l’argent proposée par Proudhon, la gauche a choisi, comme Lénine, le «  capital financier » comme objet facile de ses attaques, au lieu de critiquer le travail même. Si, aujourd’hui, on se contente d’attaquer les banques et les marchés financiers, on risque de ne pas faire un « premier pas » dans la bonne direction, mais d’aboutir à une désignation des « coupables » et de conserver d’autant mieux un ordre socio-économique que peu de gens ont actuellement le courage de mettre vraiment en discussion.

L’anticapitalisme est-il toujours de gauche ?

Le nombre de groupes d’extrême droite se prétendant anticapitaliste est encore petit en France. Mais la Grèce a montré qu’en temps de crise, de tels groupes peuvent accroître l’adhésion à leur programme par vingt, et en un rien de temps. Le risque est grand que leurs arguments commencent à se répandre parmi les manifestants qui ont, certes, les meilleures intentions du monde, mais qui semblent incapables de voir jusqu’où peut mener la confusion entre critique de la finance et critique du capitalisme.

 

Anselm Jappe

 

Paru dans le journal français « La vie est à nous !/ Le Sarkophage », n°35, 16 mars-18 mai 2013 (l’article a été rédigé en 2012)

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